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La présidence Sarkozy et les questions maritimes

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La présidence Sarkozy et les questions maritimes

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Elu dimanche dernier, le nouveau président de la République s'est intéressé, avec son équipe, à de nombreuses questions maritimes. Nous revenons, aujourd'hui, sur les positions exprimées avant le scrutin par le candidat de l'UMP, ainsi que sur les principales mesures attendues de sa future équipe gouvernementale. Dans le domaine de la Défense, Nicolas Sarkozy souhaite que la coopération entre les marines européennes soit renforcée en matière de construction, à l'image de ce qui est entrepris avec les frégates franco-italiennes multi-missions : « Si les états-majors des marines européennes décidaient de faire construire le même type de frégate, avec la même somme que celle investie aujourd'hui dans de multiples programmes, ils recevraient chaque année deux frégates supplémentaires ». Il appelle, d'ailleurs, à la concentration de l'industrie navale de Défense : « Les industriels du secteur ont tout intérêt à se regrouper afin de mieux faire face à la concurrence accrue de compétiteurs issus de zones à faible coût de main d'oeuvre. Il est évident qu'un jour ou l'autre ces réalités s'imposeront. Il s'agira alors pour les acteurs français, en particulier DCN, le premier expert européen en système naval, de disposer des meilleurs atouts dans une redistribution des cartes européennes qui viendra ».
Durant la campagne, le projet de second porte-avions avait été mis sur la sellette. Discret dans un premier temps sur le sujet, il s'était finalement rangé à la position de Michèle Alliot-Marie, qui avait fait du respect de l'effort de Défense « une condition absolue de (son) engagement auprès de Nicolas Sarkozy ». Le nouveau chef de l'Etat est, aujourd'hui, « fermement attaché au projet de second porte-avions. La défense de la France ne s'improvise pas et je pense que ce bâtiment est indispensable. Nous refuser d'avoir les moyens d'intervenir au loin, ce serait implicitement laisser à d'autres la gestion des affaires mondiales ».

La construction navale, « un fleuron national »

Alors que le dernier grand chantier naval civil hexagonal, celui de Saint-Nazaire, a été racheté puis revendu en moins d'un an par le Norvégien Aker Yards, Nicolas Sarkozy estime que la construction navale est un « fleuron national. Cette industrie crée des emplois et exporte. Elle est majeure pour notre économie ». Le nouveau président reconnaît, néanmoins, que les entreprises européennes du secteur sont confrontées à une concurrence farouche des chantiers asiatiques, nécessitant d'importants investissements en matière de recherche et de développement. Et, dans tous les cas, le soutien des pouvoirs publics : « Si nous voulons que la construction navale française puisse reconquérir les parts de marché qu'elle a perdues au profit de l'Extrême-Orient, une ambition européenne est nécessaire. À l'instar de ce qui se fait pour la construction aéronautique ou spatiale, des concours publics sont nécessaires pour soutenir la R&D, ou des programmes clairement identifiés - sous la forme, par exemple, d'avances remboursables. Ces concours peuvent également être fonciers, pour dégager sur le littoral les zones industrielles indispensables. Ils peuvent aussi prendre la forme de commandes publiques de navires d'Etat ». De plus, Nicolas Sarkozy, qui déplore que le livre vert relatif à la politique maritime de l'Union européenne « semble ignorer la question de la construction navale », compte demander à la Commission européenne « d'engager une réflexion approfondie pour une politique de reconquête ». Pour le nouveau locataire de l'Elysée : « Cette ambition maritime doit être à l'image des grandes aventures industrielles françaises de l'après-guerre, engagées par les présidences du général de Gaulle et de Georges Pompidou, avec les succès que l'on connaît en aéronautique, dans les industries spatiale et pétrolière et dans la filière du nucléaire civil. Je ne vois pas pourquoi les mêmes dynamiques ne pourraient pas être enclenchées dans le domaine de la construction navale ».

Une compétitivité portuaire « décevante » et la question « essentielle » des autoroutes de la mer.

