Construction Navale
La Norvège à fond sur la propulsion hybride

Reportage

La Norvège à fond sur la propulsion hybride

Construction Navale

« A l’avenir, la plupart des bateaux seront hybrides. Ici, en Norvège, nous voulons être les incubateurs de ces nouveaux types de propulsion, parce que c’est un progrès énorme pour notre environnement et, aussi, parce que nous pensons que la croissance verte peut être une importante pourvoyeuse d’emplois dans notre pays ». Narve Mjøs travaille pour la société de classification DNV GL et supervise le tout nouveau programme public-privé baptisé « Green Coastal Shipping programme ». Lancé il y a quelques jours, il consiste en cinq initiatives de navires et de ports du futur, tous basés sur une hybridation de l’énergie. « Après le gaz naturel liquéfié, qui est désormais une technologie mature, nous arrivons à l’ère de l’électricité. Ces deux énergies combinées vont permettre d’atteindre des performances écologiques inédites très rapidement. C’est pour cela qu’il faut que nous mettions rapidement en place des démonstrateurs dans plusieurs segments maritimes, qui pourront être testés pour pouvoir entrer dans une phase industrielle ».

Parmi toutes les idées amenées par les industriels, les projets pilotes retenus ont été ceux « dont on pouvait établir la rentabilité, le plan d’industrialisation et la construction dans des délais raisonnables ». Le premier d’entre eux est porté par l’armement norvégien Nor Lines, déjà en pointe sur le transport vert avec son navire construit sur le concept Environship de Rolls-Royce. Il consiste en un caboteur hybride avec un système batteries/GNL. Prévu pour être exploité sur une ligne entre les Pays-Bas, Göteborg, Oslo et Trondheim, il devra atteindre le zero émission, que ce soit au port ou en navigation. 

 

Le projet de caboteur de Nor Lines (DNV)

Le projet de caboteur de Nor Lines (DNV)

 

Le deuxième concept est un caboteur pétrolier de nouvelle génération, développé par le groupe Teekay. L’idée est de trouver des solutions techniques pour l’utilisation combinée de batteries ainsi que la récupération des gaz d’émission et de leurs composés organiques. Ces derniers seraient capturés et condensés à l’état liquide. Sous cette forme, ils pourront être réutilisés comme source d’énergie.

ABB et l’association des chargeurs norvégiens vont, de leur côté, développer un navire hybride destiné à l’exploitation des fermes aquacoles. Oytank Bunkerservice et la Norwegian Gas Association vont travailler sur une solution de conversion vers la propulsion hybride pour les petits méthaniers. Enfin, le terminal de Risavika à Stavanger a proposé de travailler sur un projet de port vert, qui électrifierait au maximum ses opérations, y compris pour les grues, les transports routiers et les engins de travaux, et qui proposerait des solutions de courant quai et de station de chargement pour les navires hybrides. « Ces cinq projets sont les pionniers. Il y en a beaucoup d’autres à venir : des porte-conteneurs verts entre Bodo et Tromso, des vedettes rapides, des pilotines, des bateaux de sauvetages hybrides, des brises-glaces… »

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

L’innovation toujours. La Norvège maritime, ses 100.000 emplois (sur un total de 5.5 millions d’habitants) et ses 10 milliards de dollars d’export, ne veut pas attendre la fin de l’ouragan lié à la baisse du prix du pétrole. Elle veut anticiper et conserver ses spécialistes et son savoir-faire. « C’est le moment de nous réinventer une nouvelle fois pour développer les futurs concepts industriels maritimes. Le recul de l’industrie offshore est une excellente opportunité pour le faire. Nous devons devenir les experts des industries de l’océan », résume Vidar Pederstad, directeur de l’Ocean Industry Forum Oslofjord. « Je ne vois que des opportunités. Nous avons utilisé notre expérience de la pêche pour développer des solutions techniques pour l’Oil&Gas. Il nous faut maintenant utiliser ces connaissances pour développer de nouvelles technologies pour les océans », confirme Tore Ulstein, vice-président d’Ulstein et président de la confédération norvégienne des entreprises.

Alors, comme à leur habitude, les Norvégiens ont décidé de faire front ensemble et le Green Costal Shipping Programme en est un des premiers exemples.  « C’est une initiative conjointe entre le gouvernement et les 25 industriels qui s’y sont impliqués. Un partenariat à long terme, qui permet à l’Etat de réaliser ses objectifs environnementaux et aux industriels d’investir et d’être impliqués dans la réglementation de ces nouveaux types de propulsion », détaille Narve Mjøs. 

 

Le ferry Ampere (DNV)

Le ferry Ampere (DNV)

 

Le choix de la technologie hybride comme facteur majeur d’innovation n’est pas surprenant. Les très fortes exigences règlementaires du gouvernement norvégien en matière d’émissions sur les ferries côtiers et les aides versées dans le cadre du fond NOx (qui permet de percevoir une subvention pour chaque tonne d'oxyde d'azote non émise) ont amené les industriels à faire preuve de créativité dans le domaine des propulsions vertueuses. Le GNL d’abord, les batteries ensuite. Dès 2009, le Viking Lady, supply de l’armement norvégien Eidesvik, embarquait le premier parc de batteries à son bord pour plus de 3000 heures de tests sur le lissage de la consommation produite par ses moteurs thermiques dans le cadre du programme Fellowship mené par le DNV. En 2014, c’est également en Norvège, dans les chantiers Fjellstrand, qu’a été construit Ampere, le premier ferry entièrement propulsé par des batteries lithium-polymère d’une puissance d’1 MW. Les anciens ferries commencent également à être rétrofités pour recevoir des parcs de batteries, à l’image du Fannefjord, dont le chantier de reconversion a été supervisé par la branche française de LMG Marin.

 

Installation électrique en rétrofit (LMG MARIN)

Installation électrique en rétrofit (LMG MARIN)

 

« On peut, techniquement, tout à fait imaginer que l’ensemble des ferries norvégiens atteindra le zéro émission en 2020 », confirme Jorulf Nergard, vice-président Marine d’ABB. « La densité d’énergie des batteries va être multipliée par deux d’ici 2020, le temps de charge s’améliore très vite, et la technologie commence à être connue, puisque ce sont le même type de batteries qui équipent les bus et les voitures électriques ».  Dans un pays où près de 10% de la population roule déjà en hybride et où l’électricité, produite par les barrages, est entièrement verte, on imagine que le défi 2020 pourrait bien être relevé.

 

 

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