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La problématique de la pêche durable à Lorient

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La problématique de la pêche durable à Lorient

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En novembre dernier, les ministres des pêches de l'Union se sont mis d'accord sur une réduction de 10 à 25% des prises de poissons en eaux profondes. Pour Lorient, cela représente une perte de quelques 600 tonnes de sabre, grenadier et autre lingue bleue, les espèces d'eaux profondes représentant près de la moitié des captures des chalutiers industriels. A l'occasion du salon « Terre ! », organisé du 24 au 26 mars par Cap Lorient et la région Bretagne, l'économie solidaire respectueuse de l'environnement sera à l'honneur. Dans ce cadre, la filière pêche montrera comment elle repense son activité en terme de respect des richesses maritimes, de modernisation des équipements, de nouvelles techniques de capture ou encore de recherches dans la valorisation des sous-produits. Quotas, maille des filets... Le secteur est particulièrement encadré et déplore souvent l'application systématique du principe de précaution plutôt que celle de règlementations adaptées, jugées plus subtiles.

Des expertises en collaboration avec l'IFREMER

Si la crise de la ressource est bien réelle, les pêcheurs reprochent souvent à l'Europe un manque d'expertise des différentes espèces. C'est pourquoi Proma, organisation professionnelle qui s'étend de Pornic à Concarneau et regroupe 90% des pêcheurs lorientais, a lancé a son compte une expertise en collaboration avec l'IFREMER. Selon un accord de méthodologie strict, un suivi spécifique des espèces profondes a été mis en place et 15 000 traits de chaluts de Proma ont été répertoriés. Cette expérience permet de présenter une valeur scientifique inestimable qui n'avait jamais été exploitée. L'expérience étant concluante, elle va être prolongée sur la sole et la langoustine du golfe de Gascogne. L'objectif de l'organisation est, à moyen terme, de devenir une force de proposition écoutée et d'être en mesure de discuter avec les scientifiques. Ainsi, dernièrement, le quota du sabre noir n'a finalement pas été réduit par l'Europe, la France ayant pu prouver que les captures de requin Siki concomitantes étaient très rares.

Les chaluts à nappes sélectives

« Il faut s'intéresser aux idées des pêcheurs », suggère Tristan Douard, directeur-adjoint de Proma, qui compte une flottille de 350 bateaux de pêche de toutes tailles, estimant que la profession se sent plus que concernée par la préservation des ressources. Il y a 21 ans déjà, Proma lançait un programme sur la mise au point de chaluts sélectifs pour la pêcherie mixte, laissant passer les juvéniles des merlus et bientôt ceux de la langoustine. Depuis 2005 le Comité national des pêches a d'ailleurs rendu obligatoire ce filet à nappes sélectives, jugé efficace sur le petit merlu. Le filet sélectif dédié à la langoustine devrait, quant à lui, être opérationnel l'année prochaine. Anticipant sur les normes européennes qui vont être de plus en plus draconiennes et engendrer de lourdes pertes économiques, ces programmes sont destinés à apporter une préservation plus fine de la ressource, espèce par espèce. « Mieux, ils facilitent le tri sur le pont et accélèrent la remise à l'eau ou en vivier, à la satisfaction des mareyeurs ». A Lorient d'autres initiatives voient le jour, telle l'évolution du calibre des langoustines. Il est ainsi passé de 7 cm, la norme européenne, à 8,5 cm minimum en France pour finalement aboutir à 9 cm, à la demande de la profession. Quant au chalut pélagique si décrié, dans lequel des dauphins se prennent parfois, il fait actuellement l'objet de tests avec des équipements du type répulsif acoustique.

Valorisation totale des déchets de la filière pêche

Face à la crise, la profession doit trouver de nouveaux débouchés, notamment par la valorisation des déchets et sous-produits, qui faisaient jusqu'ici l'objet d'un immense gaspillage. En Bretagne, on compte 70 000 tonnes de déchets issus de la découpe, dont 15 000 tonnes pour le seul port de Lorient ! Concrètement les filets de merlan ne représentent que 35 % du poisson entier, la queue de lotte 50 %... Jusqu'à présent, une partie seulement des déchets de découpe est collectée puis transformée en farine pour l'aquaculture ou en croquettes pour chat. L'essentiel est toutefois perdu, alors même que le produit se fait rare. L'idée aujourd'hui au port de pêche de Lorient est de valoriser la totalité des 15 000 tonnes de déchets des mareyeurs pour en faire des coproduits à forte valeur ajoutée. Une piste jugée très prometteuse est empruntée par la société d'économie mixte de Keroman et IDMER, réside dans le centre de transfert de technologie de la recherche vers les professionnels de la mer. Dès 2009, une usine de valorisation des coproduits pourrait voir le jour pour traiter peau, écailles et arrêtes avec un procédé intégrant une chaîne du froid, permettant de conserver leur richesse nutritive naturelle. Jusqu'à présent ces produits étaient délaissés et le peu exploité subissait des traitements à haute température affaiblissant leur teneur protéique. Une fois transformés, les nouveaux produits, très concentrés en protéines, pourront être destinés à l'alimentation animale ou même humaine. Certains l'imaginent déjà sous forme de pulpe comme extrait aromatique ou sous forme de poudre sèche comme complément alimentaire à haute teneur. Une seule initiative de ce genre a pour le moment vu le jour en Europe. Il s'agit de l'usine espagnole de Vigo, spécialisée dans l'alimentation animale.

Plan de modernisation des équipements portuaires

Pour accompagner le développement de Lorient, premier port de pêche français en chiffre d'affaires et le deuxième en tonnage juste derrière Boulogne-sur-Mer, un plan d'investissement d'une vingtaine de millions d'euros a été lancé. Ce plan intègre le contexte général de diminution de la ressource halieutique par une politique de développement durable, en lien avec les pêcheurs sensibilisés à l'intérêt d'une pratique dite responsable. Côté équipements, le port a été doté du plus puissant élévateur à bateaux d'Europe, d'une capacité de 650 tonnes. Avec une augmentation de 40% de l'activité de réparation navale, les sept hectares de l'aire de réparation ont été équipés dès 2002 d'un système de traitement des eaux de lavage et de ruissellement, ce qui constituait, à l'époque, une première sur le plan national. Grâce à ce système, les hydrocarbures sont récupérés, ce qui permet de les décanter et d'en extraire les particules de métaux lourds. L'eau traitée rejoint ensuite le réseau d'eau pluviale alors que les boues produites sont acheminées en CSD (centre de stockage des déchets) de classe 1 ou 2 suivant le niveau de toxicité. Parallèlement, des audits environnementaux ont d'ailleurs été réalisés dans tous les ports de plaisance du Pays de Lorient et des réflexions sur le traitement des eaux de carénage dans les bassins de réparation navale de l'estuaire du Scorff sont en cours. Pour le port de pêche, la prochaine étape de la modernisation concernera les criées 3 et 4 de Keroman. Dans le cadre de ce chantier, une exigence d'économie d'énergie est inscrite dans la maîtrise d'oeuvre. Ainsi, la pose de panneaux photovoltaïques sur une partie des 7 000 m2 de toiture des bâtiments est actuellement à l'étude. Cette mesure est néanmoins conditionnée par les normes imposées aux infrastructures portuaires et à la présence de nombreux oiseaux marins. Les travaux, qui devraient débuter en fin d'année, verront la construction de 2000 m² de criée supplémentaires.