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Lann-Bihoué : 50 ans, d'Atlantic à Atlantique

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Lann-Bihoué : 50 ans, d'Atlantic à Atlantique

La base de Lann-Bihoué célèbre vendredi 27 mai les 50 ans du patrouilleur maritime ATL. Nombreux sont les marins qui ont effectué des missions de recherche, de guidage ou de surveillance sur l'Atlantic 1 ou l'Atlantique 2, ces avions stratégiques. Témoignages.

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Pierre Llopis, 65 ans, pilote et ancien chef de bord, et Lionel Urbanski, 64 ans, coordinateur tactique et chef d'équipe, ont cumulé durant leur carrière dans l'aéronavale plus de plus de 24.000 heures de vol. Dont une grande partie sur ces fameux ATL, sur lesquels ils ont embarqué pour nombre de missions à travers le monde. Sans oublier une bonne dizaine d'années passées à instruire les générations suivantes. Tous deux n'ont pas connu l'arrivée à Lann-Bihoué du premier modèle, en 1966, destiné aux flottilles 21F, 22F, 23F et 24F. Le programme Atlantic est né à la fin des années 1950 du besoin opérationnel de l'Otan pour un nouvel avion de lutte contre les sous-marins de l'Union Soviétique. L'avion devait avoir une endurance de 12 à 18 heures à basse altitude, pouvoir emporter tous les équipements de détection, et apporter à l'équipage de douze hommes de bonnes conditions de travail. L'Atlantic 1 a effectué plus de 400.000 heures de vol et participé à la plupart des conflits de l'époque, du Tchad à la Guerre du Golfe.

Du calcul mental à l'informatique

24 ans plus tard, Lann-Bihoué était la première base à recevoir la nouvelle génération d'ATL, les Atlantique 2, qui tiennent compte des caractéristiques des sous-marins encore plus performants (silence, vitesse, profondeur) et du besoin opérationnel de lutte anti-surface. 27 sont encore en service. « Ce qui m'a le plus marqué en passant sur Atlantique, aussi bien sur le 1 que sur le 2, c'est la suavité des moteurs, se souvient Pierre Llopis. Il vole très bien, on peut jouer avec. C'est un oiseau, avec des ailes fines, qui peut s'avérer être un très bon planeur, avec une souplesse extrême. C'est d'ailleurs le seul au monde conçu spécialement pour la patrouille maritime. Avec le passage à l'ATL 2, cela a été un bouleversement total dans la façon de travailler. Il y a eu une invasion de calculateurs, d'informatique, alors que sur l'ATL 1, c'était le calcul mental et le papier ».

« Les pieds glacés »

 

Lionel Urbanski, dit « Ubi », loue également la souplesse de l'appareil, bien utile quand on se trouve dans la tranche arrière, 15 mètres derrière le pilote. « Le mouvement est multiplié par dix en cas de turbulence. J'ai eu l'occasion d'aller dans des avions américains, ils sont bien plus durs. Les Anglais ont aussi été impressionnés. L'ATL est moins fatiguant pour l'équipage. Et c'est primordial. J'ai connu des chefs de bord qui envoyaient des jeunes pilotes aux sabords pour voir ce que cela donnait ». À bord des ATL 1, tous deux ont connu les premières missions en Afrique. La Mauritanie, le Tchad, le Gabon... « À l'époque, ils se sont demandés qui pouvait bien aller au-dessus du désert et tenir longtemps ? Les marins bien sûr » sourit Ubi. Avec une chaleur étouffante. « L'AT1 était très mal climatisé, il fallait voler le matin. Au-dessus de la Mer rouge, je nous revois prendre de l'altitude pour se rafraîchir. J'ai aussi fait des vols polaires, nous avions les pieds glacés, on les mettait dans des sacs à casques pour les réchauffer ». « Sauf les pilotes, ils ont besoin des pieds pour le palonnier », précise « Yoyo ».

Pas de sentiment d'insécurité

 

D'une même voix, les deux retraités assurent n'avoir jamais eu peur dans cet avion. « Il m'a toujours paru très sain, je n'ai jamais eu de sentiment d'insécurité. Même quand, lors d'un transit entre l'Iran et Oman, un moteur a été coupé et le deuxième a failli cramer ». « Moi, j'avais une confiance aveugle dans cet avion, enchaîne le plus âgé. Je me souviens d'un atterrissage à Lann-Bihoué, la tour me coupe par erreur la lumière à 50 m de la piste. Les roues se sont posées, aucune peur. Ni sur le 1 ni sur le 2 ». Urbi avoue quand même une belle frayeur au Tchad, lorsque leur base a été attaquée par des rebelles et qu'il a fallu décoller de nuit, sans éclairage. « Cinq impacts de balles sur l'avion quand même ». Combien de personnes recherchées n'ont pas hurlé de joie en apercevant dans le ciel le patrouilleur. À l'image de Daniel Guichard, perdu dans le désert du Tchad en 1974. « C'est le paradoxe, c'est un avion de combat qui a sauvé plus de personnes qu'il n'en a tuées », souligne Pierre Llopis qui vante l'esprit de famille qui se développe sous la carlingue. « C'est à chaque fois une aventure humaine, l'équipage de quatorze est formé pour trois ans, c'est une famille, une unité à part entière ».

Un article de la rédaction du Télégramme

 

 

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