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La mise en œuvre du lance-roquettes unitaire envisagée sur les BPC

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La mise en œuvre du lance-roquettes unitaire envisagée sur les BPC

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Doter les bâtiments de projection et de commandement de la Marine nationale de capacités offensives contre des cibles terrestres lors des opérations amphibies. L’idée fait son chemin depuis bientôt 10 ans et la livraison du premier BPC, le Mistral, en 2006. Il avait notamment été imaginé, un temps, l’éventualité de pouvoir mettre en œuvre depuis le pont d’envol des bâtiments le Caesar, nouveau canon mobile de 155mm de l’armée de Terre, que les BPC sont susceptibles de transporter dans le cadre du débarquement d’une force blindée. Cette hypothèse avait toutefois été rapidement abandonnée, les militaires considérant qu’elle serait trop complexe à mettre en œuvre et sans doute peu efficace compte tenu des mouvements qu’un bateau peut avoir à la mer, limitant de fait la précision d’une artillerie qui n’est pas conçue pour cet emploi, contrairement aux canons navals.

 

VBL sur le BPC Dixmude en 2012 (© : MARINE NATIONALE)

VBL sur le BPC Dixmude en 2012 (© : MARINE NATIONALE)

 

VBL et Sagaie déjà utilisés comme artillerie d’appoint

L’utilisation des matériels de l’armée de Terre pour renforcer l’armement des BPC qui les transportent est, ceci dit, devenue une réalité pratique ces dernières années. Alors que les Mistral sont dotés de systèmes d’autodéfense légers (systèmes surface-air à très courte portée Simbad, canons de 20mm et mitrailleuses), il est arrivé à plusieurs reprises que des véhicules soient remontés des garages pour être sanglés sur le pont d’envol et mettent leur armement en batterie. Ce fut le cas par exemple avec des véhicules blindés légers (VBL) et même des chars ERC-90 Sagaie dotés de canons de 90mm. Ces dispositions sont prises lorsque les BPC sont amenés à naviguer très près de côtes potentiellement hostiles ou dans des eaux resserrées, comme le canal de Suez.

 

LRU : 12 roquettes guidées en batterie et une portée de 70 km

Cette fois, il est néanmoins question d’étudier la mise en place d’un armement lourd offensif. En l’occurrence le nouveau Lance-roquettes unitaire (LRU), version modernisée du lance-roquettes multiples (LRM), dont 13 exemplaires sont entrés en service fin 2014 dans l’armée de Terre. Long de 6.7 mètres pour une largeur de 2.7 mètres et une hauteur de 2.9 mètres, cet engin de 24.5 tonnes d’origine américaine, monté sur un châssis blindé chenillé Bradley M-270, déploie une batterie comprenant deux conteneurs abritant chacun 6 roquettes M31 offrant une portée de 70 kilomètres. Offrant une précision de 5 mètres, ces munitions présentent l’avantage d’être guidées, ce qui répond au problème des mouvements de plateforme pour une utilisation navale.

 

Lance-Roquettes Unitaire (© : MINISTERE DE LA DEFENSE)

Lance-Roquettes Unitaire (© : MINISTERE DE LA DEFENSE)

 

Airbus achève une étude sur l’adaptation de la conduite de tir

Hier, le site Zone Militaire (Opex360) révélait qu’Airbus Defense & Aerospace venait de boucler un marché de 300.000 euros notifié en décembre 2014 par la Direction Générale de l’Armement afin d’étudier l’adaptation de la conduite de tir du système LRU à une utilisation sur BPC. Selon Zone Militaire : « Il s’est ainsi agi d’examiner le fonctionnement de la conduite de tir EFCS (European Fire Control System) du système LRU selon les différents états de la mer. Cette étude, après avoir comparé plusieurs solutions possibles,  a conclu à la faisabilité de mettre en oeuvre  un LRU depuis BPC, sans qu’il n’y ait besoin de modification matérielle majeure. L’industriel a ainsi proposé une feuille de route pour une démonstration à venir ».

