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La tour de l’Ecole navale toujours debout
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La tour de l’Ecole navale toujours debout

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Telle une incontournable vigie dominant la rade de Brest, la grande tour de l’École navale de Lanvéoc-Poulmic, baptisée « Intrépide » et inaugurée en 1971, a été entièrement vidée de ses occupants. Sa destruction ne cesse d’être reportée.

La plus haute tour jamais construite sur la presqu’île de Crozon (42 m) se fissure depuis des années et montre de sérieux signes de faiblesse. Bien avant l’année 2000, où une étude poussée établissait sa fragilité structurelle, la tour construite sur un polder montrait d’inquiétants signes de fatigue. Le diagnostic de l’époque faisait émerger trois scénarios possibles. Une rénovation en l’état ; un allègement et une diminution de sa hauteur ; ou une démolition pure et simple. En 2012, l’option de la démolition était annoncée. Mais l’affaire s’annonce compliquée et coûteuse. Et la date du chantier se fait attendre. « Sa destruction est envisagée dans les prochaines années », confirme le porte-parole de la Marine à Brest, Riaz Akhoune. Mais « Aucune date précise n’est, à ce jour, arrêtée ».

 

La tour en 2009 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La tour en 2009 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pas l’unanimité

Depuis 2000, son état a continué à se dégrader avec des fissures de plus en plus visibles et des chutes fréquentes d’éléments de revêtement. Des filets de protection ont été installés, la plus grande vigilance est demandée aux personnes travaillant à proximité. Défaut de fabrication ? Manque de stabilité du polder support ? La tour imaginée par l’architecte Pierre-Jean Guth a pourtant fière allure quand, courant 1971, elle est inaugurée six ans après le bâtiment Orion voisin que vient visiter le général de Gaulle. La tour de 42 m de haut prend le nom du dernier vaisseau ayant servi à l’instruction des élèves de 1896 à 1913. Tout en hauteur, l’Intrépide accueille l’État-major (jusqu’en 2016), une cour d’honneur donnant sur le bureau du commandant du site et une salle de restauration tout en haut offrant une prodigieuse vue sur la rade, à une époque où les contours de la protection du littoral commencent à se mettre en place.

« Prestigieuse » tour Intrépide pour certains, « horreur architecturale » et « injure au littoral préservé de la rade de Brest » pour d’autres… Quoi qu’il en soit, la tour participe à l’identité et au prestige d’un site dédié, entre autres, à la formation des futurs officiers de Marine. Il faut avouer qu’elle en impose, surplombant la place d’armes, face et à deux pas de la mer.

Imposant chantier

En 2012, soit plus de douze ans après l’étude technique qui établit ses criantes fragilités, la Marine annonçait la démolition de l’imposante tour de commandement. Depuis, le projet de déconstruction se perd dans les méandres des études techniques, des avis et des insondables procédures menant à la démolition. L’opération est coûteuse, pas évidente à mener, au cœur d’un site militaire et sécurisé. Les sept étages du bâtiment ont fini par être complètement évacués, avec transferts des bureaux et services dans des bâtiments voisins.

Si un autre bâtiment venait à remplacer l’Intrépide, on ne construira certainement pas aussi visible et monumental, à deux pas du rivage. La pression de la loi Littoral est passée par là. Les militaires n’érigent plus, sans retenue, comme à l’époque de l’île-Longue.

Un article de Stéphane Jézéquel, de la rédaction du Télégramme

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