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La Touline repart de l’avant dans un contexte difficile pour l’emploi maritime

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La Touline repart de l’avant dans un contexte difficile pour l’emploi maritime

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L’association pour l’emploi maritime, dont l’activité était menacée il y a un an en raison de son déficit financier, est parvenue à redresser ses comptes et, au passage, à se donner un nouvel élan. Après trois exercices négatifs, qui ont mis à mal ses fonds propres, le bilan financier de La Touline est repassé dans le vert en 2012. Une situation dont se réjouit Cédric Boissaye, qui a succédé l’an dernier à Armel Le Strat à la présidence de l’association. « Nous avons enfin un résultat positif, ce qui n’était pas arrivé depuis 2009. C’est un soulagement pour tout le monde », a souligné le nouveau président à l’occasion de l’assemblée générale de La Touline, qui s’est déroulée vendredi dernier à Nantes. Car une situation financière saine, c’est évidemment la garantie d’une pérennité, mais aussi la capacité à développer des projets et fortifier ses actions. « L’association a besoin d’être rassurée financièrement et soutenue. Nous discutons notamment avec la région Bretagne sur des conventions pluriannuelles qui nous permettraient d’avoir de la visibilité. Car c’est très dur de mener une action quand, tous les ans, on ne sait pas si on va boucler le budget et si l’on pourra continuer. Nous travaillons avec des hommes auxquels il faut offrir des perspectives et cela ne peut se faire que dans la durée ».

 

 

Lors de l'assemblée générale à Nantes (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Lors de l'assemblée générale à Nantes (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Une structure spécialisée et un véritable accompagnement pour les marins

 

 

Pour sortir la tête de l’eau, l’association a pu compter, en 2012, sur le soutien de partenaires fidèles, comme la région Bretagne, qui ont permis de compenser partiellement la baisse significative des subventions allouées par les entreprises. Mais c’est aussi et surtout en développement ses prestations, c'est-à-dire en renforçant son activité propre génératrice de revenus, que La Touline a redressé financièrement la barre. Ainsi, les services liés à la formation ont vu leur poids augmenter significativement. Il faut dire que l’association dispose à ce titre d’une véritable valeur ajoutée pour aider les marins en recherche d’emploi et de reconversion sur de nouveaux secteurs. « La valeur ajoutée de La Touline est sa vision globale des métiers de la mer et son réseau de partenaires. Nous offrons un panel de perspectives aux marins qui se présentent, des jeunes qui veulent s’orienter ou sortent de formation, des marins qui se retrouvent au chômage ou qui veulent changer de poste, et aussi des personnes en situation difficile, qui sont loin de l’emploi et ont besoin d’un accompagnement particulier », note Anne Le Page, directrice de l’association. « En fonction des candidats, il faut mettre en place un accompagnement spécifique. Certains ont seulement besoin d’un suivi mais d’autres, qui sont de plus en plus nombreux, on du mal à trouver un emploi par eux-mêmes. Il est donc nécessaire de mobiliser des moyens. Nous nous appuyons notamment sur nos partenaires, comme les Affaires maritimes, le Service social maritime et les organismes de formation. Nous sommes également en relation avec les départements, qui gèrent le RSA (revenu de solidarité active, ndlr) ». Référent unique pour la personne suivie, qu’elle aide également dans leurs démarches administratives, parfois compliquées, La Touline l’accompagne de bout en bout, avec pour objectif de lui trouver un emploi.

 

 

Le vraquier Pierre LD (© : LOUIS DREYFUS ARMATEURS)

Le vraquier Pierre LD (© : LOUIS DREYFUS ARMATEURS)

 

 

Validation des Acquis de l’Expérience

 

 

Reconnue comme  organisme de formation depuis 2005, La Touline, qui dispose donc de tous les outils pour orienter les candidats vers les formations adéquates, qu’il s’agisse de jeunes ou de reconversion professionnelle,  a également développé une nouvelle activité dans le domaine de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE). Dans la Marine marchande comme à la pêche, de nombreux marins occupent en effet des postes en ayant acquis les compétences nécessaires, sans pour autant disposer des brevets officiels. Il s’agit des « dérogataires », comme on les appelle, qui sont personnellement, ou via leurs armements, désireux de se mettre en règle, notamment au regard des conventions internationales (STCW). Au-delà d’une « mise en conformité » avec la règlementation et de la simplification des démarches administratives qui en découle, l’objectif est aussi, pour ces marins, de conforter leur emploi. Car, si leur employeur se retrouve dans une situation difficile, impliquant par exemple des réductions d’effectifs, les dérogataires sont souvent les premiers à être rétrogradés, voire licenciés. D’où l’intérêt d’acquérir les brevets liés aux postes occupés en faisant valoir l’expérience acquise. « C’est très valorisant et professionnellement intéressant pour les marins, qui peuvent acquérir un brevet comparable à celui qu’ils auraient eu à l’école. La VAE présente une durée courte, de six mois. Dans ce cadre, nous travaillons avec des marins qui naviguent normalement mais que l’on voit régulièrement, ou que l’on contacte grâce à Internet », explique Armel Le Strat, qui s’occupe de la VAE au sein de La Touline.

