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La Turquie lance la construction de son premier porte-aéronefs

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La construction de l’Anadolu, premier porte-aéronefs de la marine turque, a officiellement débuté le 30 avril au chantier SEDEF, dans la baie de Tuzla. Commandé en septembre 2015, ce bâtiment, dont la mise en service est prévue en 2021, est dérivé du bâtiment de projection espagnol Juan Carlos I, livré en 2010 par Navantia et dont deux exemplaires, les Canberra et Adelaide, ont rejoint la flotte australienne en 2014 et 2015.

 

Le Juan Carlos I espagnol

Le Juan Carlos I espagnol (© ARMADA)

 

F-35B sur le pont

Long de 225 mètres pour une largeur de 32 mètres et un déplacement en charge de 28.000 tonnes, l’Anadolu pourra mettre en œuvre quatre chalands de débarquement et transporter près de 70 véhicules, dont 13 chars lourds et 27 véhicules blindés amphibies du type AAV. Capable d’accueillir jusqu’à 700 hommes de troupe, en plus de ses 250 membres d’équipage, il mettra en œuvre une trentaine d’aéronefs. La Turquie, qui participe au programme JSF, ne compte pas s’en servir uniquement comme porte-hélicoptères. Lors de la cérémonie marquant le début de la construction du bâtiment, qui s'est déroulée en présence du président Recep Tayyip Erdogan, la maquette de l’Anadolu disposait non seulement de Seahawk sur son pont d’envol, mais aussi de F-35B, que la marine turque annonce désormais officiellement vouloir déployer sur ce bâtiment. Grâce à son pont d’envol s’achevant à la proue par un tremplin, l’Anadolu pourra en effet déployer ces avions à décollage court et appontage vertical, comme ce sera le cas sur le Juan Carlos I espagnol (équipé pour le moment d'Harrier).

 

F-35B américain

F-35B américain (© LOCKHEED-MARTIN)

 

En plus de ses importantes capacités aériennes et amphibies, l’Anadolu sera doté d’un hôpital embarqué comprenant 30 lits et des blocs opératoires, lui permettant d’assurer le soutien santé d’une opération de projection de forces ou de participer à des missions humanitaires. Le futur bâtiment amiral de la flotte turque, qui sera équipé pour son autodéfense de deux systèmes multitubes Phalanx et d’artillerie légère, disposera en outre d’importantes infrastructures de commandement lui permettant de piloter une opération interarmées.

Un vaste plan de renouvellement de la marine turque

On notera qu’en plus de l’Anadolu, la marine turque va réceptionner deux nouveaux bâtiments de débarquement de chars (LST), les Bayraktar et Sancaktar. Longs de 139 mètres pour une largeur de 19 mètres et un déplacement de 7250 tonnes en charge, ils pourront transporter 20 chars lourds, jusqu’à 60 autres véhicules, et 350 soldats. Armés par un équipage de 130 marins, ils disposeront de deux tourelles de 40mm, deux systèmes Phalanx et d’affuts de 20mm et 12.7mm. La livraison du premier est prévue en 2017.

 

Nouveaux LST

Nouveaux LST (© MARINE TURQUE)

 

Ces nouvelles unités font partie du vaste plan de renouvellement lancé par Ankara au profit de sa marine. Celle-ci va, notamment, se doter de six sous-marins du type 214 allemand, de nouvelles frégates dont quatre à six unités de défense aérienne du type TF-2000 et d'au moins huit corvettes du type Milgem.

Des programmes qui doivent non seulement permettre de moderniser et développer les forces navales turques, mais aussi leurs capacités d’action et leur présence au-delà des approches maritimes turques. La construction de l’Anadolu, a considéré Recep Tayyip Erdogan, est d’ailleurs une « démarche tardive dans une période où les menaces contre notre pays sont plus nombreuses et où nous sommes obligés d’être plus visibles dans l’arène internationale » (*).

 

Corvette du type Milgem de conception turque

Corvette du type Milgem de conception turque (© MARINE TURQUE)

 

Ankara veut réduire sa dépendance aux Occidentaux

Alors que les tensions sont vives entre Ankara et Moscou sur la Syrie, qui provoque également des crispations du côté des Occidentaux autour des cibles visées par l’armée turque et des relations du pays avec certains groupes, l’évolution politique en Turquie inquiète, les Européens déplorant en particulier ce qu’ils considèrent comme des atteintes aux libertés publiques. Même si la crise des migrants oblige l’UE à tempérer ses critiques et que le pays appartient à l’OTAN, la Turquie prend de plus en plus clairement ses distances avec ses alliés traditionnels. Ce qui conduit aussi Ankara à vouloir développer son complexe militaro-industriel afin de réduire sa dépendance aux Occidentaux. La marine turque est à ce titre un exemple flagrant puisque ses matériels ont été conçus et pour beaucoup directement fournis par les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et aujourd’hui l’Espagne avec l’Anadolu. A l’occasion de la cérémonie du 30 avril à SEDEF, le président Erdogan a fixé comme objectif que la Turquie soit autonome d’ici 2023 : « En prétextant les conflits dans l’Est et le Sud-est de notre pays, il y a aujourd’hui des armes qui ne nous sont même pas vendues. Ce sont des pays avec qui nous sommes ensemble au sein de l’OTAN. Pendant que les menaces persistent contre notre pays en raison de la crise en Syrie, ceux qui fournissent des armes aux organisations terroristes ne donnent malheureusement pas le même soutien à la Turquie amie. C’est pourquoi nous devons nous auto-suffire ». 

(*) Propos traduits par TRT

 

Navantia