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La rénovation des frégates La Fayette

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La Direction Générale de l’Armement a annoncé hier avoir notifié le 2 mai, à DCNS, le contrat portant sur la rénovation des frégates du type La Fayette (FLF). Ce marché comprend une première tranche ferme qui permettra de moderniser les trois bâtiments les plus récents de cette série, les Courbet, Aconit et Guépratte, respectivement mis en service en 1997, 1999 et 2001 au sein de la Marine nationale. Les deux premières frégates, les La Fayette (1996) et Surcouf (1997), font l’objet de tranches optionnelles. L’affermissement ou non de celles-ci sera conditionné par le déroulement du programme des nouvelles frégates de taille intermédiaire. Notifié fin avril à DCNS, il porte pour mémoire sur la construction de cinq FTI afin de succéder nombre pour nombre aux FLF.

Maintenir un format à 15 frégates de premier rang

Le ministère de la Défense rappelle que la rénovation des La Fayette a pour but de « maintenir un format de 15 frégates de premier rang dans la marine pendant la phase de transition qui accompagnera la livraison des frégates FTI à partir de 2023 ». Sachant que les FLF étaient jusqu’au livre blanc de 2009 considérées comme des unités de second rang, FLF signifiant d’ailleurs, au départ, « frégates légères furtives ». Elles avaient été pompeusement « promues » dans la catégorie supérieure pour masquer la réduction drastique du programme FREMM et, au passage, celui du format des frégates de premier rang, qui était auparavant de 21 unités (puis 18 et finalement 15).  

Toujours est-il que, de la bonne conduite du programme FTI dans les années qui viennent, en particulier la cadence de production et le respect du format fixé, dépendra la modernisation de trois, quatre ou cinq FLF. Il n’est pas non plus impossible, même si les ressources budgétaires ne le permettent pas aujourd’hui, que le nombre de frégates de premier rang soit revu à la hausse compte tenu du développement des enjeux maritimes et des besoins qu’ils réclament. En attendant une éventuelle évolution de cette nature, le format reste donc fixé à 15 bâtiments, soit à partir de 2022 les deux frégates de défense aérienne du type Horizon (Forbin et Chevalier Paul), les 8 frégates multi-missions (FREMM), dont deux aux capacités antiaériennes renforcées (FREMM DA) et les cinq FLF, remplacées progressivement par les FTI.

 

Cohabitation DCNS/STX France

Pour ce qui concerne la modernisation des La Fayette, les travaux seront menés à Toulon sous la maîtrise d’œuvre de DCNS. Le groupe devra néanmoins travailler avec STX France (chantiers de Saint-Nazaire) puisque ce dernier a remporté l’an dernier le contrat de maintien en condition opérationnelle (MCO) des FLF jusqu’en 2020, avec une option pour prolonger le marché jusqu’en 2022. Or, les rénovations seront conduites au fil des arrêts techniques majeurs des bâtiments, qui resteront assurés pour la partie plateforme par STX France, DCNS se chargeant avec les équipementiers concernés des opérations de modernisation sur les systèmes sensibles, à commencer par l’électronique et l’armement.

 

FLF en ATM à Toulon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Des chantiers de 8 mois à partir de 2020

D’une durée de 8 mois, soit le double d’un ATM classique, la première rénovation FLF débutera mi-2020, pour une remise en service début 2021. On ne sait pas encore quel bâtiment bénéficiera en premier de ce chantier, le choix allant bien entendu dépendre du calendrier prévisionnel des ATM, sachant qu’ils interviennent tous les 5 ans normalement. On se rappelle que le Courbet était sorti de son dernier arrêt technique majeur fin 2013, l’Aconit mi-2014 et le Guépratte fin 2015. L’objectif affiché est en tous cas de mener une rénovation par an

 

Le Central Opération d'une FLF (© : MARINE NATIONALE)

Plateforme et du système de combat

Concernant les grandes modifications prévues, il s’agira d’abord de remettre à niveau la plateforme et ses équipements, avec des travaux de rénovation de la structure ainsi que des systèmes électroniques et informatiques permettant de gérer les installations (propulsion, appareil à gouverner, usine électrique…). Dans le même temps, le système de combat va sensiblement évoluer. Le CMS, qui gère les senseurs et les armes, sera remplacé, DCNS installant une version dérivée du SENIT 8 modernisé qui va équiper le porte-avions Charles de Gaulle à l’issue de sa refonte. Le cœur informatique, mais aussi les consoles et réseaux, sont concernés, alors que les liaisons tactiques seront aussi modernisées. Il en sera de même pour certains senseurs et la guerre électronique (radio/radar) même si le budget alloué au programme n’a pas permis de remplacer le radar de surveillance DRBV-15C par une nouvelle antenne. 