 

Prudence chez les militaires

En théorie, le LRU pourrait donc être actif sur les Mistral, ce qui n’est toutefois pas encore fait. « Il s’agit seulement d’une étude, c’est encore très en amont et on ne sait pas si cela verra le jour », tempère un officier. Déjà, la Marine nationale aimerait bien renforcer l’autoprotection des BPC, ce qui sera en partie fait avec le remplacement des canons manuels de 20mm par des systèmes télé-opérés Narwhal de Nexter, ainsi que des systèmes électro-optiques EOMS-NG de Sagem pour assurer la surveillance, la détection, l’identification et la conduite de tir. En revanche, il n’y a toujours pas de budget pour remplacer les systèmes Simbad par des systèmes automatisés Simbad RC ou, encore mieux, des VL Mica.

 

Tir d'un missile de croisière depuis une FREMM (© : MARINE NATIONALE)

Tir d'un missile de croisière depuis une FREMM (© : MARINE NATIONALE)

 

La flotte déjà solidement équipée pour l’action vers la terre

D’autre part, lors d’opérations amphibies, les BPC seraient amenés à intervenir avec l’appui de frégates et du porte-avions, voire de forces aériennes basées à terre. L’aviation, s’ajoutant aux hélicoptères de combat du groupe aéromobile, procure une allonge considérable, alors que les nouvelles frégates du type FREMM vont mettre en œuvre à partir de cette année des missiles de croisière navals (16 MdCN par bâtiment) d’une portée d’un millier de kilomètres, tout en disposant chacune de 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3 avec capacité de frappe contre des objectifs côtiers (ce qui est aussi le cas des Horizon et La Fayette). Quant à l’artillerie de marine, constituée sur les nouvelles frégates de tourelles de 76mm, elle offre pour l’heure une portée bien moindre que celle du LRU, soit une douzaine de kilomètres seulement. Le concepteur de ce canon, l’Italien OTO-Melara, travaille néanmoins sur de nouvelles munitions guidées capables d’atteindre des cibles à plus de 100 km.

 

Tourelles de 76mm d'une Horizon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Tourelles de 76mm d'une Horizon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Tourelles de 76mm en action (© : MARINE NATIONALE)

Tourelles de 76mm en action (© : MARINE NATIONALE)

 

Une corde de plus à l’arc des BPC

Pas sûr donc qu’à terme l’éventuelle utilisation du LRU à partir des BPC apporte une amélioration spectaculaire des capacités offensives du groupe amphibie. Toutefois, si son intégration peut être réalisée à moindre frais, il offrira toujours une corde de plus à l’arc des Mistral, avec pour avantage de renforcer le nombre d’armes mises en œuvre et la variété des effets disponibles, complétant ainsi les systèmes navals et aériens. Le LRU présente des atouts intéressants puisque ce système à longue portée est conçu pour obtenir des effets gradués, de la frappe de précision localisée contre des cibles peu ou moyennement durcies, y compris en milieu urbain, jusqu’au traitement d’une vaste surface. Il pourrait en l’absence d’aviation ou si la menace antiaérienne est trop forte traiter une large zone, pour faciliter la création d’une tête de pont ou encore protéger un territoire littoral contre l’avancée de forces ennemies.  

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

Le lance-roquettes déjà envisagé à la genèse des FREMM

L’éventualité d’une utilisation d’un lance-roquettes de ce type n’est en tous cas pas une première pour la Marine nationale puisque celle-ci avait envisagé au début du programme FREMM d’intégrer sur certaines frégates une version navalisée du MLRS (Multiple Launch Rocket System) américain, dont le LRU est la version française. Comme nous l’expliquions sur Mer et Marine en septembre 2006, cette option était imaginée pour les ex-FREMM AVT (Action Vers la Terre) en lieu et place de la tourelle de 76mm. Mais cette hypothèse, comme celles portant sur l’intégration d’une tourelle de 127mm ou même de 155mm n’a pas vu le jour, le programme FREMM (lancé en 2005 pour 17 frégates) ayant été restructuré et amputé de la version AVT, qui devait être construite à 9 exemplaires pour succéder aux avisos du type A69. 

 

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