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L’aéronautique navale réduit la voilure mais garde toutes ses capacités

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Le projet de loi de programmation militaire 2014-2019, présenté le 2 août, apporte de nouvelles indications quant à l’évolution de l’aéronautique navale française d’ici la fin de la décennie. Si le parlement, qui examinera le texte à l’automne, valide en l’état les propositions du ministre de la Défense, la chasse embarquée va voir ses effectifs réduits, comme nous l’évoquions le mois dernier. Le projet de LPM prévoit seulement 40 Rafale Marine à la fin 2019, sachant que le nouvel avion de combat français aura totalement remplacé le Super Etendard Modernisé en 2016, date fixée pour la fin de transformation de la 17F, dernière des trois flottilles de chasse de la Marine nationale à mettre en œuvre le SEM. Pour mémoire, 58 Rafale Marine devaient jusqu’ici être produits par Dassault Aviation. Ce dernier en a déjà livré 38, dont 4 ont été accidentellement perdus et 10 ne sont plus en ligne. Mis en service en 2001 au standard F1, ces appareils (9 placés sous cocon en 2008 et le 10ème servant aux expérimentations) vont être modernisés au standard F3 et reviendront en flottilles entre 2014 et 2017.

 

 

Rafale Marine (© : MARINE NATIONALE)

Rafale Marine (© : MARINE NATIONALE)

 

 

40 Rafale Marine auront été livrés à la fin de l’année

 

 

Tous les avions en version marine des trois premières tranches du programme Rafale (10 + 16 + 12) ont désormais été livrés. Les deux premiers Rafale M de la quatrième tranche, qui a été notifiée avec 10 avions pour l’aéronautique navale, doivent être réceptionnés cette année, complétant les 24 appareils actuellement en service au sein des flottilles 11F et 12F. Si l’on suit une logique purement comptable, seuls 4 autres Rafale Marine, au lieu de 8, seraient donc réalisés par Dassault dans le cadre d’une quatrième tranche intégrant la réduction de format. Sachant qu’il faut deux ans à l’industriel pour prévoir le « sexe » d’un appareil (Rafale Air ou Rafale Marine) sur la chaîne de montage, l’arrêt prématuré de la quatrième tranche pour le volet naval semble possible, en termes de calendrier, afin de coller au chiffre de 40 avions (hors attrition).  Les deux derniers seraient donc livrés en 2015. Cela, alors que le ministère de la Défense n’a prévu de réceptionner que 26 Rafale et entre 2014 et 2019, bien loin de la cadence actuelle de 11 avions par an, pourtant considérée par Dassault comme le seuil minimal sous lequel la cohérence industrielle du projet et le maintien des savoir-faire sont en péril. En plus de la confirmation du programme de rénovation des Mirage 2000D, l’Etat mise en fait sur les ventes à l’export (à commencer par l’Inde avec un contrat en cours de négociation pour 126 avions, dont 18 réalisés totalement en France) pour compenser la réduction des livraisons nationales. On notera que l’armée française avait touché, fin juin 2013, 120 Rafale Air et Marine sur les 180 commandés (152 devant être livrés d’ici la fin 2019).  

Concernant la marine, il n’est évidemment plus question de la cinquième tranche, qui devait comme la quatrième compter 10 avions. Les choses ne sont néanmoins pas figées, la situation ayant d’ici 2019 le temps d’évoluer. L’aéronautique navale pourrait, par exemple, avoir éventuellement besoin de compenser de nouvelles pertes, accidentelles ou au combat.

 

 

Rafale Marine au catapultage sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Rafale Marine au catapultage sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Une chasse embarquée plus compacte mais plus puissante

 

 

La réduction du nombre d’avions de chasse de l’aéronautique navale sera compensée par le fait que le Rafale dispose de capacités bien supérieures au SEM. Comme son homologue de l’armée de l’Air, il doit en plus bénéficier, sur la période de la LPM, de nouvelles améliorations, avec la mise en service du F-3R (F3 « Rénové », nouveau nom préféré à l’appellation « standard F4 », celle-ci étant jugée plus susceptible d’effrayer Bercy). Le F-3R pourra, notamment, mettre en œuvre le missile air-air à longue portée Meteor, ainsi que le pod de désignation laser de nouvelle génération (Pod NG). Ces équipements s’ajouteront à ceux déjà en service sur le Rafale (missile de croisière Scalp EG, bombes à guidage laser GBU, armement air-sol modulaire – AASM, missiles air-air Mica EM et Mica IR, missile antinavire Exocet, missile nucléaire ASMPA et nacelle de reconnaissance Reco NG).