Ajout de capacités de lutte sous la mer

La principale évolution sera en fait l’ajout d’un sonar, dont les FLF étaient dépourvues depuis leur mise en service. Une absence devenue au fil des années un handicap compte tenu de la résurgence de la menace sous-marine, avec de plus en plus de pays s’équipant de sous-marins et une remontée en puissance très nette de la flotte russe. La Marine nationale souhaitait donc accroître le nombre de ses plateformes équipées de moyens de détection. Dans cette perspective, les FLF vont recevoir un sonar installé sous la coque. Il s’agira du Kingklip Mk II (4132) de Thales. 

Dans le même temps, en plus des leurres anti-missiles aujourd’hui mis en œuvre par deux systèmes Dagaie, les frégates seront équipées de leurres anti-torpille Canto-V, déployés depuis un nouveau lanceur produit par DCNS. Les nouvelles munitions Canto-V ont été développées par DCNS au sein du système Contralto, conçu pour répondre à la menace des torpilles de nouvelle génération, dont les performances se sont significativement accrues et rendent inefficaces les leurres mobiles, dont on a vu la généralisation au cours des années 90. En liaison avec le CMS, le système définit sitôt l’alerte donnée par le sonar les paramètres de déploiement des contre-mesures et la manœuvre évasive la plus adaptée à la situation tactique du moment. Une fois à l’eau, les Canto, basés sur le concept de « confusion/dilution », génèrent de façon simultanée de multiples fausses cibles acoustiques suffisamment crédibles pour être analysées par la torpille, dont le système de traitement est alors saturé. Pendant ce temps, le navire a le temps de s’éloigner.

 

Les leurres Canto génèrent de multiples fausses cibles pour la torpille (© : DCNS)

 

Les FLF rénovées disposeront donc enfin de capacités de détection sous-marine et d’une bonne parade contre les attaques de torpilles, sachant que ces frégates, même si elles n’avaient pas été équipées de ces systèmes à l’origine, sont réputées comme étant des bâtiments très silencieux. Une caractéristique indispensable pour rendre crédibles les performances du sonar et des leurres.

Pas de torpille

Malheureusement, les FLF ne seront pas équipées de torpilles afin de contrattaquer ou chasser un sous-marin hostile. L’intégration de tubes n’est pas prévue, pas plus que l’embarquement d’un hélicoptère doté de moyens ASM. Si la plateforme peut recevoir une machine de type Caïman Marine (NH90), le hangar restera adapté à l’accueil et au soutien d’un appareil de type Panther, ou éventuellement le futur HIL. L’aménagement d’une soute pour stocker le futur missile antinavire léger franco-britannique (Sea Venom/ANL) n’a pas non plus été programmé. On rappellera d’ailleurs que cette nouvelle arme n’a toujours pas été commandée par la France, aucune décision n’ayant en outre été prise quant au(x) type(s) d’hélicoptère(s) qui pourrai(en)t en être équipé(s) dans la marine.

 

Système Crotale sur une FLF (© : MARINE NATIONALE)

Le Crotale remplacé par des Sadral

Au niveau de l’armement, pour des questions budgétaires, la tourelle de 100mm devrait rester en place, toutes les autres frégates de la marine étant à partir de 2022 équipées de canons de 76mm. L’auto-défense antiaérienne va, en revanche, être sérieusement améliorée avec le débarquement du vieux système surface-air Crotale (8 missiles VT1 en batterie et 16 en soute). Il sera remplacé par deux lanceurs Sadral, équipés chacun de 6 missiles Mistral prêts à l’emploi. Les six Sadral nécessaires à la modernisation des trois « premières » FLF seront récupérés suite au retrait du service des frégates anti-sous-marines Dupleix (2015), Montcalm (2017) et Jean de Vienne (2018), qui en avaient été dotées à la fin des années 90 dans le cadre de la refonte OP3A.

