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La marine marocaine se développe et se féminise
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La marine marocaine se développe et se féminise

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Composé de deux frégates, alors qu’il était auparavant articulé autour de patrouilleurs hauturiers, le groupe école de la flotte royale du Maroc a quitté le 9 avril Saint-Nazaire après l’unique escale française de sa campagne annuelle de formation des officiers-élèves. Un déploiement qui illustre l’évolution et la montée en puissance des forces navales marocaines, mais aussi leur rayonnement international, en particulier sur le continent africain.

Parties de leur base de Casablanca le 2 avril et arrivées quatre jours plus tard dans l’estuaire de la Loire, les frégates Hassan II et Sultan Moulay Isma font maintenant route vers Amsterdam et passeront également par le port espagnol du Ferrol à leur retour vers le Maroc, prévu à la fin du mois.

 

 

Les frégates Hassan II et Sultan Moulay Ismail à Saint-Nazaire (

Les frégates Hassan II et Sultan Moulay Ismail à Saint-Nazaire (©  MER ET MARINE)

 

A bord, en plus des membres d’équipage des deux bâtiments, 54 officiers-élèves marocains, dont 11 femmes. Il s’agit en effet de la première promotion féminisée d’officiers de la marine royale, qui profite de son renforcement, et donc d’importants besoins en recrutement, pour ouvrir ses portes aux jeunes filles. Celles actuellement embarquées sur le groupe école en sont à leur troisième et avant dernière année de formation à l’Ecole navale de Casablanca, qui va d’ailleurs elle aussi connaître une importante mutation. Une toute nouvelle académie est en effet en cours de construction à Ksar Sghir, au nord-est de Tanger. Elle permettra à la marine de disposer d’un outil moderne, adapté à ses besoins, et constitue aussi, de par son emplacement face au détroit de Gibraltar, un signe du recentrage du Maroc vers le bassin Méditerranéen et du rôle que le pays compte y jouer.

 

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(©  MER ET MARINE)

 

L’escale des Hassan II et Sultan Moulay Ismail fut également l’occasion de constater le développement des coopérations internationales nouées par la marine marocaine qui, à l’instar de son homologue française, renforce ses liens avec des pays amis au travers notamment de ses campagnes d’application à la mer. Ainsi, il y avait à bord, en plus des 54 officiers-élèves marocains, une quinzaine de cadets étrangers, venant notamment du Sénégal, de Guinée Conakry, de Côte d’Ivoire, du Togo, du Congo, de Djibouti et même de Bahreïn.

Le choix des escales de ce déploiement ne doit évidemment rien au hasard. La France, les Pays-Bas et l’Espagne sont en effet des partenaires majeurs du Maroc et de sa marine, pour laquelle ces nations ont livré et/ou entretenu de nombreuses unités de la flotte royale.

Alors que les chantiers espagnols ont produit différentes corvettes et patrouilleurs (l’Arrahmani du type Descubierta en 1983, quatre Lanzaga en 1981-82 et six Cormoran en 1988-89), auquel il fait ajouter l’OV Bin Anzarane livré en 2011 par la société française Raidco Marine et les 5 OPV 64 qui avaient aussi été réalisés à Lorient (1995-97), le groupe néerlandais Damen a quant à lui livré en 2011 et 2012 trois corvettes (appelées frégates multi-missions - FMM - par les Marocains) de la famille SIGMA.  Des bâtiments qui ont constitué le point de départ d’une importante phase de développement de la marine marocaine.

 

Le patrouilleur Bin Anzarane

Le patrouilleur Bin Anzarane (©  MICHEL FLOCH)

Le patrouilleur Rais Bargach, du type OPV 64

Le patrouilleur Rais Bargach, du type OPV 64 (©  PIRIOU)

 

Il y a là le Sultan Moulay Ismail et son sistership l’Allal Ben Abdellah, deux unités de 98 mètres de long pour 2075 tonnes de déplacement en charge. Capables d’atteindre 28 nœuds, ces frégates peuvent mettre en œuvre un système surface-air VL Mica (12 missiles), 4 missiles antinavire Exocet MM40, des torpilles, un canon de 76mm, de l’artillerie légère et un hélicoptère Panther. Un troisième bâtiment, le Tarik Ben Ziad, dispose des mêmes équipements mais est plus grand, avec une longueur de 105 mètres et un déplacement de 2330 tonnes en charge. Il peut accueillir jusqu’à 110 personnes, contre 91 pour les deux autres FMM.

 

La FMM Allal Ben Abdellah

La FMM Allal Ben Abdellah (©  DAMEN)

Un Panther marocain (

Un Panther marocain (©  MARINE NATIONALE)

 

Le Maroc a ensuite fait l’acquisition auprès de la France de sa première frégate lourde, devenant le premier pays du continent africain à disposer d’un tel bâtiment de combat, capable de rivaliser avec les moyens des plus grandes marines. Il s’agit du Mohammed VI, du nom de l’actuel souverain du royaume, qui a été réceptionné en 2014. Réalisée par Naval Group à Lorient, cette frégate multi-mission (FREMM) est quasiment identique à celles dont se dote actuellement la flotte française et dont l’Egypte a acheté ensuite un exemplaire, la Tahya Misr (livrée en 2015). Long de 142 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, le Mohammed VI peut mettre en œuvre 16 missiles surface-air Aster 15, 8 missiles antinavire Exocet MM40, un canon de 76mm, de l’artillerie légère, des torpilles et un hélicoptère.