 

 

Hawkeye et, au fond, Super Etendard Modernisé (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Hawkeye et, au fond, Super Etendard Modernisé (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Pas de Hawkeye supplémentaire ni d’avion logistique à l’horizon

 

 

Le groupe aérien embarqué du Charles de Gaulle sera complété par les trois avions de guet aérien Hawkeye (flottille 4F) actuellement en service. L’espoir de disposer d’un quatrième appareil de ce type, qui ne serait pas un luxe, semble définitivement abandonné. Il n’est pas non plus question, dans le projet de LPM, d’une hypothétique participation de la France au programme américain de nouvel avion logistique embarqué destiné à remplacer le C-2 Greyhound. L’intervention en Libye, en 2011, a pourtant démontré l’intérêt de ces avions de transport, dont deux exemplaires ont été prêtés à cette occasion par l’US Navy à la Marine nationale.

 

 

Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

 

ATL 2 : 15 avions rénovés et d’autres affectés à la SURMAR

 

 

Concernant la patrouille maritime, conformément à ce qu’avait indiqué le chef d’état-major de la marine le mois dernier (voir notre article suite à cette rencontre avec l’amiral Rogel), le programme de rénovation des Atlantique 2 ne concernera que 15 appareils, sur les 27 dont dispose actuellement la marine (au sein des flottilles 21F et 23F). Ce programme, qui devrait être lancé cette année, verra la livraison du premier ATL 2 rénové vers 2018 (il était initialement prévu 2017 mais la notification du contrat a plus d’un an de retard). Le ministère de la Défense prévoit que 4 ATL2 rénovés seront opérationnels en 2019.

 

 

Tir d'Exocet AM39 depuis un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

Tir d'Exocet AM39 depuis un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

 

La rénovation sera pilotée par Dassault Aviation, Thales étant l’un des principaux équipementiers. Mis en service en 1997, l’Atlantique 2 va voir son avionique et son système de mission modernisés, de même que ses équipements (radar, système électro-optique, moyens d’écoute, dont des bouées acoustiques numériques…)  Il n’y aura, en revanche, pas besoin d’intervenir sur la motorisation et la cellule, qui peuvent selon les militaires durer au-delà de 2030. Bien que réduit par rapport au projet initial, le maintien de ce programme est une excellente nouvelle pour la marine, mais aussi pour l’ensemble de l’armée. Très polyvalents et endurants, les avions de patrouille maritime sont cruciaux pour la lutte anti-sous-marine, qu’il s’agisse de la protection des approches maritimes et portuaires du pays, du groupe aéronaval et bien entendu de la Force océanique stratégique (FOST) pour laquelle il faut s’assurer qu’aucun bâtiment adverse ne puisse pister ou intercepter un sous-marin nucléaire lanceur d’engins lors de son départ ou de son retour de mission. Mais le champ d’action de ces appareils, qui comprend aussi la lutte antinavire avec une capacité d’emport de missiles Exocet AM39, va au-delà du milieu maritime. L’ATL 2 est, ainsi, employé en soutien des opérations terrestres, pour effectuer des missions de renseignement, de détection de cibles et même de bombardement puisqu’il peut emporter dans sa soute des bombes GBU 12 (des tirs ont notamment eu lieu au Mali lors de l’opération Serval).

 

 

Falcon 200 Gardian (© : MARINE NATIONALE)

Falcon 200 Gardian (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Le programme AVSIMAR refait surface

 

 

Pour ce qui est des Atlantique 2 qui ne seront pas modernisés, le parc va être significativement réduit. Le projet de LPM prévoit, ainsi, que l’aéronautique navale ne dispose plus que de 22 avions en 2020 (dont 4 rénovés). Selon le ministère, 4 appareils devraient être affectés à la surveillance maritime (par exemple les missions de lutte contre la piraterie), venant ainsi renforcer les 12 Falcon des flottilles 24F et 25F en attendant l'arrivée de nouveaux appareils de SURMAR. Les avions de surveillance maritime constituent, en effet, un « point de vigilance » de l’état-major de la marine. Les 5 Gardian (Falcon 200) de la 25F, âgés de 30 ans et basés outre-mer (Nouvelle-Calédonie et Polynésie), sont en fin de vie et devaient cesser de voler en 2015. Mais, faute de successeur, ils vont devoir jouer les prolongations. Ainsi, le ministère de la Défense compte toujours sur leur présence en 2020. Retardé à maintes reprises, le programme AVSIMAR (avions de surveillance et d’intervention maritime), qui doit notamment assurer leur succession, refait néanmoins surface. Il est mentionné dans le projet de LPM. Malheureusement, il est seulement question du « développement du futur AVSIMAR », la livraison de ces nouveaux avions étant renvoyée à la LPM suivante (2020 – 2025).

