Histoire Navale

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L'aéronautique navale dans la Bataille de France

Histoire Navale

La France commémore actuellement les 70 ans de la bataille qui vit, au printemps 1940, l'effondrement de ses armées face à l'invasion allemande. Durant l'offensive éclair de la Wehrmacht, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, l'armée de l'Air ne fut pas la seule à s'opposer à l'avancée des troupes nazies, soutenues par la Luftwaffe. L'aéronautique navale pris également part aux combats, avec des flottilles (escadrilles à l'époque) de chasse et d'assaut dont les pilotes, dans des conditions d'infériorité sévères, s'illustreront par leur courage.
Au début des combats, la marine aligne plus de 700 appareils, dont 297 avions de combat. En attendant la construction des nouveaux Joffre et Painlevé, le seul porte-avions français est le Béarn. Mais l'ancien cuirassé, transformé dans les années 20, est jugé trop lent et vulnérable pour les opérations qui vont s'engager. Ses escadrilles interviendront donc depuis des bases terrestres, tout comme les autres appareils de la flotte.

Le Béarn (© : MARINE NATIONALE)
Le Béarn (© : MARINE NATIONALE)

Le 10, mai, les divisions allemandes envahissent les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Les forces françaises tentent alors de s'y opposer. La marine est chargée de débarquer et appuyer un corps expéditionnaire à Flessingue, ce qui est fait les 11 et 12 mai, puis le lendemain à Zuid-Beveland. Dans le même temps, des dragueurs de mines entrent à Ostende et Zeebrugge afin de sécuriser le ravitaillement de la tête de pont. A l'embouchure de l'Escaut, 6 torpilleurs et 3 chasseurs pilonnent les Allemands, alors que dans les airs apparaissent les escadrilles d'assaut AB1 et AB2, escortées par l'escadrille de chasse AC1. Mais la supériorité aérienne ennemie est trop importante et les positions sont évacuées le 17 mai, les avions de la flotte tentant toujours de réduire la pression allemande. En tout, 4 appareils sont perdus mais 8 Allemands sont abattus.

Loire-Nieuport 401 (© : DROITS RESERVES)
Loire-Nieuport 401 (© : DROITS RESERVES)

Au même moment, la Meuse et l'Oise ont déjà été franchies par les panzers. Ceux-ci sont attaqués le 19 mai par 20 Loire-Nieuport 401 et 411 des escadrilles AB2 et AB4. La moitié des effectifs engagés est perdue. Le lendemain, 11 Vought 156-F de l'AB1 passent à l'action près de Saint-Quentin mais, privés de la protection de chasseurs, sont taillés en pièce par des Messerschmitt 109, qui abattent 5 Français. En parallèle, les 10 survivants des AB2 et AB4 détruisent le pont d'Origny (1 avion abattu).
Le même jour, l'AB1 appuie des bâtiments de la marine positionnés en baie de Somme, que les Allemands viennent d'atteindre. Ils parviennent ensemble à ralentir la progression de l'ennemi, permettant l'évacuation par la mer de plus de 4000 hommes.
Partout, les troupes françaises et britanniques sont enfoncées. C'est la débâcle. Le 29 mai, l'abandon du camp retranché de Dunkerque débute, 338.000 hommes étant évacués malgré les attaques incessantes de la Luftwaffe et des vedettes allemandes, qui détruisent de nombreux navires.

Laté 298 (© : DROITS RESERVES)
Laté 298 (© : DROITS RESERVES)

Après les très lourdes pertes occasionnées par les batailles dans le Nord, les escadrilles de la marine se replient à Querqueville, près de Cherbourg. A partir du Cotentin, d'ultimes missions d'assaut et de défense aérienne sont menées contre l'avancée allemande. C'est à cette occasion que l'Enseigne de Vaisseau Jacoubet, dont un aviso de la marine porte aujourd'hui le nom, est abattu en combat aérien au dessus de Lisieux, le 17 juin. Outre les escadrilles déjà citées, même les T2 et T3, dotées des lents hydravions Latécoère 298, sont jetées dans la bataille avec, là aussi, de nombreux avions abattus.
Le front ne pouvant être tenu, les 1S1, AB1, AB2, AB3, AB4, AC1, AC2, B2, T2 et T3 sont évacuées vers le sud, où elles doivent se reconstituer. Alors que la plupart des formations rallie Hyères et Berre, la chasse gagne Rochefort pour intégrer des Bloch 151 et Dewoitine 520. L'AC1 et l'AC2 touchent leur Dewoitine le 19 juin et l'AC5, créée le lendemain, reçoit des Morane 406. Malheureusement, comme pour l'armée de l'Air, l'arrivée des nouveaux appareils intervient trop tard. La poussée allemande ne peut plus être endiguée.

Dewoitine 520 (© : DROITS RESERVES)
Dewoitine 520 (© : DROITS RESERVES)

Après la mer du Nord et la Manche, l'heure est à l'évacuation des ports de l'Atlantique. Les dernières escadrilles se replient en Méditerranée, où elles seront engagées contre l'Italie, entrée en guerre le 10 juin. L'aéronautique navale mènera alors des missions d'éclairage, de reconnaissance, de couverture, d'attaque contre les unités de la Marina militare et de bombardement contre les installations terrestres. Plusieurs avions seront abattus, d'autres étant détruits lors de bombardements italiens sur Bizerte et Cuers. Les chasseurs de l'AC3, chargés de la défense de Cuers, parviendront le 15 juin à détruire 12 avions italiens, perdant 3 des leurs, dont le second-maître Le Bihan (dont le nom est lui-aussi porté par un aviso).
Pendant la bataille de France, l'aéronautique navale entreprend aussi de bombarder l'Allemagne. Créée en mai, l'escadrille B5 reçoit un quadrimoteur NC 233.4 provenant d'Air France. Transformé en bombardier et baptisé Jules Verne, l'appareil effectua 12 missions contre le Reich, larguant notamment ses bombes sur Berlin dans la nuit du 7 au 8 juin. Le Jules Verne mènera ensuite, du 13 au 16 juin, des raids contre Venise et Livourne.

Après l'effondrement des armées françaises (à l'exception notable de la marine, quasiment intacte), l'armistice est signé le 22 juin. Les combats se seront soldés par la perte de 140 appareils de chasse et d'assaut, dont 38 en combat aérien.
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- Bibliographie : Historique de la marine française (1922 - 1942), par l'amiral Henri Darrieus et le capitaine de vaisseau Jean Quéguiner

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