 

Missile Mistral tiré depuis un lanceur Sadral (© : MARINE NATIONALE)

 

Leurs Sadral seront reconditionnés avant d’être réembarqués sur les FLF. S’il est ensuite décidé de moderniser le La Fayette et le Surcouf, la Marine nationale pourra alors récupérer les Sadral des frégates antiaériennes Cassard et Jean Bart, qui disposent chacune de deux systèmes de ce type et seront remplacées en 2021 et 2022 par les FREMM DA. Doté d’un autodirecteur infrarouge lui permettant de poursuivre sa cible de manière autonome (contrairement au Crotale, qui nécessite une conduite de tir par alignement), le Mistral est un missile d’autodéfense à courte portée (6 kilomètres) conçu par MBDA pour neutraliser des missiles antinavire et des aéronefs. Mais il offre aussi une capacité de réaction contre des cibles de surface, et notamment des embarcations rapides, comme l’ont démontré les essais réalisés avec succès, il y a quelques années, par une frégate du type Cassard. Ce sera un atout très intéressant pour améliorer la protection des La Fayette contre les attaques asymétriques.

 

Tir de missile Exocet MM40 Block2 par une FLF (© : MARINE NATIONALE)

Exocet MM40 Block3

La rénovation des FLF doit également voir remplacées les installations de lancement Exocet (2x4), afin de permettre aux bâtiments, qui disposent aujourd’hui de la version Block2 du MM40, de mettre en œuvre le dernier standard de ce missile antinavire. Le Block3, en service sur les Horizon et FREMM, offre notamment, grâce à un nouveau booster, une allonge plus importante (plus de 180 km) et dispose d’une capacité de géolocalisation lui permettant d’être employé contre des cibles côtières peu durcies.

 

Missile MM40 Block 3 (© : MBDA)

Des bâtiments indispensables

A l’issue de leur rénovation, les La Fayette bénéficieront donc de capacités significativement accrues. Une bonne nouvelle pour des bâtiments extrêmement actifs, qui participent à des missions très variées et sont considérés comme indispensables par la Marine nationale. De l’Afrique de l’ouest à l’océan Indien, en passant par la Méditerranée, la mer Noire, la mer Rouge et le golfe Persique, ils ont été engagés ces dernières années sur la plupart des grands théâtres d’opération et zones d’intérêt stratégique pour la France. Ces frégates y conduisent des opérations de surveillance, de renseignement, d’escorte, de contrôle maritime et aérien, de lutte contre les trafics illicites, la piraterie, le terrorisme ou l’immigration illégale, et même d’action vers la terre, comme ce fut le cas lors de l’intervention en Libye en 2011. Elles sont également adaptées aux opérations spéciales, avec des locaux dédiés et la possibilité de mettre en œuvre les embarcations des commandos marine, y compris les nouvelles ECUME.

 

 

Les FLF peuvent mettre en oeuvre l'ECUME (© : MARINE NATIONALE)

 

Ces unités de 125 mètres de long pour 15.4 mètres de large et 3600 tonnes de déplacement en charge, armées par 150 marins, sont des bateaux très endurants, avec une autonomie de 9000 milles à 12 nœuds, pour une vitesse maximale de 25 nœuds. Les FLF furent aussi, il faut le rappeler, les toutes premières frégates réellement furtives (voir notre article sur la genèse des La Fayette), ce qui leur confère une allure toujours très moderne, plus de 20 ans après la mise en service de la tête de série.

Pas de changement de port base à l’horizon

A l’avenir, les FLF vont continuer de rendre d’importants services à la Marine nationale. « D’une façon générale, les missions des FLF seront après rénovation comparables à celles qu’elles réalisent actuellement, avec une capacité en plus une capacité de lutte sous la mer », explique-t-on à l’état-major de la marine. L’ajout des moyens ASM pose d’ailleurs la question de savoir si ces bâtiments resteront, comme c’est le cas aujourd’hui, basés à Toulon, ou pourraient pour une partie d’entre eux rallier Brest afin de renforcer les moyens de LSM à la pointe Bretagne. « A ce jour, aucune étude relative au changement de port base des FLF, rénovées ou non, n’a été lancée », assure l’EMM.

 

Le Courbet (© : MARINE NATIONALE)

Le Surcouf (© : MARINE NATIONALE)

Marine nationale Naval Group (ex-DCNS)