Marine Marchande
La mystérieuse escale brestoise du roulier Ciudad de Cadiz

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La mystérieuse escale brestoise du roulier Ciudad de Cadiz

Marine Marchande

Le roulier Ciudad de Cadiz, chargé d'habitude du transport d'éléments d'avions pour le compte d'Airbus (*), a profité d'une rotation entre Pauillac, en Gironde, et le port allemand de Hambourg pour faire escale à Brest. Arrivé mercredi au petit matin à la pointe Bretagne, le navire est reparti du port de commerce dans l'après-midi. Cette escale exceptionnelle, placée sous haute protection, était entourée du plus grand secret, même si un grand navire bleu et blanc avec, peint sur sa coque, un gros « Airbus on Board », ne constitue pas vraiment un gage de discrétion. Alors, qu'y avait-il de si mystérieux dans le roulier ? Plus ou moins officiellement, on explique que le navire est venu à Brest faire des essais de passerelle. Très bien, mais pour quoi faire ? Silence radio. Tant de mystère incite évidemment à penser à une raison militaire et, plus particulièrement, nucléaire, l'un des derniers bastions où la « grande muette » porte encore bien son nom. « Personne n'était autorisé à approcher de la zone, bouclée par un cordon de gendarmes », témoigne un Brestois. Y-a-t-il eu un simple « essai de passerelle » ? Difficile à croire, surtout que mobiliser autant de monde pour une telle opération n'aurait aucun sens, sauf à vouloir attirer l'attention, ce qui n'est à priori pas le but recherché. Cet essai avait, manifestement, quelque chose de particulier.

  (© : LE TELEGRAMME)
(© : LE TELEGRAMME)

Nos confrères du Télégramme, qui ont diffusé hier la photo ci-dessus sur leur site Internet, relèvent que deux semi-remorques ont débarqué, avec la plus grande précaution, des conteneurs banalisés. Ni les autorités militaires ni les entreprises en lien avec cette manoeuvre n'ont souhaité parler du contenu de ces gros colis. Différentes rumeurs ont donc circulé sur les quais. Une livraison de pièces pour le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Le Vigilant, actuellement en refonte à Brest, était notamment évoquée. Cette piste ne semble toutefois pas crédible, dans la mesure où ce type d'équipement n'a, à priori, aucune raison de transiter par la mer, surtout depuis la Gironde. En revanche, une autre hypothèse correspond mieux au transit du Ciudad de Cadiz entre la région bordelaise et Brest. Il s'agit des nouveaux missiles balistiques M51, qui équipent le SNLE Le Terrible et vont, après refonte, être mis en oeuvre sur Le Vigilant puis Le Triomphant et Le Téméraire, tous basés à l'Ile Longue, face à Brest.

Un missile M51  (© : DGA)
Un missile M51 (© : DGA)

Ces engins ultrasophistiqués, fer de lance de la dissuasion nucléaire française, sont l'un des secrets les mieux gardés du pays. Le programme est industriellement porté par Astrium, filiale comme Airbus du groupe EADS. Astrium réalise les missiles sur plusieurs de ses sites, dont les Mureaux, en Ile-de-France, mais aussi dans la région de Bordeaux. Les éléments sont ensuite acheminés vers Brest, où ils sont assemblés avant de recevoir leurs têtes nucléaires sur la presqu'île de Crozon, où se situe l'Ile Longue. De là à penser qu'EADS ait imaginé de pouvoir se servir, au profit des M51, du terminal girondin de Pauillac, où les rouliers d'Airbus débarquent habituellement des éléments destinés au site d'assemblage de Toulouse-Blagnac, il n'y a qu'un pas à franchir. Ce transport maritime de « morceaux » de missiles, dont il convient de souligner qu'ils ne contiendraient en aucun cas des éléments nucléaires, serait logique, d'autant que les navires rouliers transitent régulièrement au large de la Bretagne. Un crochet par Brest est, alors, tout à fait imaginable, cette option logistique étant facilitée par le fait qu'Airbus et Astrium appartiennent au même groupe.
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(*) Mis en service en 2009, le Ciudad de Cadiz et son sistership le City of Hamburg, ainsi que le Ville de Bordeaux (livré en 2005), acheminent des éléments d'avions, notamment pour le programme A380, entre les différentes usines d'Airbus, notamment Hambourg, Mostyn, Saint-Nazaire, Cadix et Toulouse via Pauillac. Battant pavillons français, les trois rouliers sont la propriété de Louis Dreyfus Armateurs et de la compagnie norvégienne Leif Hoegh. LDA les exploite avec ses équipages pour le compte d'Airbus.

Louis Dreyfus Armateurs