Construction Navale
La situation s'améliore temporairement à la Sobrena

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La situation s'améliore temporairement à la Sobrena

Construction Navale

Au lendemain d'un comité d'entreprise très attendu par les employés du chantier de réparation navale brestois Sobrena, la situation semble meilleure que ce que les dernières annonces laissaient craindre. En effet, il y a 15 jours, la direction du chantier prévoyait la mise en place de mesures de chômage partiel pour les 250 employés. Une conséquence d'un plan de charge vide pour les prochaines semaines après le départ, annoncé dans quelques jours, du Gert Knutsen, un pétrolier actuellement en entretien dans la forme 3.
Les ouvriers se sont fortement mobilisés, entraînant derrière eux le monde portuaire brestois, dont la Sobrena est un des piliers. Une première bulle d'oxygène est intervenue avec l'annonce de l'arrivée, la semaine prochaine, d'un navire en avarie de propulseur azimutal. Et puis, hier matin, ce qui était annoncé comme un CE extraordinaire a finalement été présenté comme un CE « normal ».

Plusieurs arrêts techniques à venir

« La direction nous a annoncé l'arrivée de plusieurs bateaux en arrêt technique, l'Armorique de la Brittany Ferries, le Norman Voyager de LDLines, et éventuellement un petit pétrolier. Elle s'est également positionnée sur deux appels d'offres pour le mois de novembre », rapporte Patrick Landuré, le délégué du personnel CGT de la Sobrena. « En deux semaines, après que nous nous soyons mobilisés, la direction, qui nous faisait pourtant des prévisions très pessimistes, a réussi à trouver des clients. Bien sûr, ce sont beaucoup de petits chantiers, avec peu d'heures, mais cela permet de maintenir l'activité en attendant de voir revenir des gros chantiers. On nous parle d'autres choses mais rien n'est sûr ». La direction n'a cependant plus évoqué la possibilité de mesures de chômage partiel. « Certains de nos ouvriers, comme les tôliers, soudeurs et mécaniciens, ont été envoyés dans d'autres chantiers du groupe Meunier (NDLR propriétaire de la Sobrena). Nous attendons la suite, même s'il est évident que personne n'a une grande visibilité pour l'instant ».
L'inquiétude est encore grande chez les ouvriers brestois qui voient la concurrence espagnole, notamment des chantiers de Ferrol, sérieusement bousculer le coeur de métier de la Sobrena, l'entretien des grands méthaniers. « C'est une concurrence injuste. Les chantiers espagnols bénéficient d'infrastructures publiques puisqu'ils sont situés dans un arsenal. C'est comme s'ils étaient subventionnés ».

Brest, première place française de réparation navale civile

Face à cette préoccupation grandissante, les acteurs locaux se sont mobilisés. A commencer par les élus bretons et notamment Gérard Lahellec, vice-président du conseil régional de Bretagne (dont dépend le port de Brest). Celui-ci regrette la situation alors que le site de Brest dispose d'atouts considérables, d'un outil exceptionnel et d'une excellence professionnelle unanimement reconnue ». Gérard Lahellec rappelle l'importance historique de la réparation navale à Brest, avec notamment la présence, depuis le plan de relance de l'économie nationale de 1976, de la forme de radoub n°3, la seule en France à pouvoir recevoir des navires de 500.000 tonnes (en dehors de la forme 10, à Marseille, qui n'est plus opérationnelle, et le bassin C, à Saint-Nazaire, utilisé pour l'achèvement des navires construits par STX France). «Deux plans de pérennité des équipements, cofinancés par les collectivités et l'État, ont été réalisés sur les périodes antérieures, afin de maintenir la compétitivité de l'outil. 15.4 millions d'euros ont ainsi été investis entre 1994 et 2000, puis 11.3 millions d'euros entre 2001 et 2008. Ces plans avaient pour objectif de garantir l'adéquation entre l'outil et l'activité réelle sur des navires contemporains de taille inférieure et générant des recettes moindres, de pérenniser à Brest une activité génératrice d'emplois et de préserver un outil rare. Cet objectif a été atteint puisque Brest est devenu le premier site de réparation navale civile en France, après s'être pourtant effondré au milieu des années 80, comme la quasi-totalité de la filière construction et réparation navale française ».

La région Bretagne affiche un fort soutien

Et l'élu ne souhaite pas que tous ces efforts et investissements soient vains. « Les difficultés rencontrées en matière de carnet de commandes, pour les mois d'octobre et de novembre, ne peuvent constituer un motif pour justifier l'abandon de cette activité dans le port de Brest ». Et même s'il prend en compte les difficultés récentes, il affirme que « la région Bretagne est tout à fait disposée à examiner avec la plus grande attention cet aspect particulier du problème». « Du point de vue des conditions tarifaires pratiquées dans le port, la région est tout à fait disposée à étudier cette situation, dès l'instant que l'opérateur aura consolidé son positionnement sur le marché de la réparation navale au niveau international, en participant éventuellement à la démarche de recherche de ces marchés ». Gérard Lahellec précise enfin que « la région, qui engagera prochainement le plan de développement du port, mettra tout en oeuvre pour explorer toutes les pistes de nature à conforter l'activité de réparation navale ».

Une table ronde des professionnels brestois


Les autorités étatiques ne sont pas en reste. Une délégation d'employés de la Sobrena a été reçue hier par le sous-préfet de Brest. Ils ont évoqué la possibilité de mettre en place une table ronde réunissant tous les professionnels impliqués dans la réparation navale civile à Brest. « L'État est prêt à jouer son rôle », confirme Patrick Landuré.
Malgré l'arrivée de nouveau navires, la situation du chantier est toujours très précaire. La menace du dépôt de bilan, « à la fin de l'année » est toujours présente.

Damen Shiprepair Brest (ex-Sobrena)