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La planète revisitée : Retour de l’expédition partie en Papouasie Nouvelle-Guinée

Partis à la découverte de la Papouasie Nouvelle-Guinée en octobre dernier, les explorateurs du programme La Planète Revisitée sont de retour, avec un inestimable trésor scientifique, après 3 mois d’investigations terrestres et marines. Co-organisée par le Muséum national d’Histoire naturelle, Pro-Natura International et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l’expédition a conduit sur le terrain près de 200 chercheurs, étudiants et bénévoles de 21 nationalités différentes. De la mer de Bismarck aux contreforts du Mont Wilhelm, ils ont inventorié la biodiversité négligée de cette région clé mais sous-étudiée de notre planète, tout en collaborant avec les acteurs locaux dans une perspective de conservation.

Les travaux de tri et d’identification des spécimens ont à peine commencé, et il faudra des années pour parvenir à une synthèse des résultats nouvellement acquis. La valorisation scientifique d’une telle expédition n’est, en fait, jamais terminée.

 

(© IRD)

 

 

La composante terrestre de l’expédition s’est attachée à collecter de nouvelles données sur la distribution des espèces végétales et animales dans les forêts de montagne du Mont Wilhelm, le tout selon l’altitude, depuis le niveau de la mer jusqu’à la limite des formations arborées. La composante marine avait, quant à elle, pour objectif de documenter par une panoplie de méthodes complémentaires - qualitatives et quantitatives - la composition spécifique d’écosystèmes marins parmi les plus riches de la planète, depuis la côte jusqu’au large, à 1200 mètres de profondeur. Des récifs artificiels ont été mouillés pendant l’expédition et seront relevés en décembre 2013.

 

 

(© XAVIER DESMIER / MNHN / PNI / IRD)

 

(© XAVIER DESMIER / MNHN / PNI / IRD)

 

 

Des résultats excellents mais inquiétants

 

 

Les résultats de la partie marine de l’expédition sont, aux dires des explorateurs, à la fois excellents et un peu inquiétants. D’un côté, les scientifiques rentrent avec une multitude d’échantillons (dont certains contiennent sans aucun doute de nombreuses nouvelles espèces), une collection exceptionnelle de photos d’animaux vivants, et une non moins phénoménale collection de tissus pour le séquençage. Mais d’un autre côté, les scientifiques ont également fait le constat que même la mer de Bismarck, au coeur de la Papouasie Nouvelle-Guinée, n’est plus un paradis à l’écart du monde. Le lagon de Madang leur est en effet apparu touché par les apports terrigènes (dépôts sédimentaires), eux-mêmes conséquence de la déforestation et du défrichage pour l’agriculture de subsistance d’une population qui a doublé depuis 15 ans. Malgré l’anthropisation, le taux de couverture de coraux vivants – indicateur habituel de l’état de santé des récifs – reste très élevé, avec des paysages sous-marins qui demeurent visuellement splendides, et une très grande diversité d’habitats dans un espace géographique restreint. Au large et en profondeur aussi, l’impact sur l’environnement est, par ailleurs, localement très mesurable par les rejets de la nouvelle usine de nickel de Basamuk.

 

 

(© XAVIER DESMIER / MNHN / PNI / IRD)

 

 

Selon l’équipe de La Planète Revisitée, sur place, l’université, les autorités provinciales et les communautés ont réagi avec un grand intérêt à ces constats : finalement, les observations des scientifiques sur l’état de la biodiversité ont eu un impact sociétal plus fort que s’ils avaient fait uniquement de l’exploration et de la découverte.  

En tout, les équipes scientifiques ont réalisé 730 prélèvements côtiers et 150 autres au large. Ont pu être répertoriées et étudiées 400 espèces de coraux, 1450 espèces de crustacés décapodes, 4500 espèces de mollusques, 320 espèces d’échinodermes, 1300 espèces de poissons et 300 espèces d’algues. Les chercheurs estiment que, dans cet écosystème, 500 à 1000 espèces nouvelles vont être inventoriées par la science.

 

 

1 : Le crabe Hirsutodynomene spinosa (© A. ANKER/MNHN/PNI/IRD)

2 : Le gastéropode Calpurnus verrucosus (© L. CHARLES/MNHN/PNI/IRD)

3 : Hoplophrys oatesii, un petit crabe symbiote des coraux (© T-Y CHAN/MNHN/PNI /IRD)

4 : Microgastéropode marin de la famille des Cystiscidae (© L. CHARLES/MNHN/PNI/IRD)

 

 

Un important volet pédagogique avec le milieu scolaire

 

 

On notera, enfin, que La Planète Revisitée comporte un important volet pédagogique. Pour l’heure et jusqu’à la fin de l’année scolaire, 137 classes (de la maternelle au lycée) participent à cette expédition, une belle occasion de sensibiliser les élèves aux enjeux scientifiques et sociétaux du XXIe siècle. Les élèves ont découvert les objectifs de l’expédition et suivi le quotidien des chercheurs sur le terrain, grâce au journal de bord sur le site internet de l'opération. Ils ont pu, par le biais du forum, interagir chaque jour avec la mission, en particulier avec leur correspondant pédagogique, présent lui aussi en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Des projets scolaires ont été initiés et dureront jusqu’en juin, les outils pédagogiques continuant de s’enrichir. Ainsi, grâce à cette expédition, certains élèves s’intéressent avec leurs enseignants au concept de biodiversité, découvrent la classification phylogénétique du vivant, ou étudient l’impact de l’Homme sur le monde vivant, tandis que d’autres se concentrent sur l’histoire des expéditions scientifiques, la découverte du monde et de la diversité culturelle…

 

 

Le navire océanographique Alis (© : IRD)

 

 

Le retour des grandes expéditions naturalistes

 

  

La Planète Revisitée permet de relancer de grandes expéditions naturalistes afin d’acquérir de nouvelles connaissances dans les régions du globe les plus riches en biodiversité mais jusqu’ici peu explorées. Car, contrairement aux idées reçues, de nombreux habitants de notre planète demeurent inconnus. Les scientifiques estiment, ainsi, qu’il reste entre 8 et 30 millions d’espaces à découvrir, dont beaucoup sont probablement en voie d’extinction. Bien que chaque année, 18.000 nouvelles espèces sont décrites, à ce rythme, il faudrait encore entre 300 et 1000 ans pour achever l’inventaire !

Avant la Papouasie Nouvelle-Guinée, La Planète Revisitée avait permis d’explorer le Vanuatu en 2006, ainsi que le Mozambique et Madagascar en 2010.