Pour Nicolas Sarkozy, « Nous ne pouvons qu'être déçus par les performances de la filière portuaire française pendant ces cinquante dernières années. Elle n'a pas su ou pu prendre le virage de l'ouverture des frontières et profiter de l'essor des échanges maritimes. Alors même que les ports français sont souvent situés sur quelques-unes des plus grandes voies de navigation mondiale, leur manque de compétitivité en termes de coûts, de délais et de fiabilité a donné aux ports nord européens dans un premier temps et, plus récemment, aux ports espagnols et italiens, la possibilité de répondre dans de meilleures conditions aux besoins du commerce international ». Et son constat est sans détour : « Un effort de renouveau s'impose ». N. Sarkozy estime que sur la question d'un hub à conteneurs, « la chance géographique de Marseille a été gaspillée en 1997 », lorsque le gouvernement Jospin a enterré le projet de canal Rhin-Rhône et le doublement de l'autoroute A6. Il s'interroge donc sur l'opportunité de réaliser un hub en Atlantique ou en Manche, par exemple à Brest ou à Cherbourg. Il s'agit, selon lui : « de déterminer si un port d'éclatement pour les gros porte-conteneurs de plus de 8 000 boîtes s'avère réalisable ou non en France ». Le projet d'un hub cherbourgeois, défendu par le sénateur UMP de la Manche, Jean-François Le Grand, ne rencontre pas pour le moment d'écho particulièrement favorable des armateurs, qui disposent déjà des infrastructures du Havre, en plein essor et nettement mieux dotées en matière de transport multimodal.
Par ailleurs, le président juge comme « essentielle » la question des autoroutes de la mer. Ainsi, pour éviter l'engorgement du réseau routier national, utilisé par des centaines de milliers de camions comme une simple voie de transit entre pays européens, Nicolas Sarkozy en appelle aux autres Etats : « Il faut donc que nos partenaires organisent les liaisons maritimes adéquates. Or nos voisins n'ont que peu intérêt au développement de cette solution, coûteuse en investissements maritimes. Ils ont au contraire tout intérêt à s'appuyer sur l'excellent, peu coûteux et opportun réseau routier français pour assurer, dans des conditions plus avantageuses que celles de la voie maritime, leurs échanges intra-européens ». Considérant que les autoroutes de la mer « pourraient constituer une alternative crédible à certains transits, notamment le transport entre l'Italie et la péninsule ibérique, ou entre cette dernière et les îles britanniques », il se dit prêt à agir de manière contraignante : « Dans l'attente d'une réponse européenne, je me réserve la liberté de mettre en oeuvre des dispositions qui dissuadent les poids lourds de faire du trafic de transit sans payer leur quote-part des nuisances qu'ils causent. C'est possible comme le montre la politique suisse des transports ».

Transport maritime, pêche et sécurité en mer

Après l'instauration du nouveau pavillon tricolore, en 2005, le chef de l'Etat attend désormais le retour d'expérience du Registre International Français avant de procéder à d'éventuels « ajustements pour améliorer ses performances ». Se félicitant des nombreux atouts dont disposent dorénavant les armements nationaux, le président de la République souhaite que soit mise en place une politique efficace de promotion du pavillon français, dans l'Hexagone comme à l'étranger : « Il en va de la croissance de l'emploi maritime d'officiers français. Il en va également de l'attractivité de ce métier auprès des jeunes auxquels il faut offrir de plus larges opportunités de formation. Je compte en conséquence stimuler l'usage du registre international français ». Très sensible à la question de la sécurité en mer, Nicolas Sarkozy incline pour « la mise en place d'une responsabilisation accrue des armateurs et vers une clarification des rapports entre l'entreprise et l'Etat du pavillon. Je pense que nous devrions étudier la possibilité de mettre en place le « certificat de conduite du navire sûr », en nous inspirant des réussites des nations maritimes scandinaves ». Concernant la pêche, il se dit « scandalisé » par l'insécurité face à laquelle les marins sont confrontés. Plusieurs actions sont préconisées pour diminuer le nombre d'accidents, à commencer par une modernisation des flottilles. « Les aides à la construction, indispensables pour renouveler un outil de travail au rendement aléatoire, ont été de ce fait supprimées à compter du 1er janvier 2005. Je pense que cette mesure est défavorable à la sécurité des marins et patrons pêcheurs ». Nicolas Sarkozy érige, par ailleurs, au rang de « priorité », l'accélération de l'application du plan de sécurité à la pêche, « en particulier dans les domaines de la formation des pêcheurs, de leurs équipements individuels et de l'équipement AIS des navires ».
Quant aux moyens mis en oeuvre pour assurer la sécurité maritime, le président Sarkozy considère que l'actuel modèle de l'action de l'Etat en mer, en matière de moyens, de coordination des services nationaux et entre européens, « fonctionne bien ». Il se dit par ailleurs opposé à la création d'un corps de garde-côtes européens : « Ce modèle, qui est celui des Etats-Unis, présente tous les avantages de l'unicité de commandement et d'organisation, mais il ne peut s'appliquer que si le corps ainsi constitué est militarisé, compte tenu des conditions de son engagement dans des missions de coercition et de dissuasion dans les eaux internationales au large. Un tel modèle ne me semble pas pouvoir émerger en Europe pour l'heure. Pourquoi changerions-nous de modèle, alors même que le nôtre fait les preuves de son efficacité ? ».

