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L’Algérie modernise et muscle sa flotte

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La marine algérienne connait un essor assez spectaculaire de ses capacités, avec l’arrivée de nouvelles frégates, la commande de sous-marins supplémentaires ainsi que le développement de moyens amphibies et de guerre des mines.

Après le navire école Soummam (131 mètres, 5500 tonnes à pleine charge) en 2006, le chantier chinois Hudong Zhonghua Shipbuilding vient de livrer la dernière des trois frégates du type C 28A commandées en 2012. L’Azzadjer a rejoint ses deux aînés, l’Adhafer et l’Ezzadier, réceptionnés par l’Algérie à l’été 2014 et début 2016.

 

La frégate Adhafer, du type C 28A (© MALAYSIANDEFENCE.COM)

 

Dérivés des corvettes chinoises du type Jiangkai II, ces bâtiments de 120 mètres de long et 2880 tonnes de déplacement en charge peuvent atteindre 28 nœuds. L’armement comprend 8 missiles antinavire C 802, un système surface-air HQ-7 FM (copie du Crotale français) avec 8 missiles en batterie, un canon de 76mm, deux systèmes multitubes de 30mm et des tubes lance-torpilles. Les C 28A algériennes peuvent mettre en œuvre un hélicoptère Super Lynx (avec capacités antinavire et anti-sous-marine) et disposent d’un sonar de coque ainsi que d’un radar de surveillance SMART-S.

 

Frégate algérienne du type Meko A200 (© MERZOUG GHARBAZ - WIKIPEDIA)

 

La première des deux Meko A200 allemandes en service

Ces frégates réalisées en Chine et dont, selon certaines sources, un à trois autres exemplaires pourraient être commandés, s’ajoutent à celles construites par TKMS à Kiel, en Allemagne. L’Erradii, tête de série de ce programme de deux frégates (plus deux en option), lancé comme les C 28A en 2012, a été mis en service en avril dernier. Du type Meko A200 N, ces bâtiments de 121 mètres et 3400 tonnes à pleine charge peuvent atteindre 30 nœuds. Ils sont conçus pour mettre en œuvre 8 missiles antinavire RBS-15, un système surface-air à lancement vertical Umkhonto (16 missiles), une tourelle de 127mm, deux canons de 27mm, des tubes lance-torpilles et un Super Lynx. Les équipements électroniques comprennent notamment un radar Sea Giraffe et un sonar Kingklip.

La seconde Meko A200 N devrait être opérationnelle en 2017, année où la Russie devrait à priori livrer à l'Algérie la première de deux unités du type Tiger (version export des Stereguschiy).

 

Corvette russe du type Stereguschiy (© MICHEL FLOCH)

 

Corvettes et patrouilleurs

Ces nouveaux bâtiments de combat s’ajoutent aux trois frégates du type Koni (96.4 mètres, 1900 tonnes), entrées en service entre 1980 et 1984, et qui ont bénéficié d’une modernisation, de même que les trois corvettes du type Nanuchka II (59.3 mètres, 700 tpc), que la marine algérienne arme depuis 1980-82. Après la réalisation locale, à Mers-el-Kébir entre 1988 et 2002, de trois corvettes du type C58 (58.4 mètres, 540 tpc), une quatrième unité plus grande (61.7 mètres, 600 tpc), le Gharaba, devait être achevée l’an dernier.

 

Corvette du type C58 (© US NAVY)

 

Dans le domaine des patrouilleurs, dont plusieurs dizaines sont en service, la modernisation est également en cours. Le chantier français Ocea a notamment produit, entre 2008 et 2011, 20 unités du type FPB 98 de 31.8 mètres.  

 

Patrouilleur du type FPB 98 (© OCEA)

 

Un bâtiment de projection

La marine algérienne a par ailleurs reçu en 2014 son premier bâtiment de débarquement et de soutien logistique. Réalisé par les chantiers italiens Fincantieri, le Kalaat Beni Abbes mesure 142.9 mètres et présente un déplacement de 8800 tpc. Doté d’un radar EMPAR, ce bâtiment est particulièrement armé, avec 16 missiles surface-air Aster 15, une tourelle de 76mm et deux canons de 25mm. Il peut mettre en œuvre trois chalands de type LCM (en radier) et trois LCVP (sous bossoirs), ainsi que des embarcations légères.

 

Le BDSL Kalaat Beni Abbes (© OSN)

 

Les installations du BDSL algérien sont conçues pour l’emport de 5 hélicoptères (deux spots sur le pont d’envol et un ascenseur desservant un hangar), 440 hommes de troupe et des véhicules, dont 15 chars. Il dispose en outre d’un hôpital de 50 lits avec bloc opératoire. La construction d’un second BDSL a été évoquée mais, de source italienne, il n’a pas été à ce jour commandé.

Le Kalaat Beni Abbes permet de renforcer significativement les capacités offertes par les bâtiments de débarquement de chars Kalaat Beni Hammed et Kalaat Beni Rached (93 mètres, 2450 tpc), mis en service en 1984.

 

Le chasseur de mines finlandais Katanpaa (© INTERMARINE)

 

Un premier chasseur de mines

En Italie toujours, un chasseur de mines a été commandé au chantier Itermarine (avec option pour au moins un autre). Nommé El-Kasseh 1 et mis à l’eau en avril dernier, il est dérivé des trois Katanpaa (52.4 mètres, 680 tpc) livrés en 2012 et 2013 par Intermarine à la Finlande. On notera qu’il s’agit du premier chasseur de mines moderne dont va disposer le pays.

De deux à six sous-marins du type Kilo

Du côté des sous-marins, les forces algériennes se renforcent également puisque deux nouveaux Kilo (version 636), les Akram Pacha et Sidi Ahmed Rais, ont été livrés en 2009. Deux autres ont été commandés en 2014 pour une mise en service à partir de 2018. Ils s’ajoutent aux deux premiers bâtiments de ce type (version 877 E), les Rais Hadj Mubarek (1986) et El Hadj Slimane (1987), modernisés en Russie entre 2005 et 2007 pour le premier et en 2010/11 pour le second. Longs de 72 mètres pour un déplacement de plus de 3000 tonnes en plongée, les Kilo algériens peuvent mettre en œuvre 18 torpilles.

 

Un Kilo algérien (© MARINE NATIONALE)

 

Des fournisseurs très (trop ?) variés

La puissance navale de l’Algérie, encore très limitée au milieu des années 2000, est donc en train de s’accroître significativement. Ces nombreux matériels neufs présentent toutefois une étonnante diversité quant aux sources d’approvisionnement, avec des pays fournisseurs, bateaux et équipements très différents, ce qui ne doit pas faciliter la logistique, la maintenance, l’interopérabilité et même l’entrainement au sein de cette flotte aux systèmes très disparates.

Les enjeux

Malgré ces difficultés potentielles, la marine algérienne monte clairement en gamme. Ce qui permet au pays de répondre au développement de certaines marines régionales, comme celle du Maroc, mieux assurer la défense de ses eaux contre différentes menaces et trafics. Au passage, l’Algérie accroit son influence sur le bassin méditerranéen et s’y affirme comme une puissance maritime qui compte.

 

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