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Langouste rouge : un retour sous haute surveillance
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Langouste rouge : un retour sous haute surveillance

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La langouste rouge est de retour le long des côtes bretonnes. Ifremer a décidé d’étudier son comportement afin de mettre en place des solutions efficaces pour restaurer l’espèce.

Après un effondrement de la production française entre 1950 et 2015, les pêcheurs et plongeurs sont unanimes : les langoustes rouges se promènent de nouveau sur les fonds bretons. « Contrairement aux homards, elles ne se cachent pas. Résultat, on distingue très bien leurs antennes en plongées. Mais elles restent petites », indique un plongeur, fin connaisseur des fonds de la baie de Morlaix. Même constat en mer d’Iroise. Le stock se reconstitue aujourd’hui naturellement. Les pêcheurs en remontent dans les filets et quelques-unes se retrouvent à la vente. « On a des arrivages depuis quelques mois. Mais les quantités restent faibles », confirme-t-on aux viviers de Béganton à Roscoff (29). Et qui dit rare, dit cher. « On est à 69 euros le kilo. Ce sont principalement les restaurants étoilés qui nous en achètent. À ce prix-là, il faut savoir la travailler et la cuisiner. »

Comment se comportent-elles ? Comment évolue leur colonisation ? Ce retour est-il durable ? Ifremer a décidé se pencher sur le retour de ces « coureuses ». « Nous observons beaucoup de jeunes individus, à un niveau jamais rencontré par les pêcheurs depuis 30 ans. Nous voulons comprendre les causes et les variations d’une année sur l’autre », explique Martial Laurans, chercheur au Laboratoire halieutique de l’Ifremer et responsable du projet Reccru (Recrutement crustacés). Une campagne d’expérimentation va être lancée. Des collecteurs spécifiques sont en cours d’installation en mer d’Iroise et en baie de Morlaix. Pendant trois ans, les chercheurs vont plonger et analyser le comportement de l’espèce. « Les données biologiques manquent encore sur le recrutement de l’espèce : le cycle larvaire et les premiers stades fixés sur le fond », ajoute le chercheur. À terme, l’objectif est de mettre en place des solutions efficaces pour préserver et développer la ressource. Parallèlement, Ifremer lancera une expérience similaire pour les huîtres plates.

 

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Deux types de collecteurs sont en cours d’installation en mer d’Iroise et en baie de Morlaix. Pendant trois ans, les chercheurs vont plonger et analyser le comportement de l’espèce. (Photo Ifremer)

 

« Ne pas répéter les erreurs du passé »

Car malgré ce retour naturel, professionnels, plaisanciers et chercheurs ne s’emballent pas. La langouste reste rare. On est très loin des niveaux de pêche d’autrefois. « Alors que 250 tonnes étaient pêchées chaque année au sortir de la guerre dans le seul port d’Audierne (29) pour une production nationale de près de 1 000 tonnes, seulement 50 tonnes par an étaient pêchées à la fin des années 90 pour l’ensemble de la façade Atlantique », confirme Ifremer. Depuis les années 2000, les campagnes se sont multipliées pour tenter de sauver la ressource. Les comités des pêches ont mobilisé leurs adhérents et les plaisanciers. Un programme de marquage a ainsi été lancé par les comités bretons dès 2007. Il consistait à marquer les petites langoustes pour engranger un maximum de données : déplacements, cycle de reproduction, rythme de croissance… D’autres mesures de gestion ont parallèlement été mises en place : taille minimale de capture (110 mm actuellement), zone d’interdiction de pêche de 20 km², interdiction de pêche de janvier à mars ou encore remise à l’eau des femelles portant des œufs. En parallèle, un suivi scientifique a été mené par l’Ifremer.

Et depuis le 1er juin dernier, toutes les langoustes rouges débarquées sous une criée bretonne sont munies d’une bague de marquage. L’idée « est d’assurer une traçabilité des débarquements, afin de mieux gérer la pêcherie et pour ne pas répéter les erreurs du passé», explique le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne, conscient de l’enjeu.

Un article de la rédaction du Télégramme