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La Rochelle : Le GPM présente son projet stratégique

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La Rochelle : Le GPM présente son projet stratégique

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Le Grand port maritime de La Rochelle a présenté son projet stratégique le 4 juin pour les cinq années à venir. Il a défini trois axes principaux avec 30 actions. Un article d'Hervé Deiss de Ports et Corridors

Le précédent projet stratégique du Grand port maritime de La Rochelle a pris fin au mois de décembre 2019. Le port charentais est ensuite entré dans une nouvelle phase de son développement. Le nouveau cap prévoit trois axes majeurs : Une logistique toujours plus performante, vers le zéro carbone et l’innovation au cœur de l’action.

L’utilité économique du port

Dans le projet stratégique adopté par le conseil de surveillance, le GPM de La Rochelle s’est fixé un catalogue de 30 actions. « Avant même de se pencher sur les actions à mener nous avons entrepris une réflexion sur l’utilité du port, nous a confié Michel Puyrazat, président du directoire. Le port est un acteur majeur du développement économique du territoire, de la logistique des entreprises et de la transition écologique. » Il s’agit de placer le port au cœur des besoins du territoire.

Un acteur du développement économique

De cette utilité, le port a pour ambition d’être un acteur majeur du développement économique du territoire tant au niveau local que régional et national. Son rôle de point de passage doit permettre aux entreprises d’optimiser au mieux leur logistique. Enfin, il dit s’inscrire dans la volonté politique nationale en accompagnant la transition écologique et énergétique.

La performance logistique

Le premier axe de ce projet stratégique concerne la logistique. Le GPM La Rochelle veut offrir à ses clients une logistique plus performante. Pour cela, il dresse une liste de dix actions :

- Le développement du cabotage et du feedering : une action existante dans le précédent projet stratégique qui n’a pas produit ses effets. La ligne conteneurs prévue n’a pas émerger. « Si cette action n’est pas primordiale, elle reste majeure pour la place rochelaise pour garder son attractivité », continué Michel Puyrazat. Pour la direction du port, le cabotage peut aussi se réaliser sur des produits comme la pâte à papier ou des vracs. Des opérations déjà effectuées au cours des années précédentes.

- L’extension de l’hinterland logistique : le port souhaite favoriser la massification des flux en profitant des ports plates-formes intérieures. Ainsi, Niort Terminal peut jouer un rôle dans le développement de l’utilisation des ports de la côte Atlantique. « Nous sommes dans notre rôle en participant à l’optimisation des chaînes logistiques pour les clients et pour l’ensemble du territoire en s’appuyant sur des installations existantes ».

- La facilitation de la desserte routière et ferroviaire : Le port a créé avec des partenaires l’OFP Atlantique. Cet opérateur ferroviaire permet un report modal de 17% des flux de la route vers le rail. Pour continuer dans cette direction, il souhaite fédérer les besoins de capacité de fret ferroviaire sur les axes principaux desservant le port. Sur le réseau routier, il veut se mobiliser en vue de l’inscription du port dans le réseau central européen RTE-T.

- Le développement de la logistique urbaine : la proximité du port et de la ville offre des potentiels pour devenir un acteur dans la logistique du dernier kilomètre. Il réfléchit à mobiliser des terrains qui lui appartiennent proche de la ville pour participer à la logistique pour les commerçants du centre-ville. Cela pourrait se faire par une massification des flux et du transport écologique vers les magasins.

- La veille sur les filières socles et émergentes : Face aux changements dans le cadre de la transition écologique et énergétique, le GPM de La Rochelle a décidé de mettre en place un système de veille sur les filières de demain. Cette « intelligence économique » permettra au port d’être un acteur sur des secteurs industriels en devenir comme les énergies marines renouvelables. « Nous devons jouer un rôle sur le développement des champs offshore d’éoliennes en Atlantique. À Saint-Nazaire, le GPM de Nantes en réalisera une grande partie. Nous pouvons venir en aide avec des terrains et du savoir-faire. Quant aux champs de l’île d’Yeu et d’Oléron, nous devons être un acteur important de cette nouvelle filière », continue le président du directoire.

