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La Royal Navy va désarmer son porte-hélicoptères et peut être ses TCD

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La Royal Navy va désarmer son porte-hélicoptères et peut être ses TCD

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Le HMS Ocean vient de rentrer à sa base de Devonport à l’issue de son ultime mission. Parti en août dernier, le porte-hélicoptères britannique a, notamment, participé aux opérations de secours après le passage des ouragans Irma et Maria en septembre, puis a servi de navire amiral au SNMG 2, l’un des groupes navals de l’OTAN. Mis en service en 1998, l’unique porte-hélicoptères de la Royal Navy sera désarmé début 2018 bien qu’il soit âgé d'à peine 20 ans. Une décision prise d’abord pour des questions budgétaires et qui est sur le plan opérationnel rendue possible grâce à la livraison du premier des deux nouveaux porte-avions britanniques, le HMS Queen Elizabeth. Si ce bâtiment ne sera pas opérationnel avec ses F-35B avant plusieurs années, il pourra en effet, d’ici là, assurer la permanence d’une plateforme porte-hélicoptères au sein de la Royal Navy, qui devrait réceptionner en 2020 son sistership, le HMS Prince of Wales. Ces deux unités de 284 mètres et 65.000 tonnes en charge, capables d’embarquer une quarantaine d’appareils, vont donc non seulement succéder aux trois anciens porte-aéronefs du type Invincible, mais aussi au HMS Ocean.

 

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Le HMS Queen Elizabeth (© ACA)

 

Compte tenu de son âge encore peu avancé, le Royaume-Uni va tenter de vendre son porte-hélicoptères, des discussions étant notamment en cours avec le Brésil.  Long de 203 mètres pour une largeur de 34 mètres et un déplacement de près de 22.000 tonnes en charge, le HMS Ocean offre d’importantes capacités aéronautiques, avec la possibilité d’embarquer une vingtaine d’hélicoptères de manœuvre et d’attaque, du Chinook à l’Apache, sa plateforme pouvant aussi recevoir le convertible américain MV-22 Osprey. En plus de son équipage de 285 marins et des personnels du groupe aérien (180), il peut également loger jusqu’à 500 hommes de troupe pour une courte durée et dispose de garages pour du fret et 40 véhicules. Ils peuvent être débarqués par des portes latérales ou une rampe à l’arrière pouvant être prolongée par un ponton flottant à partir duquel des engins amphibies réalisent alors une noria entre la côte et le bateau au mouillage. Le HMS Ocean dispose aussi de petits chalands de type LCVP sous bossoirs pour le transport de personnel et de fret léger. 

 

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(© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

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(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

De l’autre côté de la Manche, la décision de retirer prématurément du service ce bâtiment fait l’objet de nombreuses critiques. L’idée que ses missions puissent être assurées à l’avenir par les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales en laisse en effet plus d’un dubitatif, l’emploi d’un porte-avions pour des missions de présence ou des opérations humanitaires paraissant aussi coûteux que disproportionné sans pour autant être adapté. Cela, même si les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales risquent fort de servir plus de porte-hélicoptères d’assaut que de véritables porte-avions dédiés à la projection de puissance, l’instar de leurs homologues américains et français.

 

Le HMS Ocean et un BPC français au large de la Libye en 2011 (

Le HMS Ocean et un BPC français au large de la Libye en 2011 (© MARINE NATIONALE)

 

Le HMS Ocean était en fait l’un des éléments principaux de la force de projection amphibie et aéromobile britannique, complétant les transports de chalands de débarquement HMS Albion et HMS Bulwark, opérationnels depuis 2003 et 2005 au sein de la Royal Navy, ainsi que les trois TCD auxiliaires (Lyme Bay, Mounts Bay et Cardigan Bay) mis en service en 2006 et 2007 et armés par la Royal Fleet Auxiliary. Dédié en priorité aux opérations aéromobiles, le HMS Ocean pouvait lancer ses hélicoptères vers la côte pour y déployer des troupes ou mener des raids contre des objectifs terrestres, comme il l’a fait en Libye en 2011. Une capacité intéressante car complémentaire de l’aviation de combat, qui intervient à plus haute altitude et n’a pas la même « vision ». du terrain et des cibles. On notera d’ailleurs que pendant l’intervention contre les forces du colonel Kadhafi, la France a parfaitement démontré, en combinant l’action des hélicoptères déployés près des côtes par des BPC et les avions déployés à distance par le Charles de Gaulle, l’intérêt de disposer de ces deux types de plateformes, spécialisées et autonomes. Tout rassembler sur un même bateau, les capacités amphibies en moins, parait opérationnellement très discutable car cela réduit mécaniquement les capacités, la souplesse d’emploi et donc l’efficacité des moyens aériens engagés.

 

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Le HMS Bulwark (© MARINE NATIONALE)

 

D’où les craintes de nombreux militaires britanniques face au retrait du HMS Ocean. Et l’inquiétude pour les forces amphibies s’est même accrue ces dernières semaines. Fin novembre, la presse britannique a en effet révélé que le désarmement des HMS Albion et HMS Bulwark était envisagé dans le cadre d’une nouvelle revue stratégique, marquée par de sérieuses coupes budgétaires. Le gouvernement britannique a assuré qu’aucune décision n’avait été encore prise mais l'affaire semble sérieuse. De nombreuses voix s’élèvent depuis pour exiger la préservation des deux bâtiments et, au passage, l’avenir de la base de Devonport, près de Plymouth, qui accueille le HMS Ocean, les deux TCD, des navires de soutien et un tiers des frégates de la Royal Navy.

Le désarmement des HMS Albion et HMS Bulwark, deux grosses unités de 176 mètres et 18.500 tpc capables de transporter 4 chalands de débarquement, 70 véhicules et jusqu’à 700 hommes de troupe, serait un coup très dur pour la Royal Navy et les Royal Marines. L’essentiel de le projection amphibie britannique serait en effet annihilée, avec à la clé la perte d’un savoir-faire historique et une capacité opérationnellement très précieuse.

Selon l'état-major de la Royal Navy, le HMS Albion, récemment modernisé suite à un chantier de 100 millions d’euros, peut rester en service jusqu’au début des années 2030.

 

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Le HMS Bulwark (© MARINE NATIONALE)

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