Construction Navale
La première centrale nucléaire civile flottante au monde a quitté Saint-Pétersbourg

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La première centrale nucléaire civile flottante au monde a quitté Saint-Pétersbourg

Construction Navale

Samedi dernier, l’Akademik Lomonosov, une unité flottante de production d’électricité utilisant l’énergie nucléaire, a appareillé du Chantier de la Baltique à Saint-Pétersbourg. Le complexe nucléaire flottant, comportant deux réacteurs à eau pressurisée, est pour l’instant inerte. Après avoir été remorqué jusqu’au port de Mourmansk, dans la mer de Barents, il y sera chargé de combustible nucléaire. Sa mise en service est prévue pour 2019. Il servira à l’alimentation en électricité de la région de Pevek, dans le district autonome de Tchoukotka en Sibérie Orientale.

 

L'Akademik Lomonosov lors de son départ de Saint-Pétersbourg (© ROSATOM)

L'Akademik Lomonosov lors de son départ de Saint-Pétersbourg (© ROSATOM)

L'Akademik Lomonosov lors de son départ de Saint-Pétersbourg (© ROSATOM)

L'Akademik Lomonosov lors de son départ de Saint-Pétersbourg (© ROSATOM)

 

Une plateforme de production d’électricité sans propulsion

L’Akademik Lomonosov est le premier d’une potentielle série d’une demi-douzaine de centrales nucléaires flottantes. Il mesure 144.4 mètres de long pour 30 mètres de large et déplace 21.500 tonnes. Il ne s’agit pas réellement d’un navire puisqu’il n’est pas autopropulsé. C’est en fait une barge accueillant une centrale comprenant deux réacteurs. Ces derniers sont des KLT-40S, une variante développant 70 MW des chaufferies utilisée par les brise-glaces nucléaires russes de classe Taimyr. L’objectif de cette classe de centrales flottantes est de pourvoir en énergie des régions ultrapériphériques sans avoir recours à des énergies fossiles.

 

Le brise-glace nucléaire russe Taimyr ( ©  PHOTONORD.RU)

Le brise-glace nucléaire russe Taimyr ( ©  PHOTONORD.RU)

 

Des questions de sécurité qui alertent les ONG

Bien évidemment, un tel projet a suscité les craintes des ONG écologistes, dont Greenpeace. Cette dernière alerte sur le danger d’un tel type d’installation. Par rapport à une centrale équivalente basée à terre, elle serait en effet moins sécurisée, car beaucoup plus vulnérable aux aléas météorologiques (tempêtes, tsunami, etc.). Cela est d’autant plus vrai que Rosatom, l’agence fédérale d’énergie atomique russe, n’a pas jugé bon de l’équiper de ses propres moyens de propulsion. Elle est de fait dépendante de moyens de remorquage pour assurer son transfert en mer et ses manœuvres. Cela étant dit, elle sera basée dans le port de Pevek et n’aura donc plus de raisons de bouger. L’inquiétude porte surtout sur son transfert entre Mourmansk et Pevek, qui représente une traversée de plus de 2500 milles marins, dont une partie qui demandera l’appui d’un navire brise-glace.

Déjà, plusieurs pays scandinaves comme la Norvège, appuyés par la partie russe de Greenpeace, ont eu raison d’un projet controversé de chargement des cœurs nucléaires. Initialement, Rosatom prévoyait d’alimenter en matière fissible l’Akademik Lomonosov directement dans le Chantier de la Baltique à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau du centre de Saint-Pétersbourg, la deuxième ville du pays. Une fois alimentée en combustible, la centrale aurait été remorquée jusqu’en Sibérie en longeant les côtes de la Norvège. Au vu de la configuration technique de la plateforme, la Norvège redoutait un potentiel accident. Finalement, Rosatom a coupé la poire en deux en acceptant de ne pas charger les cœurs nucléaires dans l’ancienne capitale de la Russie. La station est donc en ce moment même remorquée jusqu’à Mourmansk en étant inerte. Cette dernière ville russe est déjà bien habituée aux installations nucléaires avec la présence d’importants complexes liés notamment à sa flotte sous-marine.

 

Des sous-marins nucléaires russes de classe Delta dans l'Arctique. La Russie exploite de nombreuses installations atomiques dans cette région du monde ( ©  MINISTÈRE RUSSE DE LA DEFENSE)

Des sous-marins nucléaires russes de classe Delta dans l'Arctique. La Russie exploite de nombreuses installations atomiques dans cette région du monde ( ©  MINISTÈRE RUSSE DE LA DEFENSE)

 

La Russie, seule utilisatrice dans le civil de l’énergie nucléaire en mer

Par le passé, de nombreux projets d’utilisation de l’atome en mer à des fins civiles avaient été étudiés. On se souvient du cargo allemand Otto Hahn, long de 172 mètres, ce navire, construit en 1967, était à l'origine doté d'un coeur nucléaire d'une puissance de 38MW. Le succès commercial n’avait pas été au rendez-vous et un accident nucléaire en 1973 avait eu raison de son choix de propulsion. L'Otto Hahn avait été transformé en cargo traditionnel en 1980, avec débarquement du coeur.

Ces dix dernières années, plusieurs pays, France, Russie, États-Unis, Japon, s’étaient intéressés à la conception de centrales nucléaires en mer pour alimenter des espaces terrestres mal équipés. En France, Naval Group, à l’époque DCNS, avait planché sur un projet équivalent de modules de production d’électricité via l’énergie nucléaire appelé Flexblue. Seulement, à l’inverse du projet russe, l’entreprise française avait choisi un engin immergé à faible profondeur (100 mètres) avec comme objectif de le rendre moins vulnérable aux conditions météorologiques et climatiques.