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Lancement du projet de futur(s) porte-avions français

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Lancement du projet de futur(s) porte-avions français

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Comme nous l’annoncions au début du mois, le gouvernement a acté le lancement des études portant sur la succession du porte-avions Charles de Gaulle. Florence Parly, la ministre des Armées, l’a officialisé hier lors de sa venue au salon Euronaval, sur lequel le président de la République, Emmanuel Macron, s’est également rendu.  

Premier pas

« Je suis fière, lors de ce salon Euronaval, de lancer officiellement le programme de renouvellement de notre porte-avions », a annoncé la ministre. Il n’en fallait pas tant pour qu’on lise ici et là que la France avait définitivement décidé de construire un nouveau porte-avions, sans parler du fait que cette annonce a parfois été interprétée comme équivalent à une commande. Ce qui n’est aucunement le cas.  

Cette annonce est évidemment très importante, notamment sur le plan politique puisqu’elle illustre la volonté affichée de l’exécutif en faveur de cet outil : « Il constitue une capacité stratégique de notre défense nationale et de la Marine Nationale. Une capacité efficace et performante. Une capacité que nous devons entretenir et renouveler ». Mais il ne s’agit là que d’une première étape. Florence Parly l’a d’ailleurs bien rappelé devant les militaires et industriels : « Cette étape une, qui se lance aujourd’hui, c’est la phase d’étude. C’est déterminer ensemble ce que nous voulons et comment nous le voulons pour notre futur porte-avions».

18 mois d’études pour un budget de 40 millions d’euros

Ce programme d’étude, prévu par la loi de programmation militaire 2019-2025, durera 18 mois pour un montant de 40 millions d’euros. Il sera découpé en plusieurs contrats qui seront notifiés l’an prochain aux différents industriels concernés par ce projet. Contribueront ainsi à ces études Naval Group bien sûr, et en arrière-plan les Chantiers de l’Atlantique, mais aussi Thales, TechnicAtome (ex-Areva TA), Dassault Aviation ou encore MBDA.

Ils devront ensemble plancher sur trois points structurants mis en avant par la ministre.

Le premier est le cadre opérationnel. Il faut ainsi anticiper ce que devra affronter le futur bâtiment quand il verra le jour, c’est-à-dire pas avant les années 2030. Quelles seront les menaces qui pèseront sur lui? Quelles seront les missions qu’on lui demandera de réaliser ? « De ces réponses, nous pourrons déduire les contraintes d’emploi, les besoins en termes de systèmes de combat et l’articulation nécessaire avec son escorte ».

Les grands choix technologiques

En second lieu, a expliqué Florence Parly, il faudra plancher sur les « caractéristiques de notre futur porte-avions en fonction de ce que sera l’état de l’art technologique en 2030 ». En anticipant des ruptures technologiques mais aussi des évolutions à long terme puisque ce bâtiment sera appelé à naviguer jusqu’à l’horizon 2070-2080. Il y aura notamment le choix de la propulsion, conventionnelle ou nucléaire, mais aussi le recours à des catapultes non plus à vapeur mais électromagnétiques. Une technologie adoptée par les nouveaux porte-avions américains qui doit toutefois encore gagner en maturité. Et il faudra bien sûr travailler sur le groupe aérien embarqué du futur, en particulier les avions de chasse et les drones.

Le SCAF et l’accueil d’autres aéronefs européens

« Nous avons lancé en coopération avec l’Allemagne, l’avion de combat du futur, le SCAF. Le porte-avions devra être en mesure de l’accueillir dans toutes ses capacités ». Le futur chasseur franco-allemand sera donc bien navalisé, ce qui était logique mais se voit donc confirmé. Cela ouvre aussi la voie à une possible interopérabilité du bâtiment français avec d’autres appareils européens, surtout si la coopération franco-allemande sur le SCAF s’élargit à d’autres nations. On rappellera à ce titre que le futur chasseur doit succéder en Allemagne à l’Eurofighter Typhoon, également en service en Autriche, en Italie, en Espagne et aussi au Royaume-Uni. « Nous devrons toujours garder un oeil sur les coopérations que nous pourrions mener », a expliqué Florence Parly, évoquant par exemple « des coopérations pour permettre au porte-avions nouvelle génération d'accueillir des aéronefs de nos partenaires européens ». En dehors du SCAF, on peut éventuellement penser aux F-35B qui seront mis en œuvre par les marines britannique, italienne et espagnole. Mais l’intégration d’un avion à décollage court et appontage vertical sur un bâtiment à catapultes et brins d’arrêt n’est pas vraiment naturel et, quoique techniquement possible, présente un certain nombre de contraintes. Cependant, en matière d’autres « aéronefs », il n’y a pas que les avions, il peut aussi s’agir d’hélicoptères et bien sûr des futurs drones qui seront développés en Europe.

