Défense
Lanvéoc: A l'école des marins du ciel

Focus

Lanvéoc: A l'école des marins du ciel

Défense

Piloter dans l'aéronavale n'est pas un rêve inaccessible. Certes, il y a peu d'élus chaque année. Mais les critères d'entrée à l'école d'initiation au pilotage de la BAN de Lanvéoc-Poulmic, unique en France, sont bien moins élevés qu'on l'imagine. Une base qui fait la part belle aux hélicoptéristes. 

« Pour piloter un Rafale, un Atlantique ou un NH90, il faut des gens bien câblés, c'est sûr. Mais pas besoin d'être ingénieur ou astronaute ». Le capitaine de vaisseau Marc Gander, commandant la Base aéronavale (BAN) de Lanvéoc-Poulmic, n'a qu'une idée en tête : casser le mythe qui consiste, dans l'inconscient collectif, à croire que piloter un avion ou un hélicoptère de combat est un métier inaccessible au commun des mortels. Il est bien placé pour en parler, lui qui n'a pour seuls diplômes « que trois CAP et un bac ». « Les gens imaginent aussi que parce que nous volons, nous appartenons à l'armée de l'Air. Mais ici, c'est l'aéronavale. Nous formons des marins. Des marins du ciel... », poursuit le capitaine de frégate Damien Dubois, commandant l'école d'initiation au pilotage (EIP) 50S de la BAN. La seule et unique en France.

10 % vont au bout

C'est là que tout commence. Critères d'entrée : avoir entre 18 et 25 ans, être titulaire d'un bac et avoir un bon niveau d'anglais, langue de l'Otan. Pour le reste, « il faut être passionné et beaucoup travailler. Mais inutile d'être un génie en maths et en physique. Ce qu'on nous demande n'est pas insurmontable », assure Paul, élève normand de 25 ans qui a brillamment passé les différentes phases de sélection. « Pourtant, je n'ai qu'une licence en Staps », insiste celui qui a choisi la filière hélicoptère parmi les trois proposées à l'EIP (avec l'aviation de chasse et de surveillance maritime). Le Béarnais Quentin, 25 ans, qui se prépare à rejoindre les États-Unis pour se former pendant deux ans à la chasse, ne dit pas autre chose. Titulaire d'un bac + 5, il estime que ce qui compte avant tout, « c'est la motivation ». Reste que les sélections sont assez poussées. Il faut d'abord passer l'étape du centre d'information et de recrutement des forces armées (Cirfa), puis les deux semaines de tests médicaux et psychologiques. « On a une idée très précise des profils que nous recherchons », indique le commandant Damien Dubois. Sur les 225 demandes déposées chaque année, seuls 45 élèves officiers pilotes de l'aéronautique navale (Eopan) entrent effectivement à l'EIP. Au bout de neuf mois et 16 heures de tests en vol sur CAP10 pour la voltige et Cirrus SR20 pour les missions de navigation, il n'y a au final que 20 à 22 élus. Soit 10 % des candidats de départ. « C'est une constante depuis des années, confie le commandant Dubois. Le besoin en pilotes dans l'aéronavale n'a jamais faibli. Le recrutement est sensiblement le même chaque année. La Marine nationale recrute et forme les élèves pour ensuite les employer puisque le taux de réussite des pilotes qui sortent de la 50S est de 90 % ».

« De vrais marins »

La formation de ces jeunes ne s'arrête évidemment pas au bout de 16 heures de vol. Elle dure encore au moins deux ans. Contrairement aux « chasseurs » et aux « patrouilleurs », les hélicoptéristes reviennent à Lanvéoc pour la parfaire au sein de l'escadrille 22S. Équipée d'Alouettes III et d'EC120, cette école de spécialisation sur hélicoptères embarqués (ESHE) a pour mission de breveter les jeunes pilotes ayant volé dans l'armée de Terre pour s'aguerrir. « On accueille une douzaine de pilotes par an. La formation comprend 70 heures de vols pendant lesquelles on leur fait appréhender l'aspect maritime de leur métier. On leur enseigne aussi le travail en équipage, qu'ils ne connaissent pas en arrivant. Or, c'est primordial », explique le lieutenant de vaisseau Julien, commandant en second de l'escadrille. Une unité qui assure aussi des missions opérationnelles. « Parfois, on part six mois sur une frégate. Nous sommes de vrais marins ».

« Beaucoup donner en retour »

À terme, certains élèves de l'EIP intégreront peut-être les flottilles 33 F ou 34 F, basées à Lanvéoc. La première, composée de 130 militaires, dont dix pilotes, est équipée d'hélicoptères de combat Caïman Marine NH90. De petits bijoux multimissions (contre-terrorisme maritime, sauvetage en mer, soutien direct de force navale) à 48 M€ pièce. « Hélicoptériste est un métier de passionné qui fait rêver. Il apporte beaucoup mais il faut aussi beaucoup donner en retour. Souvent on part loin, longtemps... Et on prend parfois des risques », prévient le lieutenant de vaisseau Geoffroy. À 35 ans et quelque 3.000 heures de vol, il est l'un des plus anciens pilotes de la flottille, qu'il a intégrée en 2011. À son entrée à l'EIP, il y a 16 ans, il n'avait qu'un bac.

Un article de Gwendal Hameury du Télégramme


 

Marine Nationale | Toute l’actualité de la marine française