Marine Marchande
La Rochelle : Aucune garantie quant au remplacement de l'Abeille Languedoc

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La Rochelle : Aucune garantie quant au remplacement de l'Abeille Languedoc

Marine Marchande

« Pour l'instant, rien n'est prévu et il n'y a pas d'appel d'offres ». A la préfecture maritime de l'Atlantique, on se veut très clair quant à l'éventuel remplacement du remorqueur Abeille Languedoc à La Rochelle. Les militaires se disent même surpris quant aux informations parues cette semaine dans la presse, évoquant la possibilité d'un affrètement du Bourbon Ulysse pour succéder à la Languedoc, redéployée dans le Pas-de-Calais pour compenser le retrait du remorqueur britannique Anglian Monarch. Chez BOURBON, armateur des bateaux, on indique également qu'une telle option n'est pas à l'ordre du jour, tout en précisant évidemment que, « si l'Etat, affréteur des navires, veut mettre en place un moyen, Bourbon proposera des solutions ».
L'idée de maintenir à La Rochelle un remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage (RIAS) est notamment portée par l'association Mor Glaz, dont le président, Jean-Paul Hellequin, estime que la présence d'un RIAS dans le port charentais est nécessaire pour la sécurité maritime dans le golfe de Gascogne : « Les récents naufrages du vraquier Union Neptune et d'un chalutier belge, ainsi que l'affaire des péniches transitant au large de nos côtes montrent qu'il y a besoin de renforcer les moyens de l'action de l'Etat en mer et d'avoir un remorqueur à La Rochelle. L'Abeille Languedoc partant pour La Rochelle, pourquoi pas, pour la remplacer, un supply plus polyvalent, comme un navire du type Ulysse, afin que cette zone ne soit pas démunie de moyen d'intervention en cas de besoin ? », explique le patron de l'association, qui rappelle que depuis 2006, l'Abeille Languedoc a, depuis La Pallice, réalisé 35 opérations, dont 17 remorquages ou assistances.

Mobilisation des élus charentais

Dans la région rochelaise, Mor Glaz est parvenu à sensibiliser les élus, dont une partie s'est mobilisée pour le maintient d'un navire sur zone. En juillet, Ségolène Royal, présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, a notamment écrit à Matignon, afin de demander qu'une « solution assurant la continuité de la sécurité maritime dans le golfe de Gascogne soit trouvée dans le courant de l'été ». Mais la réponse de François Fillon est très loin de répondre aux voeux de certains élus et acteurs maritimes d'aboutir à un nouvel affrètement. Dans un courrier en date du 10 août, François Fillon explique qu'il a, certes, demandé à la ministre de l'Ecologie et des Transports, ainsi qu'au Secrétaire général de la mer , « de veiller à ce que les mesures nécessaires soient prises (pour assurer la sécurité maritime dans la zone)». Mais le premier ministre explique aussi, dans la même lettre, que « le flux de trafic le plus important dans le golfe de Gascogne transite du Cap Finisterre à Ouessant, et est aussi bien, sinon mieux, couvert en cas d'accident par les remorqueurs basés à Brest et ou en Espagne, mobilisables dans le cadre d'un plan de coopération entre nos deux pays, le Biscaye Plan ».

Le Bourbon Ulysse est actuellement exploité à l'offshore  (© : BOURBON)
Le Bourbon Ulysse est actuellement exploité à l'offshore (© : BOURBON)

Brest mieux placé

De ce point de vue, Matignon s'est rangé à l'avis des militaires, qui estiment que le port de La Rochelle est nettement moins bien placé que celui de Brest pour toute intervention dans la zone, y compris jusqu'à La Corogne, sous responsabilité espagnole. Quant au trafic « résiduel » naviguant plus près des côtes ligériennes, charentaises et aquitaines, on rappelle, à la préfecture maritime de l'Atlantique, que « les Grand Ports Maritimes de Nantes Saint-Nazaire, La Rochelle et Bordeaux disposent de puissants remorqueurs portuaires ». Alors que les moyens de Boluda France sur l'Atlantique sont en cours de renforcement avec l'arrivée de bateaux plus puissants, notamment à Saint-Nazaire et La Rochelle, il existe d'ailleurs des contrats avec les sociétés de remorquage afin que ces coques portuaires puissent être mobilisées pour l'assistance de navires en difficulté. Malgré tout, et Mor Glaz a raison de le rappeler, le trafic maritime ne cesse de croître et les navires de commerce sont de plus en plus grands. Et, si les remorqueurs portuaires deviennent très puissants (80 tonnes de traction pour certains), en cas d'accident avec un très gros bâtiment de commerce, seul un RIAS, doté d'une capacité de traction de 140 à 200 tonnes, peut véritablement répondre aux situations d'urgence.

L'Abeille Bourbon lors du sauvetage du MSC Napoli, en 2007  (© : MARINE NATIONALE)
L'Abeille Bourbon lors du sauvetage du MSC Napoli, en 2007 (© : MARINE NATIONALE)

Restrictions budgétaires

Côté français, la seule présence à Brest de l'Abeille Bourbon peut donc paraître un peu juste, surtout si deux évènements surviennent concomitamment. La présence en Atlantique d'un second RIAS pourrait donc être intéressante mais, si tel était le cas, les autorités choisiraient sans doute de le baser lui aussi à Brest, où il serait mieux positionner pour intervenir dans le golfe de Gascogne, au large de la pointe Bretagne et jusqu'en Manche. Cette hypothèse se heurte toutefois à une autre problématique, financière cette fois. Car l'affrètement d'un navire comme l'Abeille Bourbon coûte à l'Etat plus de 5 millions d'euros par an (hors carburant). En période d'économies budgétaires, une telle dépense n'est sans doute pas considérée comme prioritaire.

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