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La Réunion : En pleine tempête à bord du canot SNSM de Sainte-Marie

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La Réunion : En pleine tempête à bord du canot SNSM de Sainte-Marie

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Un témoignage qui en dit long sur les conditions dans lesquelles les sauveteurs réunionnais sont intervenus ce week-end, alors que l'île était touchée de plein fouet par des vagues géantes. Samedi soir, la vedette Maurice Bègue, de la station SNSM de Sainte-Marie, appareillait pour porter assistance aux bateaux surpris par les murs d'eau. Alors que le Nazari sombrait, avec deux pêcheurs à bord, les pompiers venus à leur secours sur un zodiac se retrouvaient également en grande difficulté. Comme souvent, c'est au péril de leurs vies que les bénévoles de la SNSM se sont élancés à l'assaut des vagues, dans des conditions particulièrement délicates.
Stéphane Bommert, sauveteur embarqué sur le Moïse Bègue, nous raconte cette nuit très éprouvante devant les côtes de la Réunion.
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20h10, samedi 12 Mai 2007, l'alerte est donnée à notre domicile par le CROSS Réunion : forte houle dans l'Ouest et le Sud de l'île, un bateau avec 2 pêcheurs à bord a disparu, manque également plusieurs bateaux à l'appel, un Zodiac des pompiers en grande difficulté devant le port de St-Pierre. Nos collègues du "Commandant Peverelly" (vedette SNSM positionnée au sud) ne peuvent, après plusieurs essais infructueux, sortir de leur port d'attache.

Décision rapide est prise d'aller leur prêter main forte, nous sortons du port de Sainte-Marie 20 minutes après ce 1er appel. 4 personnes à bord (le patron, un radio, un mécano et un infirmier urgentiste). Confirmation nous est faite par radio du tumulte qui règne au sud, mer forte à très forte, les pompiers toujours en difficulté attendent notre arrivée (ils tireront plusieurs fusées de détresse dans l'intervalle), un bateau coulé dans la passe de Saint-Pierre, celle-ci est désormais interdite à la navigation.
Vitesse maxi, 13-14 Noeuds, la mer est plutôt calme jusqu'au Port des Galets. À ce niveau, chacun enfile son harnais de sécurité, les conditions se dégradent, la sécurité est de mise. Contact radio permanent avec le CROSS, ils nous avertissent que la vedette de Gendarmerie "Saint-Alexis" est derrière nous. Nous mettrons ensemble 4 heures à descendre. Le sondeur nous indique une houle de 11 mètres, nous apercevons, dans la lueur des villes traversées, les déferlantes ravager le littoral.

Saint-Paul, Saint-Gilles, Saint-Leu et enfin Saint-Louis, Dieu que la route est longue !
Passé cette dernière commune, 00h30, rappel du CROSS nous informant qu'une nouvelle fusée de détresse vient d'être tirée. Nous demandent une veille attentive.
La "Saint-Alexis" a désormais pour mission d'aller récupérer les pompiers en détresse, nous, de commencer les recherches au niveau de Pierrefonds. Projecteurs tribord et bâbord de 500 Watts allumés, balayage de la côte à 300 mètres du bord, nous effectuons des rails de 2 Nautiques durant 1h30, essayant d'apercevoir la barque portée disparue depuis plusieurs heures. Rien en vue. Contact radio avec la Saint-Alexis, les pompiers sont enfin saufs, nous apprendrons plus tard que l'un d'entre eux, plongeur, est membre de la SNSM Sainte-Marie.

Soudain, une alarme retentit à bord, celle de la pompe de cale. L'eau a envahi les compartiments moteurs, cette pompe s'est mise en marche. Instant critique, les capots moteurs sont ouverts, la fuite est détectée au niveau d'un soufflet d'arbre d'hélice changé 15 jours avant lors du carénage. La vitesse à laquelle nous sommes descendus a probablement généré de la chaleur entamant le caoutchouc d'un joint. Le patron en averti alors le CROSS, recherches interrompues, la "Saint-Alexis" est déroutée vers nous pour assistance si besoin. 02h30, décision de remonter à petite vitesse, sur un moteur, vers le Port des Galets.
6-7 Noeuds, suivis de près par la Gendarmerie, nous mettrons encore 4 heures dans l'autre sens.

Pan-Pan-Pan (préfixe radio international indiquant le degré d'urgence), messages réguliers du CROSS informant les bateaux navigant dans le coin que désormais les accès aux ports de La Réunion sont fortement déconseillés voir interdits pour certains, qu'ils doivent plutôt rester au large.

06h30, arrivée Port des Galets, après autorisation de la Capitainerie, nous nous positionnons au port de pêche. Un courant très fort nous empêche de rentrer dans le port de plaisance.
Situation inconfortable pour notre vedette à laquelle nous tenons tant, l'eau continue de rentrer, nous pompons en permanence. Si rien n'est fait, elle risque de s'enfoncer dans l'eau. Dimanche matin, dur dur, tout le monde dort, difficile de trouver un mécano, voir une grue pour la sortir d'urgence. Grand réconfort, visite sur le quai de membres de l'association des pêcheurs plaisanciers du Port, qui, au courant de notre périple, nous invitent à partager un petit déjeuner qu'ils ont confectionné à notre intention. 10h00 de mer, rien dans l'estomac, l'appel du ventre est le plus fort ! Ce moment convivial restera... merci à eux.

Un mécano est finalement trouvé, il arrive vers 07h30, les réparations vont pouvoir commencer (ôter l'arbre d'hélice, remettre le joint, faut plonger sous le bateau...). Le patron, homme inépuisable, s'y colle pour lui donner la main, sa matinée y passera...
Une voiture est envoyée de Saint-Denis, 2 d'entre nous vont pouvoir rentrer et dormir un peu. Ultime galère, route du littoral fermée, ils devrons passer par La Montagne, arrivée 09h30 !

15h30, la vedette "Moïse Bègue" est de nouveau positionnée fièrement face aux passes de Sainte-Marie grâce aux efforts de l'équipe restée faire les réparations, prête pour de nouvelles aventures.

Stéphane Bommert, de la station SNSM de Sainte-Marie

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