Disp POPIN non abonne!
Défense

Actualité

La modernisation des forces nucléaires françaises

Défense

La France souhaite maintenir ses efforts dans le domaine de la dissuasion nucléaire,  pour laquelle elle conservera ses deux composantes actuelles. Il s’agit de la force océanique stratégique (FOST), constituée des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) du type Le Triomphant, ainsi que de la composante aéroportée. Celle-ci repose sur les Forces aériennes stratégiques (FAS) de l’armée de l’Air et la Force aéronavale nucléaire (FANU) embarquée sur le porte-avions Charles de Gaulle.

 

 

Rafale Marine avec ASMPA catapulté depuis le Charles de Gaulle (© : MBDA)

Rafale Marine avec ASMPA catapulté depuis le Charles de Gaulle (© : MBDA)

 

 

Concernant la FOST, au moins un de ses quatre SNLE, mis en service entre 1997 et 2010, est en permanence à la mer, prêt à tirer ses 16 missiles balistiques. Alors que ses successeurs disposaient du M45 (mis en service en 1997), Le Terrible (2010), quatrième et dernier bâtiment de la série, a reçu dès l’origine le nouveau missile intercontinental M51, d’une portée d’environ 9000 kilomètres.

 

 

Un missile M51 (© : DGA)

Un missile M51 (© : DGA)

 

 

Modernisation du missile M51

 

 

Le Vigilant (2004) l’a adopté cette année après refonte, mais son premier tir d’essai de M51, le 5 mai dernier, s’est soldé par un échec. Le ministère de la Défense demeure très discret sur l’enquête technique initiée après cet incident. Les causes auraient néanmoins été identifiées, permettant de prévoir le retour du Vigilant dans le cycle opérationnel. Dans les prochains mois, ce sera au tour du Triomphant (1997) d’entrer en refonte pour être adapté à la mise en œuvre du M51 et voir aussi, comme Le Vigilant, ses installations et équipements modernisées (système de combat, sonars…) Sa remise en service doit intervenir vers 2016. Puis ce sera enfin au tour du Téméraire (1999) de bénéficier des mêmes améliorations.

Déclaré opérationnel en 2010 avec la tête nucléaire TN 75 (qui équipe aussi le M45), d’une puissance de 110 kilotonnes et pouvant être déployée à raison de 6 exemplaires par missile, le M51 est actuellement en service dans sa version M51.1. La version M51.2 doit lui succéder à partir de 2015, les TN 75 étant remplacées par les nouvelles Têtes nucléaires océaniques (TNO) de 100 kilotonnes aux performances améliorées (furtivité, résistance aux contre-mesures adverses…)

 

 

Tir d'un M51 depuis le SNLE Le Terrible (© : DGA)

Tir d'un M51 depuis le SNLE Le Terrible (© : DGA)

 

 

Le programme SNLE 3G en cours d’élaboration

 

 

Pour la suite, le projet de loi de programmation militaire 2014 – 2019  adopté le 2 août en Conseil des ministres et devant être examiné et débattu au parlement à l’automne, prévoit la préparation de la succession des SNLE du type Le Triomphant. Le projet, connu jusqu’ici sous le nom de FMOD (Futur moyen océanique de dissuasion) doit donner naissance au programme SNLE 3G. Celui-ci en est au stade de l’élaboration, des études ayant déjà été notifiées aux industriels, dont DCNS. Les efforts concernant le développement du futur outil de dissuasion doivent se poursuivre sur la prochaine LPM, la commande du premier sous-marin étant attendue sur la loi de programmation militaire suivante (2020 – 2025). L’objectif est, en effet, de disposer d’un successeur au Triomphant en 2030. Le développement des nouvelles armes nucléaires continuera, pour sa part, à bénéficier des recherches dans le domaine de la simulation. D’ores et déjà, le développement du M51.3 est prévu au cours de la LPM 2014-2019.

