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La réforme des ports autonomes annoncée pour le printemps

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La réforme des ports autonomes annoncée pour le printemps

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En déplacement à Marseille, François Fillon a révélé, hier, que le plan de réforme des ports autonomes français serait lancé au printemps. Le choix du lieu où cette annonce a été faite n'est pas anodin. Le port de Marseille-Fos avait, en effet, été le théâtre il y a près d'un an d'une grève très controversée qui s'était soldée par une paralysie du trafic d'hydrocarbures pendant près trois semaines. « J'ai demandé à Dominique Bussereau de préparer un plan de relance des ports autonomes maritimes français qui devrait pouvoir se concrétiser par des mesures législatives au printemps prochain », a souligné le premier ministre. Le chef du gouvernement souhaite, en premier lieu, que « les activités de manutention exercées par les ports soient transférées à des opérateurs privés ». Affirmant que la réforme devrait permettre la création de 30.000 emplois, François Fillon assure que le gouvernement sera très attentif à la situation des personnels des établissements publics. Les ports autonomes devraient bénéficier, selon lui, d'un vaste plan d'investissement, alors que leurs missions devront se recentrer sur le développement durable. La gouvernance des établissements sera également « modernisée », sans que l'on sache exactement, pour le moment, quels changements interviendront. Le montant des investissements envisagés n'a pas, non plus, été précisé.

Tripler le nombre de conteneurs traités en France

« Les objectifs de la réforme sont clairs : rendre les ports français mieux adaptés, plus performants, plus attractifs avec deux impacts majeurs, créer des milliers d'emplois et améliorer l'impact écologique des échanges internationaux. Nos ports doivent être une courroie de transmission efficace de la croissance du transport maritime vers celle de l'économie nationale. Ils doivent simultanément permettre de réduire les acheminements terrestres comme cela a été largement préconisé lors du Grenelle de l'environnement », souligne Armateurs de France, qui se félicite des déclarations du premier ministre. Pour l'Institut Français de la Mer, le Cluster Maritime Français et le bureau de promotion du transport maritime à courte distance, il y a en effet urgence. L'IFM, le CMF et le BP2S rappellent « le retard absolu pris par notre pays par rapport aux principaux ports mondiaux - et singulièrement par rapport à beaucoup des ports voisins de l'Europe » et soulignent « que ce retard s'est encore creusé ces dernières années, y compris quand nos ports voyaient leur trafic progresser du fait de la croissance du commerce maritime européen et mondial ». A titre d'exemple, dans le secteur stratégique des conteneurs, Marseille n'est aujourd'hui que le 11ème port du bassin méditerranéen, alors qu'il occupait une position de leader il y a 20 ans. On estime d'ailleurs que seul un tiers des conteneurs importés dans l'Hexagone transite par un port français. Matignon a, par conséquent, fixé des objectifs en termes de trafics. François Fillon souhaite que les ports français traitent 10 millions de conteneurs par an à l'horizon 2015, contre seulement 3.6 millions aujourd'hui. Cette augmentation, bien que notable sur le papier, mérite cependant d'être nuancée. Même en triplant le nombre de boites traitées en France, ce qui devrait déjà être le cas compte tenu des plans de développement déjà lancés dans les ports métropolitains, l'Hexagone restera très loin du niveau de ses concurrents. Ainsi, le seul port de Rotterdam a manutentionné, en 2007, plus de 10 millions d'EVP, soit l'objectif fixé par l'Etat, dans sept ans, pour l'ensemble des ports français...

Quelle réaction attendre des syndicats ?

Longtemps ajourné, le dossier de la réforme des ports autonomes reste explosif. Le gouvernement devra donc faire preuve de tact et de détermination pour faire passer sans heurt son projet auprès des syndicats, à commencer par la CGT. « Les ports et les salariés rattachés ne sont pas à vendre », a prévenu hier la confédération. Cette dernière estime que la réforme « participe à la casse générale des services publics » et estime que l'annonce de François Fillon « devance toute négociation préalable et s'accompagne une fois de plus d'un cadrage qui, par définition, vide de son sens toute concertation ». Opposée à la réforme des ports, la CGT se retrouve, toutefois, dans une situation délicate. Car, sans le vouloir, elle est, d'une certaine manière, à l'origine de la volonté du chef de l'Etat de faire progresser ce dossier. C'est, en effet, suite à la grève de mars 2007, où le port avait été bloqué pour permettre à quelques agents de travailler sur le futur terminal méthanier de GDF, que le président de la République avait annoncé une future réforme. « On ne va pas laisser une minorité empêcher une majorité de travailler », avait lancé Nicolas Sarkozy en juin dernier, évoquant le conflit social survenu à Marseille trois mois plus tôt. Face à l'insistance des professionnels portuaires et maritimes, le président avait réaffirmé le 20 décembre son engagement à voir aboutir la réforme. « Pour que le bilan global de la mondialisation soit positif pour la France, notre pays doit tirer le meilleur parti des créations d'emplois dans les secteurs qui bénéficient de ce phénomène. Or le domaine portuaire et logistique fait partie des activités économiques que la mondialisation développe considérablement », avait-il souligné dans une lettre au Groupe interprofessionnel portuaire.

Sept ports concernés et des spécificités à prendre en compte

En tout, sept ports sont concernés : Marseille, Le Havre, Dunkerque, Nantes Saint-Nazaire, Rouen, Bordeaux et La Rochelle. Tous ces établissements partagent leur statut d'Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC), mais leur physionomie est loin d'être homogène. Si l'on retrouve quelques constantes, comme les hydrocarbures, la composition des trafics de chaque place est, parfois, très différente, généralement liée à l'histoire régionale et la situation géographique. Souvent cité, le secteur du conteneur par exemple, s'il est crucial au Havre ou à Marseille, ne constituera pas à lui seul l'avenir d'un port comme Nantes Saint-Nazaire. Bien qu'en nette progression en 2007, avec une hausse de 11.6%, la manutention des boites dans l'estuaire de la Loire n'a représenté que 1.6 million de tonnes, sur un trafic global de 37.2 millions de tonnes. Tout comme les activités, la vie sociale varie aussi sensiblement d'un port autonome à l'autre et se révèle plus ou moins agitée selon les sites. Précisant qu'il n'y aurait pas de recette unique, François Fillon a assuré, hier, que des discussions s'engageraient dans chaque port pour tenir compte des spécificités de chacun. Qu'il s'agisse d'investissements, de gouvernance ou encore de statut, la concertation se déroulera « avec les collectivités locales et les partenaires sociaux et sera menée par les instances de direction de chaque port, en lien avec les préfets », a expliqué le premier ministre.
« La réforme est la clef indispensable vers l'essor que méritent nos ports, grands et moins grands, qui ne demandent qu'à se dynamiser et qui sont idéalement placés pour l'avenir. Il le faut aussi et surtout parce que c'est tout le pays qui en profitera économiquement et socialement, à commencer par les personnels, acteurs et clients portuaires eux-mêmes », martèlent l'IFM, le CMF et le BP2S, selon lesquels « Il faut impérativement que la réforme passe ».
Reste maintenant à voir si elle passera en douceur ou dans la douleur.

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