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La Royal Navy se relève

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A l’occasion du baptême du second des deux nouveaux porte-avions britannique, nous vous proposons un nouveau focus sur la Royal Navy, version actualisée et complétée d’un point que nous avions publié en février dernier.

La mise à l’eau prochaine du Prince of Wales, ainsi que le début des essais cet été de son aîné, le Queen Elizabeth, symbolisent le renouveau d’une flotte qui, après une longue période de réductions de format, semble enfin se stabiliser. L’arrivée de ces deux porte-avions va lui redonner des capacités perdues et un certain lustre diplomatique. Cependant, même s’il y a clairement du mieux, la Royal Navy revient de loin et reste l’ombre de ce qu’elle était autrefois.    

Disposant historiquement de la première puissance navale d’Europe, et même du monde jusqu’au début du XXème siècle, la marine britannique a fait les frais de coupes budgétaires répétées et très dures. Troisième flotte mondiale en 1988 derrière celles des Etats-Unis et de la Russie, elle alignait alors 3 porte-aéronefs, 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), 15 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), 11 sous-marins à propulsion conventionnelle, 120 autres unités de combat dont 52 de plus de 2000 tonnes, 10 bâtiments amphibies et 20 navires de soutien. L’ensemble totalisait près de 600.000 tonnes. Trente ans plus tard, la Royal Navy est rétrogradée à la quatrième place mondiale derrière ses homologues américaine (3 millions de tonnes), chinoise (1.2 million de tonnes) et russe (1 million de tonnes). Talonnée par le Japon, elle n’aligne plus que 400.000 tonnes de navires, soit 4 SNLE, 7 SNA, 38 autres bâtiments de combat dont 18 de plus de 2000 tonnes, 6 bâtiments amphibies et 10 bâtiments de soutien.

 

L'ancien porte-aéronefs HMS Illustrious (© ROYAL NAVY)

 

Comme toutes les forces armées occidentales, et les russes, elle a vu ses effectifs sensiblement diminués après la guerre froide. Puis, dans les années 2000, la décrue s’est poursuivie, elle s’est même accélérée suite à la crise économique de 2008. La flotte britannique de SNA a été réduite de 12 à 7, le nombre de destroyers lance-missiles de 12 à 6, celui des frégates de 17 à 13, alors les deux ultimes porte-aéronefs du type Invincible ont été désarmés en 2011 et 2014, le dernier ne servant plus que de porte-hélicoptères avec le retrait prématuré des avions Harrier, acté fin 2010. La même année, le gouvernement britannique décidait même d’annuler le programme de modernisation des avions de patrouille maritime Nimrod, entrainant leur arrêt malgré un rôle crucial dans la protection des SNLE, unique composante de la dissuasion nucléaire britannique. Le programme de remplacement des sous-marins stratégiques est d’ailleurs retardé. On songe alors à réduire cette force à seulement trois bâtiments, alors qu’il en faut au moins quatre pour garantir une permanence à la mer. Dans le même temps, l’abandon de la construction du Prince of Wales est sérieusement envisagée avant que n’émerge l’idée de vendre ce bateau ou le Queen Elizabeth à un pays étranger.

Cette période très sombre pour la Royal Navy s’est toutefois progressivement estompée, les finances s’améliorant et le gouvernement britannique décidant, pour des raisons autant opérationnelles et géopolitiques que de soutien à l’industrie nationale, de maintenir les programmes en cours et d’en lancer d’autres.

Concernant les forces sous-marines, Londres a définitivement entériné en 2016 le colossal programme Successor (estimé à 49 milliards d’euros) de renouvellement de ses quatre SNLE de la classe Vanguard. La construction du premier des 4 futurs sous-marins, le Dreadnought, a débuté en octobre 2016 en vue d’une mise en service vers 2030.

 

Le futur SNLE HMS Dreadnought (© BAE SYSTEMS)

 

 

Parallèlement, le programme des 7 nouveaux SNA du type Astute se poursuit, bien qu’accusant du retard, lié aux restrictions budgétaires mais aussi à différents problèmes techniques. Après avoir réceptionné en août 2010 et septembre 2012 les Astute et Ambush, la Royal Navy a intégré l’Artful en mars 2016. Le quatrième de la série, l’Audacious, a été mis à l’eau en mai dernier en vue d’une entrée en service en 2018. Doivent suivre les Anson, Agamemnon et Ajax en 2020, 2022 et 2024. L’arrivée de ces unités est d’autant plus cruciale que le maintien des trois derniers sous-marins du type Trafalgar est difficile (les Trenchant, Talent et Triumph doivent être désarmés entre 2019 et 2022).  

Concernant la flotte de surface, l’ultime survivant de la classe Invincible, l’Illustrious, reclassé comme porte-hélicoptères en 2011, a donc été désarmé en 2014. L’Ocean, qui n’a pourtant été mis en service qu’en 1998, partira quant à la retraite (ou sera vendu) dès 2018. La Royal Navy estime en effet qu’à cette période, le Queen Elizabeth pourra, à minima, être employé comme porte-hélicoptères.

