Science et Environnement
La Planète revisitée : Le retour des grandes expéditions naturalistes

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La Planète revisitée : Le retour des grandes expéditions naturalistes

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Le volet maritime d’une grande expédition naturaliste en Papouasie Nouvelle-Guinée a commencé hier. Six ans après le Vanuatu et deux ans après le Mozambique et Madagascar, une équipe de scientifiques s’intéresse à la biodiversité de cette partie de l’Océanie. Cette nouvelle campagne d’exploration de la nature est organisée  dans le cadre du programme  La Planète revisitée, coordonné par le Muséum national d’Histoire naturelle, Pro-Natura International et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Il s’agit de relancer de grandes expéditions naturalistes afin d’acquérir de nouvelles connaissances dans les régions du globe les plus riches en biodiversité mais jusqu’ici peu explorées. Car, contrairement aux idées reçues, de nombreux habitants de notre planète demeurent inconnus. Les scientifiques estiment, ainsi, qu’il reste entre 8 et 30 millions d’espaces à découvrir, dont beaucoup sont probablement en voie d’extinction. Bien que chaque année, 18.000 nouvelles espèces sont décrites, à ce rythme, il faudrait encore entre 300 et 1000 ans pour achever l’inventaire !

 

(© : IRD)

(© : IRD)

 

Accélérer la découverte de nouvelles espèces

 

La Planète revisitée a donc pour objectif d’accélérer le mouvement en mobilisant d’importants moyens de recherche sur des régions considérées comme prioritaires pour la préservation de la nature, le tout en partenariat avec les organismes locaux. Les expéditions, qui comprennent des volets terrestres et marins, visent à mettre à disposition de la communauté scientifique internationale de nouveaux spécimens à étudier, tout en conservant un témoignage de cette biodiversité pour les générations futures. Il s’agit, aussi, de faire entrer des compartiments négligés de la biodiversité dans le champ d’action des organismes de protection et de conservation de la nature. Cette fois, c’est donc le nord-est de la Papouasie Nouvelle-Guinée qui est concerné. « L’échelle des opérations, le nombre et la diversité des participants garantissent la richesse des résultats attendus, qui alimenteront avec des données régionales les grandes bases de données internationales. Mais l’expédition en Papouasie Nouvelle-Guinée a également un objectif de portée globale : en recueillant dans une des régions les plus riches de la planète un vaste ensemble de données standardisées, l’expédition tentera de répondre aux questions sur l’ampleur de la biodiversité et son devenir sous l’influence des pressions et menaces », expliquent les organisateurs. Ainsi, de la mer de Bismarck au mont Wilhelm, le point culminant du pays, l’expédition va pouvoir échantillonner les espèces sur un dénivelé de près de 5000 mètres !  

 

Le navire océanographique Alis (© : IRD)

 

L’expédition marine

 

Durant trois mois, 200 personnes partent à la découverte des richesses naturelles de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Alors que la campagne terrestre a débuté le 10 octobre, les opérations en mer doivent commencer le 23 octobre sur la côte nord, au large des provinces de Madang et Chimbu, baignées par les mers de Bismarck et des Salomon, là où la biodiversité marine est la plus riche. Dirigée par Philippe Bouchet, du Muséum national d’Histoire naturelle, l’équipe de la partie marine est composée de 111 participants de 20 nationalités différentes, comprenant chercheurs, techniciens, étudiants, bénévoles, pêcheurs professionnels et artistes naturalistes. L’équipe va, d’abord, commencer par reconnaitre les habitats dans le lagon et la zone côtière de Madang, puis s’attellera à l’inventaire de la faune et de la flore marines. Une campagne d’exploration hauturière est, ensuite, prévue du 4 au 26 décembre en mer de Bismarck. Les scientifiques immergeront également de petits récifs artificiels, les ARMS (Artificial Reef Matrix Structures), qui seront relevés fin 2013 pour analyse. « Malgré la description de 1800 à 2000 espèces chaque année, la biodiversité marine est encore largement méconnue, à tel point que chaque nouvelle expédition dans le Triangle de Corail est assurée d’y découvrir des espèces inconnues », notent les organisateurs. Ces derniers précisent que la moitié des espèces nouvellement décrites sont des mollusques et des crustacés. Les algues, autre compartiment négligé de la biodiversité marine tropicale, feront aussi l’objet d’un inventaire ciblé. Un attention particulière sera apportée aux associations entre invertébrés et notamment celles impliquant les échinodermes, les éponges, les hydrozoaires et les anthozoaires, les siponcles (vers marins) et les crustacés vivant dans des terriers. Les scientifiques s’intéresseront par ailleurs aux habitats rares, comme le tombant récifal profond, les lacs en communication souterraine avec la mer, les micro-habitats anoxiques (dépourvus d’oxygène), ou encore la faune interstitielle, qui se nourrit de la matière organique déposée sur le fond de la mer, et participe ainsi très largement à l'autoépuration de ces milieux. Au large, la faune benthique (organismes vivant à proximité du fond de la mer) sera échantillonnée jusqu’à 1200 mètres de profondeur.

 

10.000 espèces marines devraient être échantillonnées

 

Pour mener à bien cette campagne, une panoplie complète de moyens de prélèvement sera mise en œuvre (suceuses, paniers de brossage, pièges lumineux, dragues, chalut, benne…) devant la côte par des plongeurs travaillant à partir d’embarcations légères, et en mer depuis l’Alis, navire océanographique de l’IRD. Un laboratoire de terrain, installé à la Divine World University, traitera, triera, photographiera et conditionnera les échantillons collectés. Après l’expédition, l’exploitation des résultats s’appuiera sur un réseau d’une centaine de spécialistes mondiaux des algues, des poissons et des invertébrés. L’expédition devrait permettre d’échantillonner 10.000 espèces marines, qui  alimenteront les grandes bases de données internationales comme la GBIF (Global Biodiversity Information Facility), la BOLD (Barcode of Life Database) et l’OBIS (Ocean Biogeographic Information System).