 

 

Falcon 50 M (© : DASSAULT AVIATION)

Falcon 50 M (© : DASSAULT AVIATION)

 

 

D’ici là, l’aéronautique navale va, néanmoins, voir la flottille 24F renforcée avec 4 nouveaux Falcon 50, s’ajoutant aux 3 dont elle dispose déjà. Il ne s’agit pas d’appareils neufs mais d’anciens avions à usage gouvernemental récupérés par la marine. Dassault Aviation est en charge de leur transformation pour la surveillance maritime (radar, système électro-optique, console de traitement des informations, hublots d’observation, système de communication par satellite…) Le premier avion doit être opérationnel d'ici la fin de l'année, le second l’an prochain et les deux derniers en 2015 normalement. On notera que contrairement aux trois Falcon 50 M de la 24F, ces appareils ne seront pas dotés d’une trappe permettant de lancer des chaînes SAR (Search and Rescue) pour le sauvetage en mer. La marine a été contrainte de renoncer à cette capacité sur les ex-Falcon gouvernementaux, la transformation étant structurellement trop complexe et coûteuse.

 

 

Caïman Marine (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Caïman Marine (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Les 27 NH90 maintenus et livrés dans les temps

 

 

Du côté des hélicoptères, le projet de LPM maintient la cible de 27 Caïman Marine (version française du NH90 NFH). Mise en service en décembre 2011, cette nouvelle machine remplace les Super Frelon pour les missions de sauvetage en mer et de transport opérationnel (commandos), et va succéder aux Lynx pour la lutte anti-sous-marine et antinavire. Fin 2013, 11 Caïman auront été livrés à l’aéronautique navale, qui les met en œuvre au sein des flottilles 31F et 33F. Il est prévu, en moyenne, que 2 nouveaux hélicoptères soient livrés chaque année, de manière à disposer des 27 machines en 2021. Un objectif qui devrait être atteint puisque le projet de LPM prévoit 13 livraisons d’ici la fin 2019, soit un total de 24 Caïman Marine en parc début 2020. La marine recevra probablement les 3 derniers dans l’année qui suivra.

 

 

Alouette III (© : MARINE NATIONALE)

Alouette III (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Pas de trace de l’hélicoptère interarmées léger

 

 

En revanche, on ne trouve pas trace, dans le projet de PLM, de l’hélicoptère interarmées léger, le « HIL » comme on l’appelle, qui doit permettre de remplacer différentes machines de l’armée de Terre et de l’armée de l’Air (Gazelle, Fennec…), mais aussi de la Marine nationale. L’aéronautique navale compte en effet sur le HIL pour succéder aux Dauphin (mis en service à partir de 1989) de la flottille 35F, embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle (Dauphin Pedro) ou servant au sauvetage en mer (Dauphin de Service Public et Dauphin N3). En tout, une dizaine de machines, dont 6 approchent des 25 ans de service. Bien plus anciennes encore, les vénérables Alouette III attendent aussi le HIL pour prendre leur retraite. Cet hélicoptère simple et robuste, à la longévité exceptionnelle, a réalisé son premier vol en 1959. Une petite vingtaine d’Alouette III est encore opérationnelle, essentiellement au sein de l’escadrille 22S, mais aussi dans la flottille 35F, en complément des Dauphin Pedro. Normalement, le retrait du service de l’Alouette III était prévu en 2018 mais, en attendant le HIL, il est probable que la grand-mère de l’aéronautique navale passe l’hiver 2020.

Au final, le projet de LPM prévoit, à l’horizon 2020, que la Marine nationale dispose de 40 avions de combat Rafale, 3 avions de guet aérien Hawkeye, 18 avions de patrouille maritime Atlantique 2, 16 avions de surveillance maritime (12 Falcon et 4 Atlantique 2), 24 hélicoptères Caïman et 40 hélicoptères légers (Panther, Dauphin, Alouette III).

 

 

Vue du missile ANL dans sa configuration d'origine (© : MBDA)

Vue du missile ANL dans sa configuration d'origine (© : MBDA)

 

 

Le missile ANL confirmé mais les livraisons reportées après 2019

 

 

On notera enfin la confirmation, dans le projet de LPM, du lancement du programme de missile antinavire léger (ANL). Avec toutefois un gros bémol puisque si la loi prévoit le financement du développement et de la qualification de cette nouvelle arme, les livraisons sont reportées après 2019.

L’ANL, qui fait l'objet d'une en coopération avec le Royaume-Uni, équipera les hélicoptères de la Marine nationale et de la Royal Navy. Conçu pour détruire de petits navires, de type vedettes rapides ou patrouilleurs, il augmentera les capacités offensives des hélicoptères embarqués, notamment en zones littorales. En France, l’ANL doit équiper les Caïman Marine, mais aussi les Panther de la flottille 36F (16 machines). 

 

 

Panther (© : MARINE NATIONALE)

Panther (© : MARINE NATIONALE)

 

Marine nationale Aéronavale