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L’Albatros a perdu l’un des siens

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L’Albatros a perdu l’un des siens

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Malgré tous ses efforts, l’équipage du patrouilleur austral Albatros, soutenu dans ses recherches par un avion Transall de l’armée de l’Air, n’est pas parvenu à retrouver le marin qui a disparu en mer le 2 mars. Affecté aux Forces armées de la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI) depuis mars 2004, l’enseigne de vaisseau de première classe Pierre Frébourg servait sur l’Albatros au sein du service énergie-propulsion. Le jeune officier était âgé de 24 ans.

Alors qu’une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de cette disparition, évènement extrêmement rare dans la Marine nationale, les recherches ont été interrompues au bout de 36 heures en raison d’une forte dégradation des conditions météorologiques. Pour mémoire, l’équipage de l’Albatros, constitué d'une cinquantaine de marins, a constaté lundi que l’EV1 Frébourg était introuvable. Le bâtiment naviguait alors à 550 milles au sud-sud-est de La Réunion, d’où il avait appareillé le 12 janvier pour son ultime patrouille vers les eaux des Terres australes et antarctiques françaises. Il devait rentrer mi-mars à Port des Galets, après une ultime escale à l’île Maurice. Celle-ci a été annulée, le patrouilleur mettant directement le cap sur sa base réunionnaise, où il est attendu en fin de semaine.

Protéger les eaux françaises et porter assistance

La tournée d’adieux de l'Albatros fut marquée par des conditions météorologiques difficiles, auxquelles le bâtiment et ses hommes étaient rompus, mais aussi par beaucoup d’émotion, toute la communauté des TAAF étant très attachée à ce bateau. Depuis 31 ans, l’ancien chalutier, construit en 1966 en Normandie et converti en patrouilleur en 1984, sillonnait inlassablement les eaux tumultueuses du grand sud, permettant à la France de faire respecter sa souveraineté sur la zone économique exclusive de ses îlots du bout du monde et d’en protéger les ressources, notamment halieutiques. Il s’agissait aussi, en cas de besoin, de porter assistance aux pêcheurs français et au personnel scientifique des bases australes travaillant dans cette zone hostile et isolée de tout.

 

(© MARINE NATIONALE)

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Une dernière mission jusqu’au 60ème solitaires

Ces dernières années, l’Albatros fut souvent, et à tort, présenté comme un bateau à bout de souffle. En fait, malgré son grand âge, il était toujours fringant, comme en témoignent son intense activité et ses longues missions vers Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam. Des districts austraux situés à 3000 kilomètres de La Réunion, entre les « 40èmes rugissants » et les « 50èmes hurlants ». Pour sa 81ème et dernière mission de police des pêches dans la région des TAAF, l’Albatros s’est même payé le luxe début février, pour la seconde fois de sa longue carrière, d’atteindre les « 60ème solitaires », une latitude extrême où se risquent bien peu de navires en général et de bâtiments militaires en particulier. L’équipage avait savouré le franchissement de ce redoutable Everest maritime, lors d’une navigation au milieu d’immenses icebergs. Comme s’ils avaient offert le plus beau des barouds d’honneur à leur vieux patrouilleur juste avant sa retraite. Une performance que l’Albatros n’aurait justement pas pu réaliser sans une parfaite fiabilité du matériel, entretenu par un équipage aux petits soins. Une coque d’ancien chalutier particulièrement solide, taillée pour affronter les rigueurs de l’Atlantique nord, et une propulsion robuste (le bateau avait été remotorisé en 1990). Des machines sur lesquelles veillaient jalousement les marins du service énergie-propulsion, auquel appartenait Pierre Frébourg.

 

(© MARINE NATIONALE)

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Bateau mythique

Grâce à son dernier équipage et à ceux qui l’ont précédé, tous extrêmement attachés à leur bateau, l’Albatros, malgré ses 49 ans, a pu accomplir ses missions, souvent dans des conditions effroyables. A ce titre, il est devenu au fil des années un bateau mythique au sein de la Marine nationale et ses derniers marins se sont battus pour qu’il demeure jusqu’au bout à la hauteur de sa réputation. Il le fut, après avoir passé 7 des 15 derniers mois dans les mers les plus agitées du monde, au cours de quatre missions successives.

Sa fin de carrière, avec son désarmement à Brest prévu cet été, était déjà chargée d’émotion pour l’équipage. Elle le sera évidemment encore plus et de manière très dure puisqu’à la fierté et la nostalgie, s’ajoute désormais la peine d’avoir perdu l’un des siens. 

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