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L'acceptation de l'Aquitaine toujours prévue au second semestre

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L'acceptation de l'Aquitaine toujours prévue au second semestre

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L'Aquitaine, tête de série du programme des frégates multi-missions (FREMM) sera bien livrée à la Marine nationale au second semestre de cette année. C'est ce qu'indiquent militaires et industriels en réponse aux rumeurs évoquant un important retard concernant le bâtiment. « La livraison de l'Aquitaine est toujours conforme au calendrier, c'est-à-dire que son acceptation est prévue au second semestre », explique-t-on de concert à l'Etat-major de la marine et chez DCNS. Pour autant, on a récemment appris que la frégate anti-sous-marine De Grasse, que la première FREMM doit remplacer, ne serait probablement pas retirée du service l'été prochain, comme initialement envisagé. La marine semble réfléchir actuellement à prolonger le bâtiment jusqu'en 2013. « L'Aquitaine remplacera à Brest le De Grasse et le calendrier du second est donc lié au premier », précise simplement l'EMM.

Conserver un bâtiment polyvalent parfaitement opérationnel

Mais alors, pourquoi prolonger le De Grasse si l'Aquitaine est bien livrée à l'heure ? Tout simplement parceque la nouvelle frégate française n'entrera pas en flotte avec toutes ses capacités. Une petite subtilité qui a son importance et justifie de conserver toutes les capacités offertes par le De Grasse avant d'envoyer cette unité en retraite. Il faut dire que le marin est confiant, mais il a aussi appris à être prudent. Or, comme les moyens sont désormais calculés au plus juste, il n'est pas question de prendre le risque d'avoir une mauvaise surprise et de se retrouver avec un « trou dans la raquette » comme on dit Rue Royale. « Nous avons un contrat opérationnel. A ce titre, l'Etat-major des Armées et la marine veillent à ce qu'il n'y ait pas d'interruption de capacité sur les missions dévolues au De Grasse », explique-t-on Rue Royale. Lutte anti-sous-marine, antinavire et antiaérienne, attaque contre terre, moyens de surveillance... Le De Grasse est comme toutes les frégates un outil des plus polyvalents. Sa mission principale est la protection des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) basés à l'Ile Longue, face à Brest. Mais le bâtiment peut effectuer bien d'autres missions, à commencer par les déploiements outre-mer, par exemple dans le cadre de la protection d'un groupe aéronaval ou la lutte contre le terrorisme ou la piraterie.

La frégate De Grasse  (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
La frégate De Grasse (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

« Nous maitrisons le développement du CMS »

L'Aquitaine aura les mêmes fonctions, avec en plus une capacité renforcée de frappe contre terre par la mise en oeuvre, pour la première fois sur une unité de surface française, de missiles de croisière. Petit bijou de technologie, la FREMM disposera des équipements les plus récents (missiles Scalp Naval, Exocet MM40 Block3 et Aster 15, torpilles MU90, tourelle de 76mm, canons télé-opérés Narwhal de 20mm, radar Herakles, nouveaux sonars de coque et remorqué, nouvelles contre-mesures, système de lutte anti-torpille, hélicoptère NH90...) et d'un système de combat de nouvelle génération, le SEIS, conçu pour être encore plus performant et évolutif que celui des dernières frégates Horizon (Forbin et Chevalier Paul). L'intégration et la qualification de tous ces équipements avec le Combat Management Systems (CMS) prendra donc logiquement du temps, même si DCNS a limité les problèmes éventuels en recourant massivement à une plateforme d'intégration terrestre, qui valide les systèmes en amont. « Nous maitrisons le développement du CMS. L'Aquitaine sera livrée avec un CMS qui bénéficiera d'évolutions successives en fonction de l'échelonnement de l'intégration des équipements », explique-t-on chez DCNS. Comme c'est le cas dans l'aéronautique, l'Aquitaine sera donc livrée dans un premier standard, qui s'enrichira progressivement, au fil de l'intégration des différents systèmes et de l'ouverture de nouvelles capacités, aboutissant à la configuration finale souhaitée. Ainsi, l'admission au service actif (ASA) du bâtiment avec ses pleines capacités opérationnelles pourrait attendre 2014, ce qui ne l'empêchera toutefois pas de remplir avant l'ASA un certain nombre de missions.