 

 

Dans les machines d'un navire de Brittany Ferries (© : DROITS RESERVES)

Dans les machines d'un navire de Brittany Ferries (© : DROITS RESERVES)

 

 

Ce sont des marins, comme l’ancien président de l’association, qui accompagnent les candidats et, pour être plus efficaces, ont suivi une formation spécifique. Avec une approche pédagogique pour déterminer avec le candidat son expérience, les acquis qu’il peut faire valoir et le guider vers la validation de ses compétences. L’équipe de la Touline, qui travaille étroitement avec les Affaires maritimes sur cette activité, va jusqu’à simuler le jury devant lequel les marins vont passer afin de les préparer au mieux à l’examen. Et les résultats sont bons puisque 80% des candidats présentés obtiennent une VAE totale. Pour les autres, qui ne décrochent qu’une validation partielle, l’association propose différentes formations afin de permettre aux marins d’obtenir les brevets souhaités.

La Touline s’est résolument lancée dans la VAE en 2011 et 2012, lorsqu’elle a travaillé avec Bourbon Offshore Surf pour permettre à une soixantaine de chefs mécaniciens brevetés sur des machines de 6000 kW de faire valider leurs acquis sur 8000 kW. Depuis, cette activité se développe, notamment dans la marine marchande, mais aussi dans le secteur de la pêche ou encore du yachting. « Les marins qui ont eu leur VAE sont très satisfaits et en parlent autour d’eux. Le bouche à oreille fonctionne bien et de plus en plus de marins viennent nous voir », note Anne Le Page.

 

 

Le port de Brest (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le port de Brest (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L’emploi maritime malmené

 

 

Sur le front de l’emploi, certains postes offrent encore de belles perspectives, par exemple pour les mécaniciens brevetés 750 et 3000 kW, avec des passerelles entre métiers et des reconversions possibles. Mais, comme ailleurs, le secteur maritime est durement touché par le mauvais climat économique. Et cela se traduit inévitablement dans les chiffres. En 2012, 164 marins ont pu trouver un emploi via La Touline, contre 209 l’année précédente. Dans le même temps, les offres ont significativement baissé, soit 287 l’an dernier contre 415 en 2011. Même si l’action de l’association a été limitée en 2012 pour des raisons internes, comme des congés maternité au sein de l’équipe, la baisse des placements traduit indiscutablement le contexte actuel. « La Touline ne fait pas de miracle. Le secteur maritime, comme les autres, est en difficulté et le marché de l’emploi y est donc morose », précise Cédric Boissaye. Pour Anne Le Page, « la crise est là et bien installée. Nous avons eu le creux de la vague en 2012 mais cela se poursuit en 2013, où les perspectives ne sont pas très bonnes. Avec pour conséquence une baisse des offres d’emploi, bien qu’il y ait tout de même un point positif puisque les placements dépassent la barre des 50% ».

Ces derniers mois, l’actualité a été marquée par les difficultés de certains secteurs très pourvoyeurs d’emplois pour les marins français. C’est le cas des ferries, qui recrutent beaucoup de personnel d’exécution, catégorie représentant l’essentiel du millier d’adhérents que compte La Touline (les officiers trouvent généralement plus facilement un emploi et font donc moins appel aux services de l’association). En dehors des ferries, le secteur du pétrole est lui-aussi malmené, à l’image du plan social récemment annoncé chez Maersk Tankers France. Les offres d’emploi se sont même tassées en 2012 dans le domaine des vedettes à passagers, qui recrutent traditionnellement beaucoup pour la période estivale. Or, compte tenu du contexte, les compagnies ont préféré baser leurs ressources humaines sur les marins titulaires et les saisonniers qui ont l’habitude de travailler pour elles d’une année sur l’autre.

