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La Turquie prolonge sa campagne de recherche de gaz

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La Turquie prolonge sa campagne de recherche de gaz

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Le bras de fer avec la Turquie se poursuit en Méditerranée orientale. Au lendemain de l’annonce d’un exercice aéronaval mené Chypre, la Grèce, la France et l’Italie dans la zone, Ankara a répliqué hier en indiquant que la campagne de recherche de gaz débutée le 10 août par le navire sismique Oruç Reis était de nouveau prolongée. Elle l’avait été une première fois du 23 au 27 août, et l’est maintenant jusqu’au 1er septembre, et peut-être au-delà.  « Il n’y a pas de date limite », a prévenu hier le ministère turc de la Défense, Hulusi Akar, précisant que ces prospections se poursuivraient « aussi longtemps que nécessaire » et accusant au passage la France, principal soutien de la Grèce et de Chypre (confrontée au même problème), de mettre de l’huile sur le feu. Suivant une stratégie à la chinoise, c’est-à-dire basée sur des relations bilatérales pour briser l’unité du camp adverse et peser plus lourd dans les négociations, la Turquie appelle la Grèce à un dialogue en direct. « Nous devons discuter et résoudre nos différends en tant que Turcs et Grecs, pas en se réfugiant vers l’Union européenne ou vers la France », a lancé Hulusi Akar.

En attendant, en plus de prolonger la campagne de l’Oruç Reis, la Turquie a fait savoir que sa marine, qui a déjà réalisé des exercices de grande ampleur cet été, devrait conduire de nouvelles manœuvres dans la région début septembre, avec cette fois une campagne de tirs annoncée par le ministre au large d’Alexandrette (Iskanderun), au nord-est de Chypre.

Athènes a fait du départ des navires turcs, accusés de violer sa souveraineté sur sa zone économique exclusive, un préalable à la reprise du dialogue. C’est pour mémoire le déploiement au large de Kastellorizo de l’Oruç Reis, flanqué d’une puissante escorte de la marine turque, qui a mis le feu aux poudres il y a deux semaines. La petite île grecque, comme d’autres, est située très près de la côte turque, Ankara contestant la délimitation actuelle de la ZEE grecque. Celle-ci est le fruit des redécoupages territoriaux opérés suite au traité de Lausanne (1923) conclu après la défaite de l’empire Ottoman lors de la première guerre mondiale, puis la cession de l’archipel du Dodécanèse par l’Italie à la Grèce en 1947 (traité de Paris). Sans oublier la partition de Chypre depuis 1974. Les rivalités entre Athènes, Nicosie et Ankara sont donc anciennes, et les trois pays n’en sont pas à leur première crise, mais les tensions ont pris une nouvelle dimension du fait des richesses potentielles dormant dans les fonds marins dans ce secteur. En toile de fond de la crise, il y a en effet la mainmise sur de très importantes réserves d’hydrocarbures à travers la Méditerranée orientale, plusieurs gisements de grande ampleur ayant été découverts depuis les années 2000. L’affaire est considérée comme stratégique par la Turquie, qui y voit le moyen d’assurer son indépendance énergétique et d’atteindre son objectif de devenir l’une des dix plus grandes puissances économiques mondiales. L’annonce il y a quelques jours de la découverte par les Turcs d’un gisement de gaz en mer Noire n’a fait semble-t-il que renforcer cette détermination, malgré les risques d’escalade.

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