Défense
Landivisiau fête sa flottille 11 F, ses pilotes et ses Rafale

Actualité

Landivisiau fête sa flottille 11 F, ses pilotes et ses Rafale

Défense

Plus de 2000 personnes pour deux anniversaires. Mercredi, dans l'après-midi, la base aéronavale de Landivisiau a fêté les 90 ans de la flottille 11F et les 10 ans du Rafale Marine. Les autorités, les familles, les anciens, les industriels, tous ont bravé la pluie et le vent pour saluer les hommes et leurs avions.

Les autorités, le vice-amiral d'escadre Jean-Pierre Labonne, commandant la zone Atlantique et le contre-amiral Hervé de Bonaventure, commandant la force de l'aéronautique navale(© : MER ET MARINE  - CAROLINE BRITZ)
Les autorités, le vice-amiral d'escadre Jean-Pierre Labonne, commandant la zone Atlantique et le contre-amiral Hervé de Bonaventure, commandant la force de l'aéronautique navale(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les avions font leur show pour les 2000 invités(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Les avions font leur show pour les 2000 invités(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La 11F est la plus vieille flottille de chasse embarquée. Celle des pionniers, ceux qui ont osé s'élancer, au début du 20è siècle, avec leurs petits avions à hélice, depuis les ponts des navires. En 1920, ce sont eux qui ont réalisé le premier appontage à bord du porte-avions Béarn. L'aviation de chasse depuis la mer est en train de naître, et avec elle l'identité très forte des pilotes de l'aéronavale, aviateurs bien sûr, marins avant tout. L'enseigne de vaisseau Louis Bonnot, dans les années 20, dessinera ce qui deviendra l'emblème de la flottille, l'hippocampe ailé. Ceux qui l'arborent continuent dans l'audace. En 1937, ils réaliseront le premier appontage de nuit. En 1939, la flottille quitte sa base de Lanvéoc pour rejoindre Marcq-en-Calaisis, sa ville marraine. Les avions participeront aux opérations au-dessus de la Belgique au début de la guerre.
En 1945, la flottille renaît avec les avions SeaFire, version navale des légendaires Spitfire britanniques. Ce seront ensuite des avions Hellcat américains qui partiront en Indochine, à bord du porte-avions Arromanche, puis des Aquilon, les premiers avions à réaction. En 1962, ce sera l'arrivée des Etendard IV M, et en 1963 le premier appontage sur le porte-avions Foch, alors flambant neuf. En 1967, la flottille prendra ses quartiers dans la nouvelle base aéronavale de Landivisiau, elle est désormais la spécialiste des assauts à la mer, ainsi que des bombardements de jour et de nuit.

L'Aquilon et le Maillé Brézé  (© : MARINE NATIONALE)
L'Aquilon et le Maillé Brézé (© : MARINE NATIONALE)

Le porte-avions Arromanche (© : MARINE NATIONALE)
Le porte-avions Arromanche (© : MARINE NATIONALE)

L'Etendard IV M (© : MARINE NATIONALE)
L'Etendard IV M (© : MARINE NATIONALE)

Un Etendard IV P (© : MARINE NATIONALE)
Un Etendard IV P (© : MARINE NATIONALE)

L'hippocampe ailé va, ensuite, se « tigrer » quand la 11F rejoint la prestigieuse « Tiger Meet » qui regroupe de nombreux escadrons et flottilles de chasses de l'OTAN. C'est avec le Super Etendard que les hommes de la 11F partent en opération au-dessus des Balkans, entre 1993 et 1999, et qu'ils utilisent, pour la première fois, de l'armement à guidage laser. Ce sera ensuite le porte-avions Charles et les opérations de soutien en Afghanistan. En septembre 2011, une page se tourne, la 11F passe sur Rafale.

Le SEM aux couleurs de la Tiger Meet(© : MARINE NATIONALE)
Le SEM aux couleurs de la Tiger Meet(© : MARINE NATIONALE)

Le SEM aux couleurs de la Tiger Meet(© : MARINE NATIONALE)
Le SEM aux couleurs de la Tiger Meet(© : MARINE NATIONALE)

Le SEM sur le porte-avions Charles de Gaulle(© : MARINE NATIONALE)
Le SEM sur le porte-avions Charles de Gaulle(© : MARINE NATIONALE)

Sur le tarmac de Landivisiau, le moment que tout le monde attend est arrivé. Les moteurs vrombissent. Sur la piste, quatre avions, deux Rafale et deux Super Etendard Modernisés (SEM), décollent depuis le « porte-avions de granit », comme les pilotes appellent leur base bretonne. Venus saluer la foule, les pilotes se font plaisir et régalent leur public. Ramon José ne se lasse pas de ce spectacle. L'homme en impose, dans sa veste en cuir de pilote. La voix tranquille et le ton modeste, il raconte son parcours, que beaucoup, dans le milieu de l'aéronavale, considère comme une légende. « La Marine, j'y suis rentré en 1954, et l'aéro en 1959 après avoir suivi le cours pilote au Maroc ». Il y fera une carrière de plus de trente ans, pilotera des Corsair, des Etendard IV M, des Crusader pour finir par des Super Etendard. « Mon avion préféré ? Difficile à dire, on aime toujours l'avion sur lequel on vole, le pilote fait corps avec. Mais je crois que pour le combat aérien, je retiendrai le Crusader. Un avion puissant, agile, efficace et facile dans son domaine de vol, malgré ce qu'on pouvait dire sur lui à l'époque ».

