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La Marine nationale va renouveler ses chalands de débarquement
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La Marine nationale va renouveler ses chalands de débarquement

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Le ministère des Armées vient de publier un appel d’offres pour le renouvellement des chalands de transport de matériel (CTM) de la flotte française. Une douzaine d’engins de ce type, construits par CMN et mis en service entre 1982 et 1992, sont encore en service dans la Marine nationale, une unité supplémentaire étant opérée par l’armée de Terre en Guyane. Longs de 24 mètres pour une largeur de 6 mètres et un déplacement de 150 tonnes en charge, les CTM peuvent atteindre la vitesse de 8.5 nœuds. Equipés d’une rampe à l’avant et offrant une surface de pont de 70 m2 (90 tonnes de capacité d’emport), ils sont conçus pour projeter sur une plage des troupes et des véhicules, y compris des blindés.

 

CTM (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

CTM (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Débarquement d'un véhicule blindé (VAB) depuis un CTM (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Débarquement d'un véhicule blindé (VAB) depuis un CTM (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

La majeure partie de ces chalands (9) est armée par la flottille amphibie (Flophib), qui met notamment à disposition ses engins pour constituer la batellerie des trois bâtiments de projection et de commandement (BPC) du type Mistral. Ceux-ci peuvent embarquer jusqu’à quatre CTM, mais mettent plutôt en œuvre une composante mixte constituée de deux CTM et d’un engin de débarquement amphibie rapides (EDAR). Conçus par CNIM et réalisés à quatre exemplaires par Socarenam, ces catamarans en aluminium de 30 mètres de long pour 12.8 mètres de large, équipés en leur centre d’une plateforme élévatrice, peuvent atteindre 18 nœuds en charge et 26 à vide. Ils ont été livrés en 2012 et 2013.

 

EDAR et CTM (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

EDAR et CTM (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

EDAR (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

EDAR (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

Jusqu’à 14 unités de 30 mètres

Alors que l’option au contrat de 2009 portant sur la réalisation de quatre EDAR supplémentaires n’a pas été exercée par le ministère des Armées, les successeurs des CTM seront des chalands « classiques » un peu plus grands que leurs aînés.

Selon l’appel d’offres diffusé hier, jusqu’à 14 unités seront construites. Elles devront présenter une longueur maximale de 30 mètres pour une largeur ne devant pas excéder 7 mètres.  Cela permettra de loger côte à côte deux chalands dans le radier des BPC, qui pourront accueillir ainsi jusqu’à quatre engins, comme c’est le cas aujourd’hui avec les CTM. Le tirant d’air sera limité à 7.5 mètres, compatible avec l’enradiage, alors que le tirant d’eau maximal est donné à 1.2 mètre. Un chiffre intéressant puisqu’il correspond au tirant d’eau des EDAR. Sur ce point, la Marine nationale souhaite en effet pouvoir continuer de disposer d’une batellerie mixte pour ses BPC, mais avec un même ballastage, alors que les BPC égyptiens sont contraints de jouer avec un tirant d’eau différent entre leurs catamarans de débarquement et les CTM NG.

 

CTM se présentant devant le radier d'un BPC (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

CTM se présentant devant le radier d'un BPC (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

CTM dans le radier d'un BPC (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

CTM dans le radier d'un BPC (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Des engins en acier assez lents et pouvant transporter 80 à 100 tonnes

La capacité d’emport des futurs chalands français sera de 80 à 100 tonnes, alors que leur vitesse à pleine charge devra se situer entre 11 et 16 nœuds. Une allure relativement lente, sachant qu’il est désormais admis que les opérations amphibies ne pourraient réellement être conduites qu’après sécurisation des lieux de débarquement. Une doctrine qui se traduit par une mise en œuvre avec des BPC relativement proches de la côte, limitant le besoin d’évoluer très rapidement pour réaliser une noria vers la terre.  

La coque ne sera pas en aluminium, comme celle des EDAR, mais en acier, à l’instar des CTM, ce qui évitera de devoir intégrer des défenses pour la protection contre les chocs.  

Il est stipulé que ces engins devront non seulement pouvoir être enradiés dans les BPC, mais auront également vocation à embarquer et débarquer des hommes et du matériel, dont des chars lourds, sur les plages ou surtout sur des quais non aménagés. Cela signifie qu’il faudra trouver des astuces techniques, seul l’EDAR avec sa plateforme élévatrice et ses rampes spécifiques étant actuellement en mesure de s’adapter aux hauteurs de quai.

Des engins pour Djibouti et certains territoires ultramarins

En dehors des opérations amphibies, les futurs chalands devront pouvoir assurer des missions de projection « intra-théâtre par voie maritime et/ou fluviale ». Il est enfin intéressant de noter que l’appel d’offres prévoit non seulement une livraison des nouveaux engins à Toulon, où est basée la Flophib, mais également à Djibouti, Mayotte, Nouméa, Fort-de-France et Dégrad-des-Cannes. Alors que pour ce dernier il s’agit probablement de remplacer le CTM de l’armée de Terre basé en Guyane, cela signifie que la Marine nationale va recouvrer des capacités amphibies en océan Indien, aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie.

Les candidats ont jusqu’au 22 novembre pour répondre à cet appel d’offres. Aucune date prévisionnelle de notification n’est avancée mais celle-ci pourrait intervenir dès 2018. Le marché, qui comprend également le maintien en condition opérationnelle des engins, s’étalera sur 84 mois, la cadence de production des chalands pouvant atteindre 4 unités par an.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

Des candidats français et étrangers

Concernant les compétiteurs possibles pour ce programme, certains paraissent assez évidents. Il y a notamment Kership, filiale de Naval Group et Piriou, dont le site de Lorient a réalisé les quatre CTM NG de 23 mètres vendus à la marine égyptienne, le chantier de Concarneau ayant également une expérience dans les barges et chalands, avec en particulier un grand LCU de 50 mètres livré en 2016 au Maroc. CNIM, qui a développé toute une gamme d’engins de débarquement, et pas seulement l’EDAR (version française de son concept L-CAT), pourrait également se positionner, avec logiquement Socarenam comme chantier. CMN n’a de son côté pas produit de chaland depuis longtemps mais le chantier cherbourgeois, qui ne croule semble-t-il pas sous les commandes actuellement, pourrait faire une tentative. Et puis il y aura sans doute des compétiteurs européens, comme par exemple le Néerlandais Damen. On peut aussi, pourquoi pas, imaginer une coopération franco-italienne, la Marina militare allant devoir commander de nouveaux engins de débarquement pour son futur porte-hélicoptères d’assaut, dont la livraison par Fincantieri est prévue en 2022.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

(© : ROYAL NAVY)

(© : ROYAL NAVY)

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