 

 

Un Rafale Air emportant un ASMPA et des Mica pour son autodéfense (© : ARMEE DE L'AIR)

Un Rafale Air emportant un ASMPA et des Mica pour son autodéfense (© : ARMEE DE L'AIR)

 

 

Rénovation de l’ASMPA et études sur son successeur

 

 

Pour ce qui est de la composante aéroportée, le nouveau missile ASMPA (air-sol moyenne portée amélioré) a été déclaré opérationnel le 1er octobre 2009, d’abord sur les Mirage 2000 N des FAS, puis ensuite sur les Rafale de la Marine nationale et de l'armée de l'Air. Doté d'une nouvelle tête nucléaire aéroportée (TNA) d'une puissance de 300 kilotonnes, sa portée est estimée à 500 kilomètres en tir à haute altitude. Le projet de LPM 2014 – 2019 prévoit déjà la modernisation de l’ASMPA, ainsi que le lancement des études technologiques relatives à son successeur. On notera que la composante aérienne nucléaire va, par ailleurs, bénéficier de la mise en service de nouveaux avions ravitailleurs, 12 MRTT allant remplacer les actuels C135 (la commande sera notifiée en 2014 et les deux premiers doivent être opérationnels avant 2019). On rappellera que cette capacité de ravitaillement, par ailleurs indispensables aux opérations conventionnelles, est fondamentale pour assurer l’allonge des avions de combat mettant en œuvre l’ASMPA. En 2020, le ministère de la Défense prévoit deux escadrons de Rafale Air dédiés aux FAS, auxquels s’ajouteront les Rafale Marine embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle, dont la modernisation à mi-vie, à partir de 2016/2017, est également prévue par le projet de loi.

A soulignera, par ailleurs, que la modernisation des systèmes de transmissions est prévue (Système de transmissions TRANSOUM et TRANSAERO, Système de communication de dernier secours SYDEREC NG, Réseaux d’infrastructure et de transport des services RAMSES).  

 

 

SNLE du type Le Triomphant (© : MARINE NATIONALE)

SNLE du type Le Triomphant (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Une capacité dimensionnante qui préserve les grands programmes navals

 

 

On rappellera que la force de dissuasion est véritablement « dimensionnante » pour l’armée française, puisqu’en dehors des capacités nucléaires, elle réclame d’importants moyens conventionnels pour assurer sa crédibilité. Ainsi, pour les forces aériennes, disposer d’avions ravitailleurs performants est crucial pour donner un important rayon d’action aux FAS. Mais c’est sans aucun doute la marine qui est la force la plus organisée autour de la dissuasion. La protection et le bon fonctionnement de la FOST impose, en effet, de disposer d’un minimum de 6 sous-marins nucléaires d’attaque pour assurer la sécurité des SNLE mais aussi leur fournir le vivier de sous-mariniers nécessaire à la constitution de leurs équipages (un SNA est armé avec 60 marins, un SNLE avec 110, chaque sous-marin ayant deux équipages se relayant à bord). Mais ce n’est pas tout. La FOST nécessite aussi des frégates de lutte anti-sous-marine dotées d’hélicoptères spécialisés dans la lutte ASM, ainsi que des avions de patrouille maritime, afin de s’assurer qu’aucun sous-marin étranger ne se cache au large de la base des SNLE, en rade de Brest.

 

 

SNLE escorté par une frégate anti-sous-marine (© : MARINE NATIONALE)

SNLE escorté par une frégate anti-sous-marine (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Frégates et avions sont notamment déployés lors des appareillages et des retours de patrouilles des SNLE, période où ils sont le plus vulnérable. Aéronefs et bâtiments de surface « blanchissent » une large zone pour s’assurer que le sous-marin stratégique ne sera pas intercepté ou suivi. La grande force du SNLE, gage de la crédibilité de la dissuasion, est en effet sa discrétion et sa capacité à demeurer introuvable dans les profondeurs de la haute mer. Enfin, la protection des SNLE impose de disposer d’une solide force de guerre des mines, à même de s’assurer que les chenaux de navigation sont libres de tout engin explosif. Ces impératifs expliquent le maintien des programmes Barracuda, FREMM, NH90 et SLAMF, ainsi que la rénovation des avions de patrouille maritime Atlantique 2.

A noter, enfin, que d’autres moyens participent à la dissuasion, par exemple dans le domaine du renseignement. Ce sera notamment le cas du nouveau système spatial de collecte de renseignements d’origine électromagnétique (CERES), qui sera mis en service d’ici la fin de la décennie, ou encore du nouveau système d’observation spatiale optique MUSIS, dont les deux satellites seront en orbite dans les prochaines années. 

 

 

Vue de l'un des futurs satellites du système MUSIS (© : ASTRIUM)

Vue de l'un des futurs satellites du système MUSIS (© : ASTRIUM)

Marine nationale