Un outil pour la France et l’Europe

La ministre voit en tous cas clairement ce projet sous un prisme européen, suivant en cela la volonté d’Emmanuel Macron de renforcer la coopération au sein de l’UE en matière de défense. « Par ces études, nous pourrons déterminer, aussi, le nombre d’unités dont la France et l’Europe auront besoin à terme ». Et de répondre dans la foulée à la question de savoir si la France doit se doter d’un ou de plusieurs porte-avions : « Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, le temps est à la conception, pas encore à déterminer combien de navires sont nécessaires ».

Ouverture possible à des coopérations sur la plateforme

En matière de coopération, la ministre a aussi laissé la porte ouverte au « navire lui-même, peut-être ». En clair, la possibilité, si les projets concordent techniquement et en termes de calendrier, à travailler sur le développement d’une plateforme avec une autre nation, européen ou non. Il en avait déjà été question par le passé, en particulier avec le Brésil.

« Nous devrons être réalistes mais ambitieux »

Florence Parly veut en tous cas que ce projet soit placé sous le signe de l’innovation : « Ne limitons ni notre horizon, ni notre imagination. Nous ne devons pas refaire à l’identique, mais chercher les capacités les plus ingénieuses, les plus utiles et les plus efficaces. Faisons de ce porte-avions, une véritable base avancée de notre marine, aiguillon de notre innovation. Nous devrons être réalistes mais ambitieux. Et grâce à ces études approfondies, imaginatives et rigoureuses, nous pourrons établir l’architecture de ce futur porte-avions et poser les bases de l’organisation industrielle nécessaire pour le bâtir en respectant les délais et les coûts ».

Normalement pas de commande avant la prochaine législature

En matière de calendrier, les études s’achèveront en 2020. « Alors, nous serons en mesure de proposer des choix au président de la République ». Une fois le projet acté, il faudra moins de dix ans, dont quatre à cinq pour la construction de la coque à Saint-Nazaire, entre les études détaillées et la mise en service.

Toutefois, en l’état actuel des choses, aucune commande de porte-avions n’est prévue sur la période de la LPM, seules ces études initiales y sont inscrites. « C'est la prochaine loi de programmation militaire, celle qui interviendra au-delà de 2025, qui devra déterminer les moyens pour assurer la construction de ce ou ces porte-avions et de définir le nombre de ces navires », avait indiqué début septembre Florence Parly. Il est néanmoins vrai que la LPM pourra être revue à mi-parcours, et qu’il y aura aussi, en 2022, des élections présidentielles et législatives. Sauf à ce qu’Emmanuel Macron choisisse, contre toute attente, de prendre une décision avant ces échéances, les choix finaux seront donc renvoyés à la prochaine législature.

Satisfaction mais prudence suite au précédent du projet PA2

D’où la prudence qu’il convient d’observer quant à l’annonce intervenue hier. Certes, il s’agit d’une excellente nouvelle pour la Marine nationale et les industriels français, « une perspective très positive » comme dit l’un d’eux. Mais dans les années 2000, le projet PA2, qui devait voir la construction d’un second porte-avions pour compléter le Charles de Gaulle, en était également une. Et bien que les études aient été quasiment menées à leur terme et certains équipements commandés, il avait suffi d’un changement d’exécutif pour que ce qui paraissant « irréversible », pour reprendre les propos de Michèle Alliot-Marie à l’époque, soit de nouveau repoussé et finalement abandonné. Il reste donc à espérer que cette malheureuse aventure ne se reproduise pas.

En attendant, comme l’a rappelé hier Florence Parly, le Charles de Gaulle, mis en service en 2001 et qui sort d’une refonte à mi-vie, « a encore de belles années devant lui ». Le bâtiment amiral de la flotte française devrait en effet rester opérationnel jusqu’à la fin des années 2030.

 

Marine nationale Euronaval 2018