 

Le porte-hélicoptères HMS Ocean (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le nouveau porte-avions britannique, qui a quitté fin juin le chantier écossais de Rosyth pour débuter ses essais en mer, a rallié la base navale de Portsmouth le 16 août. Il poursuivra de là sa mise au point, les premiers essais avec des avions à décollage court et appontage vertical F-35B étant programmés l’an prochain. L’amirauté britannique ne prévoit toutefois pas que le Queen Elizabeth pourra effectuer son premier déploiement avec des F-35B avant 2021. Baptisé le 8 septembre, le Prince of Wales devrait quant à lui être livré à partir de 2019. Sans pour autant offrir des capacités de combat équivalentes à celles de porte-avions américains et français, équipés de catapultes et brins d’arrêt, ces deux nouveaux porte-avions constituent les plus gros navires militaires d’Europe et vont redonner d’importants moyens d’action au Royaume-Uni.  

 

Le HMS Queen Elizabeth arrivant à Portsmouth en août (© ACA)

Destroyer du type 45 passant devant le Queen Elizabeth (© ROYAL NAVY)

 

Pour le reste, la Royal Navy renouvelle progressivement ses différentes composantes. Après les six destroyers antiaériens du type 45 entrés en service entre 2009 et 2013, la prochaine décennie sera consacrée à la succession des 13 frégates anti-sous-marines du type 23. Initialement, elles devaient être remplacées nombre pour nombre par les nouvelles unités du type 26, dont la tête de série, le Glasgow, a été mise en chantier en juillet dernier pour une livraison prévue en 2023. Ce programme a néanmoins été réduit à 8, le gouvernement britannique annonçant l’an dernier que les T26 seraient complétées par une nouvelle série de frégates plus légères formant le type 31. Les marins britanniques ont un temps redouté une « entourloupe » mais le programme T31 vient bel et bien d’être mis sur les rails, la première unité devant également sortir en 2023. En attendant, les T23 sont modernisées, avec notamment le remplacement du système surface-air VL Sea Wolf par le Sea Ceptor.

 

 

OPV du type River (© BAE SYSTEMS)

 

Dans le domaine des patrouilleurs hauturiers, la Royal Navy a décidé fin 2016 de porter de trois à cinq le nombre des nouveaux OPV du type River, dont le premier exemplaire, le Forth, a débuté cet été ses essais et sera prochainement livré. Ces bâtiments, commandés pour assurer de la charge aux chantiers britanniques en attendant la montée en puissance des programmes de nouvelles frégates, permettent aussi de renforcer la composante des patrouilleurs hauturiers, assez faible jusqu’ici. Les Forth doivent normalement succéder aux quatre premiers River, mis en service en 2003 et 2004 pour les trois premiers et en 2007 pour le quatrième.

Alors que la future composante de guerre des mines britannique fait l’objet d’une coopération avec la France dans le cadre du programme MMCM, la Royal Fleet Auxiliary doit s’enrichir cette année du Tidespring. Il s’agit du premier des quatre nouveaux bâtiments logistiques du type Tide, construits en Corée du sud et achevés à Falmouth. Le second (Tiderace) va rejoindre prochainement le Royaume-Uni, alors que le troisième (Tidesurge) a été mis à l’eau cet été et que le quatrième (Tiderace) est en construction. L’importance du soutien a, il faut le rappeler, toujours été une priorité britannique, ce qui caractérise une marine vraiment océanique. Malgré ces nouvelles unités, les effectifs de la Royal Fleet Auxiliary vont toutefois continuer de décroitre avec le désarmement des ravitailleurs des types Rover, Leaf et Fort Austin, ainsi que le Fort Victoria.

 

Le RFA Tidespring (© ROYAL NAVY)

 

Dans le domaine aérien, le trou capacitaire en matière de patrouille maritime, lié à l’abandon du programme Nimrod MRA 4 en 2010, va être enfin comblé par l’achat de 9 P-8A Poseidon américains. Ces appareils, dont le premier devrait être opérationnel en 2020, seront opérés par la Royal Air Force à partir de la base écossaise de Lossiemouth.

 

 

Concernant l’aviation embarquée, suite au retrait du service des Harrier, il conviendra de voir comment la marine britannique se reconstituera avec les F-35B, sur lequel le flou persiste quant aux moyens qui seront attribués aux nouveaux porte-avions, les 138 avions commandés devant être partagés avec la RAF. On se souvient que la fusion des escadrons de Harrier de la Royal Air Force et de la Fleet Air Arm dans les années 2000 avait entrainé une grave perte de compétences dans l’aviation embarquée, les anciens appareils de la Royal Navy étant mobilisés sur des théâtres d’opération terrestres.

Au niveau des hélicoptères, les derniers Sea King sont remplacés par des AW-101 Merlin (67 prévus, dont 25 provenant de la RAF), dont une dizaine va être gréée pour l’alerte lointaine à partir des futurs porte-avions. Enfin, les nouveaux AW-159 Wildcat (28 commandés) continuent de succéder aux Lynx et vont bientôt mettre en œuvre le missile antinavire Sea Venom, développé en coopération avec la France.  

 

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