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Science et Environnement

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La recherche scientifique sur le plancton grâce à la course au large

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La course au large est traditionnellement un secteur porteur d’innovation et de recherche technologique. Mais ces dernières servent principalement à accroître les performances des bateaux, plus rarement à améliorer le savoir relatif aux océans. Or, les changements climatiques engendrent des bouleversements dans les différents écosystèmes qu’il est difficile de quantifier sans réelle analyse. C’est tout l’enjeu du projet Iodysseus qui cherche à mieux connaître le plancton. Cet élément central de la biologie marine n’est toujours pas pris en compte par les scenarii portant sur les changements climatiques. Le programme souhaite donc apporter de nouvelles connaissances sur les écosystèmes planctoniques, leur structure, leur dynamique et en pondérer les interactions.

Un multicoque au service de la recherche scientifique

Pour cette étude, Iodysseus a recours aux voiliers de course, d’habitude dédiés aux prouesses sportives. Le programme est d’ailleurs porté par le navigateur Eric Defert. Le bateau utilisé est « un multicoque rapide (entre 15 et 28 nœuds de moyenne) doté d’un full-set de biocapteurs multispectraux (air et eau) et géré par un équipage expert », explique Science & Sea, la fondation d'Eric Defert. Il pourrait s’agir de l’ancien Gitana XI, devenu Team Émotion, avant d’envisager peut-être l’acquisition d’un trimaran de course dédié.

 

Le projet de multicoque de course et de recherche (© SCIENCE & SEA)

Le projet de multicoque de course et de recherche (© SCIENCE & SEA)

 

Quoi qu’il en soit, la plateforme devra être particulièrement adaptée au suivi du plancton, notamment dans sa dissémination dans l’air par mer agitée (force 7 à 8). Grâce à son impact neutre sur l’environnement, le multicoque peut recueillir des données maritimes et aériennes « non souillées ». Les scientifiques ont actuellement besoin de ces dernières pour calibrer les données d’observation satellitaire et plus généralement pour confronter les modèles numériques avec la nature.

Dans quelles proportions ces zones de développement du plancton captent-elles le carbone ? Quelle est la part exacte d’oxygène relâchée ? Quelles incidences sur la météo locale et immédiate avec la formation des nuages et l’humidité créée par l’activité planctonique ? Les liens avec l’évolution du climat ? « Nous allons jusqu’à formuler le vœu de fournir aux spécialistes du Giec ces données de terrain, l’incidence planctonique n’étant pour le moment absolument pas mesuré et prise en compte dans les scenarii d’évolution du climat », résument Éric Defert et Jean-Pierre Pustienne, co-auteurs de cette nouvelle aventure océanographique. Alors que plus de la moitié de l’oxygène produit sur terre proviendrait de cette activité planctonique !

Cela peut aussi intéresser les professionnels de la mer, qui pourraient anticiper l’arrivée d’épisodes planctoniques impactants pour leurs coquillages.

 

Eric Defert (© SCIENCE & SEA)

Eric Defert (© SCIENCE & SEA)

 

Un test au printemps 2019

À ce titre, le programme participera à l’Objectif Bloom 2019. C’est une mission pilote qui aura lieu au printemps au large de la pointe bretonne et qui permettra de valider le concept. Les recherches se dérouleront au moment de la floraison d’une micro algue appelée Ehux. L’objectif est de quantifier le bilan carbone de cet organisme particulier qui est, à la fois, un bio-indicateur du changement climatique et l’objet d’attentions du côté des biotechnologies.

 

Matérialisation du bloom planctonique (© SCIENCE & SEA)

Matérialisation du bloom planctonique (© SCIENCE & SEA)

 

Faire avancer les biotechnologies de pointe

Car c’est l’autre volet de ce programme : développer les connaissances propres aux biotechnologies. Ces dernières s’intéressent au monde naturel pour trouver des molécules pouvant être sources de nouvelles solutions de nutrition, de médicaments ou encore de produits cosmétiques. L’idée est alors de valoriser les bioressources dans un but de développement durable et ainsi donner corps à « l’économie bleue ».

Dans cette optique, Iodysseus est notamment parrainé par des laboratoires de recherche et des sociétés du secteur des biotechnologies. C’est le cas de Phytomer et Codif Technologie Naturelle pour le milieu des cosmétiques et des soins bien-être et de Polymaris Biotechnology pour les nouveaux matériaux comme les biopolymères. S’y ajoute aussi l’industriel Drekan, spécialisé dans les machines tournantes, et sponsor habituel du skipper.