Enfin, le secteur para-maritime n’attire pas les foules, semble-t-il en raison des salaires, qui y sont généralement moins élevés que chez les navigants.

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La pêche, une opportunité face à la problématique de l’expérience

 

 

Maître d’équipage, maître électricien et plus généralement postes en machines… La situation économique actuelle, et notamment les compressions d’effectifs, a pour effet d’entrainer l’arrivée sur le marché de l’emploi de nombreux marins expérimentés. « Cela fait moins d’offres pour les autres, notamment ceux qui sortent de formation, nous en voyons de plus en plus, et arrivent sur le marché du travail sans expérience. C’est un problème car nous sommes dans des métiers d’expérience et les armateurs cherchent à recruter des marins ayant des expériences conséquentes », précise Anne Le Page.

Une solution à cette problématique réside néanmoins dans un secteur qui offre encore de solides perspectives de recrutement. Il s’agit de la pêche. « La pêche recrute toujours, notamment des matelots et des chefs mécaniciens. C’est un beau métier,  mais un secteur qui a du mal à trouver des candidats. Il peut donc offrir l’expérience nécessaire pour accéder ensuite à d’autres secteurs ». Un nombre croissant de jeunes marins, ou de petits nouveaux sur certaines spécialités, prennent apparemment conscience de cette opportunité. « Le discours change, certains choisissant d’aller à la pêche pour se forger une première expérience et se lancer dans la profession ».

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Aider les élèves de l’ENSM à trouver un embarquement

 

 

Désormais, La Touline aide également, au travers d’un partenariat avec l’Ecole Nationale Supérieure Maritime, les élèves des Hydros qui ne trouvent pas d’embarquement (le cursus comprend des périodes obligatoires de navigation). L’année 2012 avait été sur ce point très dure puisque le calendrier établi par l’ENSM était trop strict, aboutissant à un afflux massif et simultané d’élèves dans les armements français, incapables de répondre à la demande. « Ce problème de calendrier a été résolu mais comme pour l’emploi, les places sont limitées et il y a encore trop d’élèves sur le carreau », estime  Cédric Boissaye. Pour améliorer la situation, Armel Le Strat pense que la signature récente d’une convention permettant aux élèves de l’ENSM d’embarquer sur des navires détenus par des armements français mais armés sous d’autres pavillons (européens) est une excellente initiative. « C’est la même chose qu’un embarquement sur un navire français, notamment au niveau de la couverture sociale. Les élèves qui en reviennent sont très contents car ils découvrent d’autres manières de naviguer. Cela donne une ouverture d’esprit et permet de s’ouvrir à l’Europe ». Des accords ont également été signés avec la Marine nationale afin de permettre aux futurs officiers de la Marine marchande de réaliser leur temps d’élèves sur des bâtiments militaires. Malgré tout, le problème n’est pas encore totalement solutionné et une cinquantaine d’élèves de l’ENSM seraient toujours en difficulté pour réaliser leur temps d’embarquement.

 

 

Le porte-conteneurs CMA CGM Marco Polo (© : CMA CGM)

Le porte-conteneurs CMA CGM Marco Polo (© : CMA CGM)

 

 

Enseignement maritime : « La filière professionnelle est en danger »

 

 

A l’occasion de l’Assemblée générale du 14 juin, Cédric Boissaye a, par ailleurs, mis l’accent sur la nécessité de préserver une filière professionnelle au sein de l’enseignement maritime. « Il y a aujourd’hui deux filières : la filière A, académique, et la filière B, professionnelle, de laquelle sont d’ailleurs issus 80% de nos adhérents. Je lance un cri d’alarme car avec toutes les réformes qui s’enchaînent, je considère que la filière professionnelle est en danger ». Le président de La Touline estime, en effet, que ces évolutions risquent de ne plus permettre aux marins d’aller au terme de leur parcours professionnel. En clair, ce serait la fin du système de promotion sociale offrant la possibilité de gravir progressivement tous les échelons. « Le système est menacé car il est de plus en plus difficile de faire valider ses brevets et de faire valoir son expérience ».

 

 

Faire connaître les métiers maritimes aux jeunes

 

 

La dernière grande activité de La Touline réside dans les missions d’orientation et de promotion des métiers de la Mer, en visant plus particulièrement la jeunesse, des plus petits aux étudiants. « Il faut aller à la rencontre des jeunes, c’est fondamental », explique Cédric Boissaye, qui note qu’au-delà de faire découvrir les perspectives professionnelles du secteur, il s’agit également de bien orienter, ce qui n’est d’ailleurs pas uniquement valable pour les jeunes. « L’orientation est indispensable car on voit beaucoup de candidats qui ne vont pas vers des formations correspondant à leurs acquis ».

