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La stratégie maritime de l'OTAN : Interview de l'amiral Canova

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La stratégie maritime de l'OTAN : Interview de l'amiral Canova

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Très aéroterrestre depuis deux décennies, l’Alliance atlantique prend aujourd’hui conscience du caractère fondamental de la mer pour la sécurité collective. Dans cette perspective, les chefs d’Etat des 28 pays membres de l’OTAN doivent décider, en septembre, de rendre opérationnelle la stratégie maritime adoptée en 2011. Cela, alors que l’organisation dispose désormais d’un commandement maritime unique, à Northwood et que les restrictions budgétaires poussent les marines à mutualiser leurs moyens pour rester au meilleur niveau d’entrainement. Aux portes de l’Europe, la crise ukrainienne est, de plus, venue rappeler la nécessité, pour l’Alliance, de se préparer, le cas échéant, à faire face à des conflits de haute intensité.

Depuis la création du commandement maritime unique de l’OTAN, il y a bientôt deux ans, c’est un amiral français qui occupe le poste de Deputy commander, c'est-à-dire numéro deux de l’Etat-major de Northwood, dirigé par un Britannique.

Avec le vice-amiral d’escadre Christian Canova, auquel succèdera le VAE Bruno Paulmier le 1er septembre, nous revenons aujourd’hui sur la stratégie maritime de l’OTAN, sa nouvelle chaîne de commandement, les opérations en cours et leur devenir, la maritimisation de la machine de guerre otanienne mais aussi la nécessité, pour l’organisation, de s’adapter à l’évolution des besoins des marines alliées.

 

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MER ET MARINE : Le prochain sommet des chefs d’Etat de l’OTAN se déroulera à Cardiff les 4 et 5 septembre. Il y sera bien sûr question de l’Ukraine, mais aussi d’enjeux maritimes, ce qui constitue une évolution notable pour une alliance très portée sur les opérations aéroterrestres depuis une vingtaine d’années…

 

 

VAE CANOVA : L’ordre du jour  a changé plusieurs fois. Au début, ce sommet devait marquer la fin de l’intervention en Afghanistan et redéfinir la posture de l’Alliance sur l’interopérabilité des exercices. Puis, en janvier dernier, sous l’impulsion des chefs d’état-major des marines, l’agenda s’est intéressé au maritime. L’intervention en Bosnie puis 13 ans de présence en Afghanistan ont en effet rendu l’OTAN très aéroterrestre, alors même que l’alliance s’est dotée d’une nouvelle stratégie maritime en 2011. Approuvée par l’ensemble des 28 pays membres, elle est basée sur la dissuasion, la gestion de crise, la défense collective comprenant un engagement avec les pays non partenaires et, ce qui est nouveau, un volet consacré à la sécurité maritime, Jusqu’ici, la priorité avait été donnée à l’Afghanistan et non à la mise en œuvre de cette stratégie.

 

 

Les problématiques maritimes sont enfin prises en compte à leur juste valeur au sein de l’Alliance ?

 

 

Depuis janvier et l’inscription de la stratégie maritime à l’agenda du prochain sommet, on constate une prise de conscience des nations de l’OTAN pour ces enjeux, qui sont stratégiques : ils ont une dimension politico-militaires et peuvent impacter nos intérêts nationaux comme ceux de  l’Alliance.  Dans cette perspective, nous avons décliné la stratégie maritime sur des aspects pratiques : quels enjeux régionaux, quelles opérations, quelles menaces, comment s’y préparer, comment les contrer ?

 

 

Un commandement maritime unique de l’OTAN, le MARCOM, est devenu opérationnel l’an dernier, depuis notamment la fermeture de l’ancien état-major de Naples en mars 2013. Comment s’est déroulée cette réorganisation et quel est son objectif ?

 

 

Le commandement maritime de l’OTAN a été officiellement créé en décembre 2012. Auparavant, il y avait, en Europe, deux états-majors de niveau tactique, l’un à Northwood et l’autre à Naples, chacun comprenant un peu plus de 200 personnes. Naples se concentrait sur la Méditerranée et l’opération Active Endeavour, alors que Northwood regardait vers l’Europe du nord et l’Atlantique, tout en ayant pris sous sa coupe, par défaut, l’opération Ocean Shield de lutte contre la piraterie en océan Indien. Le problème, c’est que les enjeux maritimes des régions non couvertes n’étaient pas traités. C’est l’une des raisons de la création d’un commandement maritime unique, qui a une compétence globale, avec un spectre beaucoup plus large.

 

 

Le MARCOM est donc basé à Northwood, au Royaume-Uni. Quels sont ses effectifs ?

 

 

Le commandement maritime de l’OTAN compte 300 personnes de 22 nationalités, dont 8 officiers généraux.  Une centaine de personnes participent au tour de quart 24h/24. Le commandant est Anglais et je suis son second ; poste attribué de manière permanente à la France. L’état-major compte une trentaine de Français, formant un des plus importants contingents.

 

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