L'Aquitaine  (© : DCNS)
L'Aquitaine (© : DCNS)

Nouveau fer de lance de la protection de la FOST

Compte tenu de l'importance de protéger la force océanique stratégique (FOST), c'est sans doute la capacité anti-sous-marine qui sera la première à être validée. Celle-ci fait appel aux sonars, aux torpilles et à l'hélicoptère Caïman Marine (NH90), mis en service le mois dernier dans un premier standard et dont la capacité ASM doit être opérationnelle cette année. On peut donc, raisonnablement, estimer que l'Aquitaine sera parfaitement prête à l'emploi, en matière de lutte ASM, à partir de 2013. Le De Grasse, en service depuis 1977, pourrait donc attendre jusque là. La Marine nationale souhaite, en effet, ne prendre aucun risque quant à ses capacités anti-sous-marines à Brest. Car les moyens sont limités et il faut composer avec un matériel vieillissant. Ainsi, alors que le Tourville (1975) a été désarmé l'an dernier et que le La Motte-Picquet (1988) a été envoyé en mission en océan Indien, seules les FASM De Grasse (1977) et Latouche-Tréville (1990) sont disponibles à Brest. En Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparations (IPER) depuis plusieurs mois, le Primauguet (1986) a, quant à lui, vu son arrêt technique prolongé suite à une sérieuse avarie de ligne d'arbres. Cet imprévu démontre bien la nécessité de conserver une marge de manoeuvre et donc un minimum de bâtiments parfaitement opérationnels afin d'être certain de disposer des moyens nécessaires à la protection des SNLE, pierre angulaire de la dissuasion nucléaire.

L'Aquitaine  (© : DCNS)
L'Aquitaine (© : DCNS)

Des essais prometteurs

En décembre, l'Aquitaine a réalisé sa quatrième campagne d'essais à la mer depuis le 18 avril et sa première sortie de Lorient, où elle a été construite par DCNS. Durant près de trois semaines, les tests ont surtout porté sur l'intégration du système de combat. Durant 24 heures, la frégate s'est notamment mesurée à un sous-marin nucléaire d'attaque afin de tester les performances de ses sonars et de son CMS. « La frégate n'a pas à rougir des résultats obtenus, qui sont déjà au moins aussi bons que ceux que l'on connait avec les sonars ATBF (actifs à très basse fréquence, ndlr) actuels », note la marine. L'Aquitaine a aussi profité de cette campagne afin de tester pour la première fois son radar Herakles et sa conduite de tir face à un hélicoptère de la Direction Générale de l'Armement (DGA) et des avions de combat de l'armée de l'Air. Là aussi, les marins ont noté « une réussite certaine » et un « bon début ».
Longue de 142 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, l'Aquitaine mettra en oeuvre 16 missiles de croisière Scalp Naval, 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, 16 missiles surface-air Aster 15, une tourelle de 76mm, deux canons télé-opérés de 20mm, des torpilles MU90 et un hélicoptère Caïman Marine (NH90). Afin de remplacer les bâtiments du type F67 et F70 ASM, huit frégates identiques ont été commandées pour la Marine nationale avec des livraisons prévues jusqu'en 2020 (la Normandie, la Provence et la Languedoc sont en cours de construction à Lorient). En plus des ces 9 premières FREMM, deux unités dérivées, dédiées à la défense aérienne, doivent être achevées en 2021 et 2022 pour remplacer les Cassard et Jean Bart. Ces unités, appelées FREDA (frégates de défense aérienne), n'embarqueront pas de sonar remorqué ni de missiles de croisière. En revanche, elles verront leur dotation en missiles Aster portée à 32 unités, avec un panachage d'Aster 15 et d'Aster 30, ces derniers ayant une portée plus importante.

Naval Group (ex-DCNS)