Histoire Navale
Lanester : Le dernier parc à bois de France

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Lanester : Le dernier parc à bois de France

Il ne reste de cette histoire que des pieux plantés dans la vase dans l'anse du Scorff, à Lanester, entre les ponts Saint-Christophe et des Indes. Ces pieux sont des vestiges du XIXe siècle, témoins de la grande époque de la construction en bois dans la Marine nationale.

Histoire Navale

« La vérité historique a été rétablie en 1994 » par Gérard Le Bouëdec qui, dans sa thèse de doctorat, s'est intéressé aux parcs à bois de Lanester. « Le parc à bois de Saint-Isidore remonte en fait au XIXe siècle et était utilisé par la Marine nationale, alors qu'il fut improprement daté de 1701 », explique l'historien, professeur émérite à l'UBS. 

Préserver le bois des tarets

Si c'est bien la Compagnie des Indes qui, la première, a utilisé l'immersion pour la conservation du bois dans l'anse de Caudan et sur la Prée-aux-vases, la Marine nationale a « industrialisé » cette technique. À Lorient, mais aussi à Brest-Penfeld et dans les autres arsenaux. « L'immersion dans une eau saumâtre (mélange d'eau de mer et d'eau douce) ou dans un parc soumis à l'alternance des marées s'est révélée être la meilleure technique de conservation du bois avant usage dans la construction navale ». C'était la seule solution pour les préserver de la voracité des tarets, des vers aquatiques. Les deux solutions ont été expérimentées à Lorient : l'immersion dans l'eau saumâtre dans la fosse aux mâts de l'anse de Caudan et dans une zone soumise aux marées, à Saint-Isidore.

Une réserve de dix ans

C'est en 1770 que la Marine nationale reprend les installations de la Compagnie des Indes dans l'anse de Caudan. De 1819 à 1825, elle y fait creuser une fosse aux mâts, fermée par une écluse et alimentée en eau douce, par les bagnards du port. Cette fosse aux mâts, une fois asséchée, deviendra au début du XXe siècle la forme de construction que l'on connaît aujourd'hui. En 1829, c'est la mise en service des premières travées du parc à bois de Keronou, toujours rive gauche du Scorff. « Il y avait là une réserve de bois pour dix ans », indique Gérard Le Bouëdec. « La Marine se voulait indépendante des aléas de la conjoncture ». Le parc de Keronou est pratiquement terminé en 1852.

Radeaux à bigues

La Marine nationale maintient ses stocks de bois alors que, pourtant, le fer prend de plus en plus de place dans la construction navale. Elle programme l'extension du parc de Keronou vers Kerguillé en 1856. De 1847 à 1852, elle va même jusqu'à construire un parc supplémentaire, le seul soumis à l'alternance des marées, appelé « gare provisoire de Saint-Isidore », entre le pont de Saint-Christophe et l'écluse de Keronou. Les stocks de bois enclavés de tous les parcs continuèrent d'être exploités alors que, dès 1861, la décision d'interrompre l'aménagement de ce type d'enclavement des bois est prise devant l'affirmation de la construction fer. Entouré d'une palissade, « on a compté jusqu'à 5.000 pieux », indique Gérard Le Bouëdec. Des pieux installés par quatre et plantés jusqu'à deux mètres de profondeur, avec sur le sol des lambourdes qui supportaient les pièces de bois à conserver, tandis que des « clés de bois » les retenaient au-dessus. « De larges travées étaient aménagées pour permettre à marée haute aux radeaux à bigues de venir récupérer ou installer le bois ».

Quel avenir ?

Ce sont ces pieux de soutènement qu'on peut encore voir aujourd'hui. Dès que la surveillance des gardiens cessa, au début du XXe siècle, les vols se multiplièrent, notamment sur la clôture du côté du Scorff. « Partout ailleurs en France, dans les arsenaux où il y avait des parcs à bois, tout a disparu, dans la vase, rongé ou dépiqueté ». À Lanester aussi, le temps, la vase et les marées font leur oeuvre. Les hommes également, qui se sont allègrement servis ces dernières décennies. Vingt ans après l'exposition qui s'était tenue à la mairie sur la gare provisoire Saint-Isidore, qu'adviendra-til des vestiges du dernier parc à bois de France ?


Un article de la rédaction du Télégramme