- L’amélioration collective de la compétitivité de la place portuaire : au cours des années à venir un observatoire du coût de passage portuaire sera mis en place. Il coordonnera une veille collective sur le coût de passage portuaire et la compétitivité avec tous les acteurs. Son rôle sera aussi d’analyser la performance et la qualité globale des prestations réalisées.

- L’anticipation du modèle économique des filières : les transitions écologique et énergétique vont avoir un effet sur la logistique de ces produits. Le GPM de La Rochelle réalise 30% de son trafic sur les produits pétroliers. « Nous importons des produits raffinés. Nous n’avons pas encore subi la baisse du trafic. Nous voulons anticiper une réduction brutale de cette filière qui va arriver dans les prochaines années », souligne Michel Puyrazat. L’anticipation sur cette filière doit passer par des changements. Déjà, les opérateurs locaux réfléchissent à la mise en place de station de GNL.

- Le développement de la location d’espaces modulables : Cette action rejoint celle prévue par la logistique urbaine. Il s’agit d’offrir aux clients du port mais aussi du territoire des espaces de stockage modulables en fonction de la demande. Le port veut pouvoir répondre rapidement et « de façon agile » aux besoins logistiques locaux, régionaux et nationaux.

- La promotion de la place portuaire : La pénultième action vise à reprendre le « chasser en meute » que les gouvernements successifs ont demandé. Le port veut fédérer toutes les parties et acteurs du port pour être présents dans les grands rassemblements internationaux afin de promouvoir la place rochelaise dans ses actions.

- La mise en œuvre des aménagements prévus dans le plan « Port Horizon 2025 » : Le projet de Port Horizon 2025 prévoit quatre aménagements à réaliser. La construction d’un nouveau quai à Chef de Baie 4, la création d’un terminal à colis lourds à l’Anse Saint Marc 3, l’aménagement d’une zone logistique à la Repentie et l’amélioration des accès maritimes. Des réalisations qui viendront conforter les ambitions logistiques du port.

Tendre vers le zéro carbone

L’objectif « Zéro Carbone » vise à réduire au mieux l’impact des activités portuaires en s’orientant vers la neutralité carbone. Le projet stratégique prévoit dans les actions la mise en place d’actions pour capter le carbone et réduire l’empreinte du port sur l’environnement. Cet axe regroupe dix actions.

- L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments : l’amélioration énergétique des bâtiments du port et ceux des opérateurs permettra de réduire la facture énergétique. Parmi les actions, il envisage de mettre en place une boucle d’autoconsommation énergétique. La production sur un bâtiment pourra être utilisé par un autre opérateur portuaire.

- La mobilité décarbonée des personnes : la décarbonation de la mobilité du personnel portuaire et des entreprises passera par un plan de mobilité avec des actions comme un service de co-voiturage, la mise à disposition de moyens de déplacement et des dispositifs d’incitation financière pour des véhicules propres. De son côté le port regarde les dernières innovations en matière d’outillage pour du matériel électrique ou hybride.

- La filière hydrocarbure n’a pas encore été touchée aussi fortement que dans les autres ports. Le projet stratégique envisage déjà les énergies de demain. 

- La promotion de la sobriété énergétique et l’autoconsommation des énergies renouvelables : Dans le cadre de son inscription à un territoire zéro carbone de l’agglomération rochelaise, le port participe déjà à un programme pour l’utilisation d’énergies renouvelables. Il a mis en place un système d’autoconsommation entre les différents acteurs. La collecte d’eaux pluviales réalisée par les uns sert à d’autres. De son côté, le port favorisera la recherche de possibilités d’électrification de postes à quai ou d’utilisation d’énergie moins polluantes comme le GNL ou l’hydrogène.

- Le développement de la logistique décarbonée : Le Port accompagnera le développement de nouvelles motorisations, de types de déplacements et d’alimentation énergétique, pour le transport des marchandises. Il étudiera notamment les possibilités de développement de la filière hydrogène pour les usages terrestres et maritimes et examinera les actions possibles de mutualisation au sein des entreprises portuaires.

- La préservation de la biodiversité du littoral et des aires marines : le Port continuera à concilier développement des activités et amélioration des continuités écologiques terrestres, marines et nocturnes en s’appuyant sur les documents de prescription locaux.

