Construction Navale
La vie sociale dans les chantiers finlandais

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La vie sociale dans les chantiers finlandais

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Le système syndical en vigueur à Turku présente quelques différences par rapport à la situation de Saint-Nazaire. Les personnels comptent un unique syndicat de « Cols Bleus », qui représentent les ouvriers. Les cadres, qui comprennent également, en Finlande, les techniciens, disposent de deux organisations de « Cols Blancs ». De manière générale, la vie de l’entreprise paraît moins marquée par la hiérarchie, le cœur des relations s’opérant à l’échelle des groupes de travail. Contrairement au régime français, les syndicats sont associés au conseil d’administration de l’entreprise. Dans ce système de « cogestion », les représentants du personnel comptent 3 des 9 sièges du CA : « Ce n’est pas une obligation légale, comme en Norvège ou en Suède, mais un accord interne. C’est un vrai pouvoir, car notre voix compte, mais Aker garde la majorité », explique Ari Rajamäki, représentant du syndicat ouvrier. « Au cours des conseils, nous faisons des interventions sur tous les sujets, en particulier la sécurité, dont je suis en charge. Mais nous sommes associés aux autres discutions. C’est ainsi que j’ai participé à la commission chargée d’établir la stratégie du groupe ». Au sein des chantiers finlandais, près de 98% des employés sont syndiqués. Selon Ari Rajamäki : « Faire partie d’un syndicat n’est pas obligatoire car les avantages que nous négocions sont valables pour tout le monde ». Pour justifier le taux de syndicalisation énorme en vigueur dans la navale finlandaise, le représentant du personnel évoque « une pression sociale assez forte ». Chez Aker, la culture du résultat est palpable : « Le fait de travailler sur un segment de marché exigent suppose beaucoup de rigueur. Nous avons des objectifs quotidiens avec des résultats à dégager et des engagements à tenir par rapport au client. Dans le management, il est important que les responsables puissent tirer la sonnette d’alarme très tôt pour que tout le monde puisse trouver une solution », souligne Yrjö Julin. Et le président de la division Cruise & Ferries d’ajouter, dans un style aussi clair que direct : « Si les problèmes sont passés sous silence, la porte est grande ouverte ».

En France « nous avions l’impression que les ouvriers étaient toujours en grève »

Selon Yrjö Julin, entre patrons et syndicalistes, le courant passe bien : « Les relations entre le management et les salariés sont bonnes. Il y a des réunions tous les mois et les syndicats font partie du conseil d’administration. Ils peuvent donc influencer les décisions. C’est sans doute pourquoi nous ne connaissons que très peu de grèves. Ce fut le cas à Helsinki, quand il a été décidé que le site quitterait le segment de la croisière ». Après cette annonce, les salariés, inquiets pour leur avenir, ont cessé le travail pendant seulement une journée, avant d’accepter un plan de relance du site basé sur sa modernisation. Quand il compare la situation d’Helsinki, Rauma ou Turku à celle de Saint-Nazaire, Yrjö Julin estime que : « Ici les syndicats ne sont pas politisés comme en France ». La direction scandinave reconnaît, néanmoins, que si l’approche et la culture sont différentes, certaines idées reçues ont été battues en brèche : « Quand on est arrivé en France, nous avions l’impression que les ouvriers étaient en permanence en grève. Or, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait finalement moins de grèves qu’en Norvège ! La copie a donc été revue ». Pour Ari Rajamäki, le rapprochement avec les ex-Chantiers de l’Atlantique est une opportunité : « Il a des espérances. Nous n’avons pas la même organisation, comme les 3/8 ou le rythme de travail à 37 heures, mais il n’est pas du tout dans l’intention d’Aker de modifier le travail en France. Ce sera plus une adaptation en tirant le meilleur profit des procédés finlandais et français ».

Jusqu’à 1000 salariés étrangers pour achever les paquebots

Comme en France, le problème du recours aux salariés étrangers se pose depuis des années : « Avant, les salariés venaient de Finlande centrale. Ils restaient sur place la semaine et rentraient le week-end mais le système de taxation fait que c’est aujourd’hui moins avantageux, ce qui a encouragé les entreprises à aller chercher de la main d’œuvre à l’étranger », explique le président de la division Cruise & Ferries. La majorité de ces employés, recrutés par la sous-traitance, viennent de Pologne, de Russie et des pays baltes. Pour venir travailler en Finlande, les travalleurs étrangers bénéficient de réseaux de communication performants. Ainsi, de nombreuses liaisons maritimes irriguent la mer Baltique et un certain nombre de compagnies, comme l’Estonienne Tallink, font partie des principaux clients d’Aker Yards. Sur les paquebots en stade final d’achèvement, le nombre d’ouvriers étrangers peut atteindre le millier, à comparer aux 4500 personnes qui travaillent sur l’ensemble du site de Turku. Selon Ari Rajamäki : « L’arrivée de la main d’œuvre étrangère, notamment d’Estonie et de Pologne, a suscité de nombreuses interrogations au niveau des salariés. En même temps, nous n’avons pas vraiment le choix car nous avons du mal à trouver du personnel. La question est donc simple : Est-ce qu’on refuse une commande faute de main d’œuvre ? » Pour le syndicaliste, « la situation est aujourd’hui acceptée mais le niveau de qualification n’est pas suffisant. Il y a des problèmes de qualité et de sécurité. Je pense que c’est une véritable question politique. Nous devons parvenir à harmoniser la qualification de cette main d’œuvre au niveau européen ». Chez Aker Yards, les questions de sécurité sont pourtant prioritaires, d’autant que les arrêts de travail constituent un coût non négligeable. Les personnels des sociétés qui arrivent sur le site suivent toutes des formations, financées pour moitié par Aker et pour moitié par un fond issu des impôts. Les nouveaux employés reçoivent des cours portant sur la sécurité, l’hygiène et l’environnement. Très onéreuses, ces formations sont appuyées par un système de surveillance et de sanction relativement ferme et particulièrement dissuasif : « Un ouvrier qui ne porte pas ses lunettes de protection peut être expulsée du chantier pour la journée, sans toucher son salaire ».
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Voir l'interview d'Yrjö Julin

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Plongée au coeur d'Aker Yards