Ramon José, une des légendes de l'aéronavale(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Ramon José, une des légendes de l'aéronavale(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

C'est à bord d'un Crusader que Ramon José s'est retrouvé en situation de combat, en 1978, face à deux Mig 21 yéménites, au-dessus du golfe d'Aden. « Nous n'avons pas dû engager nos armes, mais nous étions prêts ». En 1983, au-dessus du Liban, c'est à bord d'un Super Etendard qu'il a réalisé des attaques au sol, « c'était un avion avec de très bonnes capacités dans ce domaine ». Il regarde le Rafale, qu'il n'aura pas connu en tant que pilote militaire. « J'ai eu la chance de faire une heure de vol, alors qu'il était en essais chez Dassault. C'est un avion extraordinaire, la suite logique du Super Etendard, avec un concentré de technologie et d'armement incroyable, qui doit, je pense, demander un grosse charge de travail pour le prendre en main et le maîtriser ». Ramon José sourit en regardant ses héritiers montrer « leur » avion à leurs enfants et familles. « Pilote dans l'aéro, c'est évidemment un métier à part. C'est extrêmement difficile mais aucun d'entre eux ne va le montrer. Souvent quand ils parlent de ce qu'ils font, ils vont utiliser des pirouettes, des images, pas question de se prendre trop au sérieux. Et toujours de bonne humeur, c'est indispensable ».

Helmut, pilote de Rafale à la 11F(© : MARINE NATIONALE)
Helmut, pilote de Rafale à la 11F(© : MARINE NATIONALE)

« L'humour, c'est une marque de fabrique », confirme Helmut ( NDLR les pilotes de l'aéronavale utilisent un indicatif, tant pour des questions de confidentialité que pour faciliter l'identification à la radio), jeune pilote de la 11F. « Parfois, on compare la flottille à une meute. On se taquine, de temps en temps ça mord un peu, c'est un moyen de conserver une émulation au sein du groupe ». Helmut est pilote depuis 5 ans, « enfin, j'ai été macaronné en 2007, ce qui ne veut pas dire que ma formation s'est arrêté là. Une fois que j'ai été jugé apte à piloter, après l'Ecole Navale et après le cours de pilotage, il m'a fallu près de 18 mois pour être qualifié sur l'avion, un Super Etendard ». 18 mois pour apprendre à utiliser tous les instruments et les systèmes d'armes de l'avion. « C'est seulement après qu'on ait réellement lâché ». Helmut, lui, a enchaîné, puisqu'il est rapidement passé sur Rafale, à la 12F à l'époque. « J'ai été opérationnel en 2010, apte à aller au combat ». Le jeune pilote rejoint l'opération Agapanthe, de soutien aux troupes au sol en Afghanistan. « Nous étions les yeux des troupes au sol quand elles progressaient dans un environnement encaissé sans visibilité. Nous volions haut et leur indiquions ce qu'il y avait devant eux. Et puis, il y avait une gradation de notre action en fonction de la menace ennemi. Le premier degré, c'est le « show of presence », on descend un peu, on se montre. Ensuite, c'est le « show of force », on vole très bas, très vite. Là, ça fait du bruit et l'ennemi comprend qu'on est bien présent. Enfin, il y a l'utilisation de la force, avec engagement des armes ».

(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Rafale est devenu son avion. « Il sait tout faire, en fonction de la mission, on décide de la façon dont on va l'équiper ». Les pilotes volent en patrouille constituée, toujours par deux. « Toutes les combinaisons sont possibles. Si les conditions météo sont défavorables, on va utiliser des bombes à guidage électronique, par exemple. Ou alors, un des deux va partir avec un type de matériel, l'autre avec un autre, de manière à être complémentaire. Tout cela est tactique et décidé au sein de la flottille en opération ». Mais le pilote, lui, doit savoir aussi tout faire : du missile Scalp, pour les tirs à longue distance, aux Mica pour le combat aérien, ou à l'Exocet pour la lutte anti-navires, du pod de reconnaissance à la nounou qui vient ravitailler les avions en vol... « C'est un avion exigeant, mais c'est ce qui est passionnant ». Helmut a beaucoup volé ces derniers mois. « L'opération Harmattan, en Libye, nous a beaucoup mobilisé ». Et son plus « gros souvenir » est sans doute là-bas. « Je revenais d'une patrouille où j'avais fait nounou. Sur le pont du porte-avions, on m'informe qu'il n'y avait pas de brin 3 (NDLR : il y a, en configuration normale, trois brins d'arrêts l'un derrière l'autre qui servent à l'appontage des avions). Le temps était difficile, beaucoup de houle, et je ne pouvais vraiment pas me rater : il n'y avait pas de terrain de dégagement et pas de possibilité de ravitaillement, puisque c'était moi le ravitailleur. Il me restait 10 minutes de carburant, je m'y suis pris à trois fois, mais on y est arrivé ». Sur le coup, de la concentration et de l'adrénaline. Après, une réflexion et un apprentissage. « C'est un métier particulier que de décoller en avion de la mer. On embarque sur un navire qui nous amène quelque part. Jusqu'à ce qu'on monte dans notre avion, on ne sait pas trop où on est. Et puis, un beau matin, on est catapulté au-dessus d'un pays, d'une côte et on part en mission. C'est une sensation incroyable ». Helmut, ceux de la 11F et ceux de la 12F, perpétuent la tradition de la chasse embarquée. Et ils seront toujours des pionniers.

(© : MARINE NATIONALE)
(© : MARINE NATIONALE)

Marine nationale