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L'aéronavale en opérations

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L'aéronavale en opérations

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Devenu courant aux yeux des Français, le déploiement d’un puissant groupe aéronaval revêt une importance particulière, en cette période de fortes tensions au Moyen-Orient : « Nos concitoyens n’imaginent pas l’importance stratégique de la région. Il s’agit de la deuxième route maritime mondiale, avec le pétrole, mais aussi les marchandises en provenance d’Asie », explique le contre-amiral Xavier Magne. Pour le commandant de la Task Force 473 : « L’Iran a joué avec la menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz dont les effets seraient désastreux et immédiatement perceptibles par les Français ». Paris a donc profité de la mission Agapanthe 06, menée tous les deux ans en Océan Indien, pour affirmer sa détermination à protéger ses approvisionnements en matières énergétiques : « C’est un signal pour dire : Attention, j’ai une force considérable qui vient occasionnellement et je n’hésiterai pas à m’en servir ». Epaulé par trois frégates, un sous-marin d’attaque et un bâtiment de ravitailleur, le porte-avions français a connu un programme d’opération particulièrement dense. Fort de 14 avions d’assaut Super Etendard, 9 chasseurs Rafale et 5 hélicoptères, le groupe aérien a volé de manière quasi-permanente depuis le début de la mission Agapanthe : « Nous avons mené des exercices très variés avec de nombreux pays, notamment la Grèce, l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis, le Qatar ou encore les Emirats Arabes. Les pilotes ont été confrontés à des F-16, des F-18 E/F, des mirage 3, des F-5 ou des Mig-29 et des Jaguar, ce qui leur a permis de s’entraîner contre des avions très différents », souligne le capitaine de frégate Patrick Zimmermann, commandant du groupe aéronaval embarqué (COMGAE). Outre les différents exercices avec les forces armées alliées, la Task Force 473 a été engagée pendant 21 jours au dessus de l’Afghanistan, en soutien des forces déployées au sol, pour rétablir l’ordre après la chute du régime taliban.

Le Super Etendard retrouve l’appui feu en Afghanistan

Sur l’ensemble de la mission, les 14 Super Etendard de la flottille 17 F ont cumulé 1700 heures de vol et 270 appontages de nuit. Une partie de ces mouvements ont été menés lors de la mission Héraclès. Le GAN a apporté un soutien aérien aux forces terrestres déployées en Afghanistan, dans le cadre de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS). Plusieurs centaines de militaires français participent à cette opération de l’OTAN, alors que 200 hommes des forces spéciales interviennent depuis juillet 2003 auprès des commandos américains au sein d’Enduring Freedom. Cette année, les troupes alliées ont constaté un regain d’activité des Talibans et déploré la perte de soldats, notamment français. Les unités au sol nécessitaient, en conséquence, un appui aérien : « Les sections d’infanterie faisaient appel à un soutien via les Hawkeye. Ce sont ces avions de guet aérien qui, en plus de la reconnaissance, coordonnaient les appareils de combat vers leur objectif », précise Patrick Zimmerann. Pendant trois semaines, le Charles de Gaulle a envoyé ses avions au dessus du ciel afghan, deux ans après sa dernière mission au large des côtes pakistanaises. Le groupe aérien a repéré 170 objectifs exploitables, réalisé 150 missions de combat, 60 missions de reconnaissance et 640 heures de vol : « Les conditions de combat ont changé. Les engagements se sont déportés vers les villes et les villages, les terroristes escomptant faire le plus de dégâts collatéraux possible », affirme l’amiral Magne. Les combats urbains posent de gros problèmes aux alliés. Ainsi, récemment, en souhaitant éliminer des talibans réfugiés dans une maison, l’armée américaine semble avoir tué une quinzaine de civils. Les armes de précision n’étant d’aucun secours face à ce genre de risque, les Français ont préféré jouer la carte de la retenue : « Si la situation n’est pas claire, quand on a un doute, on ne tire pas. Il ne s’agit pas simplement de lancer une bombe. S’il y a une méprise et que ce sont des copains ou des civils, le pilote portera ça toute sa vie », estime le capitaine de corvette Franck Hestroffer, commandant en second de la 17 F. En Afghanistan, les Français n’auront, en conséquence, pas tiré une seule bombe. Selon l’amiral Magne, leur rôle a pourtant été important ; notamment dans les missions de « Show of Force », ou démonstration de force. Lors d’engagements, le simple passage à très basse altitude de plusieurs avions a dissuadé bon nombre d’assaillants : « Le simple bruit des réacteurs suffit car il savent que les avions peuvent tirer. S’ils n’avaient pas été là, je pense qu’il y aurait eu des massacres ».

Le Rafale gagne la confiance des marins

Outre le Super Etendard, qui a démontré ses capacités malgré un âge important, Agapanthe 06 a été l’occasion de tester la première flottille d’intercepteurs Rafale. En l’absence de menace aérienne et ne disposant pas d’armement air-sol, l’appareil a été utilisé à des fins de ravitaillement. Deux des neuf avions embarqués ont été gréés en « nounous », chargés d’alimenter en combustible les Super Etendard, dont les missions duraient cinq heures trente, en moyenne. Cette configuration, testée il y a deux ans, a prouvé son efficacité, permettant aux avions d’assaut d’intervenir à longue distance : « Nous avons vu le Rafale voler de manière intensive et gagner une fiabilité qu’il n’avait pas à ses début. Nous n’avons pas craint d’envoyer des Rafale au-delà de la frontière pakistanaise et leur taux de disponibilité a été excellent », souligne le patron de la TF 473. Malgré des soucis de jeunesse et un moteur M-88 toujours en rodage, les marins français semblent aujourd’hui satisfaits de l’appareil de Dassault Aviation, même si ses capacités son encore limitées : « Il se tient parfaitement bien et n’a aucun mal à rivaliser avec des F-16, F-18 ou Eurofighter. C’est un appareil extrêmement performant, l’un des meilleurs. Quand on le voit en défense aérienne, je pense qu’on va être très agréablement surpris par la version F2 », estime le commandant Zimmermann. Spécialisé dans les missions de lutte contre la terre, le Rafale F-2 remplacera le Super Etendard Modernisé avant 2013. D’ici là, 25 SEM, soit la moitié du parc, vont être rénovés au standard 5 pour mettre en œuvre des bombes guidées laser et GPS, toujours plus précises. Ces matériels auront peut être l’occasion d’être testés au cours de la prochaine mission Agapanthe. La France ne disposant plus de second porte-avions et le Charles de Gaulle entrant en entretien majeur mi-2007, le prochain déploiement tricolore en Océan Indien ne devrait pas intervenir avant 2009. Entre temps, Paris sera privée, pendant deux ans, de toute possibilité de déployer un groupe aéronaval.
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• Voir la fiche technique du Charles de Gaulle

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A bord du porte-avions Charles de Gaulle