 

La FREMM Mohammed VI (

La FREMM Mohammed VI (©  MICHEL FLOCH)

 

Le Mohammed VI est venu s’ajouter aux deux frégates de surveillance du type Floréal réalisées par les chantiers de Saint-Nazaire et Naval Group. Mises en service en 2002 et 2003, les Mohammed V et Hassan II, qui étaient jusque-là les deux principales unités de la flotte marocaine, mesurent 93.5 mètres de long pour 2850 tonnes de déplacement en charge. Leur armement consiste en deux missiles Exocet MM38, une tourelle de 100mm, de l’artillerie légère et la capacité d’embarquer un Panther.

 

La frégate de surveillance Mohammed V du type Floréal

La frégate de surveillance Mohammed V du type Floréal (©  MICHEL FLOCH)

 

Alors que ces bateaux sont plutôt de gros patrouilleurs hauturiers, faiblement armés et réalisés aux normes civiles, le Maroc a franchi une étape importante avec les frégates construites aux Pays-Bas et, surtout, avec la FREMM française. Sa marine s’est ainsi dotée de vraies capacités hauturières de combat et, notamment, des équipements de premier plan dans le domaine de la lutte anti-sous-marine, qui lui faisait jusque-là défaut. L’acquisition de ces moyens ASM est en particulier liée au renforcement significatif de la flotte sous-marine de l’Algérie, qui est passée de deux à six bâtiments du type russe Kilo, tout en musclant ses forces de surface. Face à sa grande rivale algérienne, la marine marocaine a donc réagi, et continue de le faire.

 

Le futur BHO2M (

Le futur BHO2M (©  PIRIOU)

 

Elle a, en effet, commandé en juin 2016 un grand bâtiment hydro-océanographique multi-missions (BHO2M) à Kership, filiale du chantier français Piriou et de Naval Group. En cours de construction à Concarneau, ce navire, qui devrait être livré d’ici la fin de l’année, mesurera 72 mètres de long pour 15 mètres de large et affichera un déplacement d’environ 2600 tonnes. Pour ce programme, les Marocains voulaient leur « Beautemps-Beaupré », en référence au principal bâtiment du Service hydrographique et océanographique de la marine française, le Shom, qui est d’ailleurs impliqué dans ce programme (en réalisant notamment la spécification des équipements de mesure).

Même s’il présentera un design différent, le BHO2M offrira des capacités proches de celles du Beautemps-Beaupré français. Le navire marocain pourra intervenir depuis la zone littorale grâce à un faible tirant d’eau (5.5 mètres) et ses deux vedettes hydrographiques, jusqu’à des profondeurs de 6000 mètres au large. Il sera doté de tous les équipements scientifiques permettant de cartographier les fonds marins, d’étudier leur composition et d’analyser les caractéristiques de la colonne d’eau, du champ magnétique ou encore de l’atmosphère.

 

Le futur BHO2M (

Le futur BHO2M (©  PIRIOU)

 

Alors que le Maroc ne dispose à ce jour que de moyens légers, le plus important étant une vedette de 25 mètres qui effectue des levés essentiellement dans la bande côtière, l’arrivée de ce nouveau bâtiment permettra au pays de réaliser de manière autonome la cartographie de ses fonds marins. Une responsabilité qui incombe historiquement à la France, où viennent d’ailleurs de longue date se former les hydrographes marocains.

Le Royaume va donc acquérir son autonomie dans un domaine important puisque l’hydrographie est essentielle à la sécurité de la navigation et du trafic maritime. Mais ce n’est pas tout. Le BHO2M sera un véritable outil stratégique et de souveraineté. L’étude des fonds et de l’environnement marins est en effet cruciale dans certains des domaines les plus sensibles sur le plan militaire.  C’est le cas pour les opérations amphibies et, surtout, pour la guerre des mines et la lutte anti-sous-marine. Les caractéristiques de la colonne d’eau comme des sédiments présents au fond de la ont en effet un impact direct sur la propagation des ondes sonar. Une meilleure connaissance de ces éléments ne fera donc que renforcer les capacités de détection des nouveaux bâtiments de la marine royale équipés de moyens ASM, comme le Mohammed VI.

Et la cartographie des eaux marocaines, et plus largement des espaces maritimes régionaux lorsque le bâtiment sera déployé, permettra à la marine de disposer de ses propres informations sur les fonds marins. Une connaissance essentielle si elle souhaite à terme se doter de sous-marins, ce qu’espèrent de nombreux militaires marocains.

 

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