- La captation du carbone : le port contribuera à la mise en œuvre de l’agrégateur carbone territorial destiné à évaluer les économies et absorption de C02 et les valoriser sous forme de crédit carbone.

- L’arrivée des fonds d’investissement verts : le port favorisera la mise en place de financements participatifs à plus-value écologique et encouragera le déploiement de ces initiatives au sein de la place portuaire.

- L’éco-conception des ouvrages portuaires : le port concevra les ouvrages portuaires et les équipements en prenant en compte une analyse du cycle de vie afin de réduire les impacts négatifs liés à leur production et à leur usage.

- Le développement de la filière de revalorisation des matières : le GPM de La Rochelle veut faire naître sur ses terrains une filière de matériaux recyclés. Il veut privilégier le réemploi des matériaux issus des dragages ou de la destruction des bâtiments.

- L’intégration du changement climatique : Face au danger climatique, le port veut se prémunir des risques de submmersion et d’inondation en diffusant des bonnes pratiques dans les procédures de sécurité et de gestion des risques pour le personnel portuaire et les riverains.

L’innovation passe par le numérique

Le dernier volet de ce projet stratégique vise à mettre l’innovation au cœur de l’action portuaire. Les dix actions de cette partie se regroupent autour de quatre déclinaisons :

- Le numérique : le port veut développer une culture numérique responsable et écologique. Les innovations numériques devront apporter à la place portuaire dans son ensemble une meilleure efficacité.

- Des services agiles, intégrés et mutualisés : le port veut mettre en place de nouveaux usages de contractualisation avec les entreprises en privilégiant des contrats d’usage aux contrats à long terme. Il propose aussi de développer la mutualisation de certains aspects sociaux comme par exemple des bornes de recharge pour les véhicules électriques ou encore l’appui aux ressources humaines.

- Le port acteur sociétal : le port veut créer un centre réunissant les trois ports rochelais de La Pallice pour le commerce, le port de pêche de Chef de Baie et le port de plaisance. Il sera le lieu d’inclusion de toutes les actions de ces trois ports. Dans ce chapitre, le port a intégré la notion de l’innovation par les ressources humaines. Il veut créer des liaisons intergénérationnelles et développer l’innovation par du brainstorming. Il envisage de favoriser les formations pour des pratiques managériales plus en lien avec la transition écologique et numérique du personnel.

- Le pilotage et la gouvernance du port : Le GPM de La Rochelle veut voir émerger un pôle de ports de la Nouvelle Aquitaine. Il souhaite que soit créer « une association de coordination et de synergie entre les ports de commerce de Nouvelle-Aquitaine, les entreprises du territoire et la Région », indique Michel Puyrazat. Il veut aussi servir de laboratoire d’essai en prenant exemple dans ce qu’il se réalise dans les ports français et étrangers. « Nous assurerons une veille régulière des différentes organisations portuaires internationales pour transposer les actions d’innovation et de transformation ».

Un taux de réalisation de 71%

Des ambitions que le port affiche haut et fort. Le projet stratégique 2014-2019 s’est achevé sur un résultat plutôt satisfaisant pour le président du directoire. Lors de la réunion du conseil de surveillance du mois de juin, il a été constaté que 71% des actions du précédent projet ont été réalisées. “Cela révèle un taux d’impact sur le trafic de 85%”, indique le président du directoire.

La valeur ajoutée préférée au tonnage

Si le trafic n’a pas encore atteint l’objectif fixé depuis plusieurs année de dépasser la barre des 10 Mt, il s’en rapproche. “Cet objectif est toujours présent mais aujourd’hui nous voulons plutôt axer notre politique sur la valeur ajoutée que le port peut apporter aux entreprises du territoire”.

Depuis ces dernières années le port a souffert. En 2016, la mauvaise campagne céréalière a lourdement pesé sur les trafics. Les dernières campagnes ont permis au port de se rapprocher de son objectif mais, la crise sanitaire pourrait encore retarder le franchissement du cap des 10 Mt. Il reste que le port réalise une grande partie de ses trafics sur des vracs agroalimentaires qui ont peu souffert pendant la crise sanitaire. Il affiche même une progression à fin mai de ses trafics.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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