Régimes spéciaux et enseignement

La réforme de l'Etablissement National des Invalides de la Marine continue de susciter beaucoup d'inquiétude dans le monde maritime. Plus ancien régime de protection sociale français, l'ENIM est gravement déficitaire, avec 40.000 navigants actifs pour 120.000 pensionnés. Nicolas Sarkozy, qui souhaite poursuivre la réforme engagée par la loi Fillon sur les retraites, estime qu'« un subventionnement public est inévitable » mais qu'il ne faut pas « rester dans l'immobilisme ». Comptant poursuivre le plan de modernisation de l'ENIM, le nouveau président considère que « si certains régimes spéciaux sont aujourd'hui discutables et mériteraient, compte tenu de l'évolution des métiers concernés, d'être alignés sur le régime général, ce n'est pas le cas de la pêche dont la pénibilité et l'accidentologie demeurent extrêmes et infiniment supérieures aux autres. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire aux professionnels, je souhaite que les spécificités du régime de l'ENIM soient conservées chaque fois qu'elles sont justifiées ».
L'une des réponses au financement du régime de protection des marins résiderait, bien entendu, dans le développement de l'emploi maritime, pour lequel une véritable promotion est souhaitée : « Celle-ci doit être recherchée par tous les moyens, qu'il s'agisse de ramener des navires - et leurs équipages - sous pavillon français, de faire en sorte qu'au même titre que les autres officiers européens, les officiers français soient nombreux à être employés sur des navires battant d'autres pavillons, de développer l'emploi de personnels français sur les navires de grande plaisance. Tout cela devra se faire en étroite concertation avec les parties prenantes ».
Il faudra également, selon le nouveau président, revoir l'organisation de l'enseignement maritime en France. Ce dernier ne se dit pas « hostile » à la création d'une Université maritime ou d'une Académie navale, préconisée par le rapport Poséidon du Secrétariat Général de la Mer : « Elle est cohérente avec ma volonté de créer des grandes écoles des métiers et avec mon souci de faire émerger de grandes universités de niveau européen et mondial. Pour autant, cela ne doit pas aboutir à concentrer tous les moyens sur une seule grande université du thème de la mer, mettant fin au développement de filières maritimes dans les autres centres universitaires ». Il veut, en outre « renforcer les moyens » des quatre écoles nationales de la Marine marchande, qui devront faire face aux besoins d'officiers espérés avec la montée en puissance du RIF.
Enfin, Nicolas Sarkozy envisage la création d'une hydro outre-mer : « Il faut réfléchir à la possibilité d'implanter une première école nationale de la marine marchande ultramarine sur le modèle de celles du Havre et de Marseille. Située au coeur des départements français d'Amérique, elle formerait des officiers sur la base des normes internationales. Un développement de la formation des marins pêcheurs, y compris des capitaines de pêche, est également à promouvoir tant à la Réunion qu'en Guyane. Un lycée maritime et aquacole - ce serait le premier Outre-mer - pourrait également être créé ».
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- Voir l'intégralité des positions de Nicolas Sarkozy sur le monde maritime