En 2012, l’association a participé à un certain nombre d’évènements, comme les Olympiades des Métiers (Rennes), Septembre en Mer (Marseille)  ou Place ô Geste (Nantes). Une présence dans les salons professionnels qui se poursuit cette année. Depuis le mois de janvier 2013, La Touline travaille également sur le projet Les Jeunes et la Mer, initié par la région Bretagne, afin de sensibiliser et d’informer les écoliers sur la richesse de l’activité et des métiers du maritime. Ainsi, des membres de l’association, accompagnés de professionnels, se rendent dans les classes de primaire (CM1 et CM2) pour diffuser un film pédagogique, discuter avec les enfants et les emmener visiter des installations portuaires, chantiers navals et autres bateaux, comme le navire océanographique Pourquoi Pas ? de l'Ifremer.

 

 

Le Pourquoi Pas? a été visité par les élèves (© : MICHEL FLOCH)

Le Pourquoi Pas? a été visité par les élèves (© : MICHEL FLOCH)

 

 

Une équipe présente sur toutes les façades maritimes

 

 

Créée en 1989 à l’époque de la première grande crise de l’emploi maritime, La Touline est présente dans trois régions. En Bretagne, bien sûr, où elle est née. Son siège social se situe à Brest et compte quatre salariés. Elle a également une antenne à Lorient, animée par des bénévoles. La Touline œuvre aussi dans les Pays de la Loire, depuis Nantes, ainsi qu’en Provence Alpes Côte d’Azur, où elle est dispose de nouveau d’une antenne active à Marseille, et travaille régulièrement à La Seyne-sur-Mer, près de Toulon. Ces différentes antennes sont animées par des bénévoles, qui oeuvrent de concert avec les salariés. « Cette équipe est la base de notre structure associative. Salariés comme bénévoles sont bien présents, actifs et très impliqués », se félicite Anne Le Page, qui rappelle « l’importance du facteur humain » pour les personnes en quête d’un emploi. « C’est un travail de terrain, de proximité et de relations avec nos adhérents ».

En 24 ans, La Touline a profondément évolué. Reconnue d’utilité publique, l’association, créée par des marins pour des marins, a élargi son champ d’action. Centrée initialement autour de la Marine marchande et de la pêche, elle touche maintenant à l’offshore ou encore au nautisme. Grâce à l’investissement d’équipes stabilisées et renforcées, aux partenariats et à la confiance forgée au fil des années avec les collectivités, administrations et professionnels, la  petite association a su faire reconnaître sa grande utilité. « En deux décennies, La Touline a beaucoup évolué et s’est bien installée dans le paysage maritime. En matière de d’emploi, son rôle d’accompagnement s’est ancré. Et l’association ne s’occupe plus uniquement d’emploi maritime, elle s’est diversifiée, en devenant notamment un opérateur de formation privilégié ».

 

 

Tenir le cap

 

 

Pour 2013, La Touline entend tenir le cap. « Il faut d’abord maintenir l’équilibre financier, c’est le point le plus important car c’est vital pour l’association », souligne son président, qui rappelle que, si la structure va poursuivre ses efforts pour développer ses prestations, le soutien de l’Etat et des collectivités territoriales est fondamental. Côté activité,  Cédric Boissaye souhaite « la continuité et la cohérence entre les activités : l’emploi, la formation, l’accompagnement des publics spécifiques et les actions pour l’orientation et la promotion des métiers ». Avec, également, l’ambition de conforter l’implantation locale de l’association. On notera, enfin, que La Touline travaille cette année sur deux études. L’une, en PACA, concerne les emplois maritimes et para-maritimes, avec pour toile de fond l’anticipation des conséquences des mutations économiques sur l’emploi. Et donc les besoins futurs en termes de recrutements et de formation, par exemple sur le secteur de la réparation navale, qui devrait fortement se développer sur la façade méditerranéenne. La seconde étude est menée dans le Finistère et traite de l’emploi maritime au commerce et à la pêche. Ayant une fonction de recueil de données et permettant d’établir un point précis sur les flottilles, cette étude vise également à anticiper les besoins futurs en termes d’emplois et de compétences.

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