Histoire Navale

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L'attaché naval britannique commémore le drame de Mers el Kébir

Histoire Navale

Une commémoration en hommage aux victimes de l'attaque du 3 juillet 1940 se tenait hier à Brest et, fait exceptionnel, Nicholas Butler, attaché naval britannique à Paris, y participait. Cette présence, d’une grande valeur symbolique pour les vétérans, est la première du genre. Jusqu’ici, les autorités britanniques n’avaient jamais souhaité participer aux célébrations. Il faut dire que le souvenir de l’attaque de la Royal Navy sur la Marine nationale suscite encore de la rancœur chez beaucoup d’anciens marins français. La cérémonie en hommage aux 1300 morts et disparus, s'est donc déroulée sous forme de réconciliation et d'amitié entre les deux anciens adversaires. Pour les témoins de l'époque, la démarche de Londres est d'autant plus importante que la France elle-même éprouve depuis 65 ans beaucoup de difficultés à reconnaître à sa juste valeur cet évènement intervenu dans une partie trouble de notre histoire.

Neutraliser la flotte française

Le 3 juillet 1940, au petit matin, une escadre anglaise (la force H) menée par l’amiral Somerville se présente devant le port algérien de Mers el Kébir, devenu, depuis l’invasion du nord de la France, la base de repli d’une part importante de la Marine nationale. Cette action est l’un des volets de l’opération Catapult, destinée à mettre hors d’état de nuire la flotte française, deuxième d’Europe et que Churchill craint de voir tomber aux mains d’Hitler. Fort du croiseur de bataille Hood, des cuirassés Resolution et Valiant, du porte-avions Ark Royal, de deux croiseurs et d’une douzaine de destroyers, Somerville adresse un ultimatum à l’amiral Gensoul. Le chef de l’escadre a le choix entre se saborder, continuer la lutte auprès de la Grande-Bretagne ou rejoindre les Etats-Unis pour y être désarmé. Au mouillage, la flotte française compte les croiseurs de bataille Dunkerque et Strasbourg, les cuirassés Bretagne et Provence, les contre-torpilleurs Mogador, Volta, Le Terrible, Tigre, Lynx et Kersaint, ainsi que le transport d’hydravions Commandant Teste. Conformément au traité d’armistice, les bâtiments sont en cours de désarmement et une partie des équipages est en excursion à terre. Alors que les Français tentent de faire traîner les négociations pour gagner du temps, en fin d’après-midi, la Force H reçoit l’ordre d’attaquer. Londres a en effet intercepté un message de l’amirauté française, ordonnant aux navires d’Alger et de Toulon de se porter vers Mers el Kébir. Il y a là dix croiseurs et plusieurs dizaines de torpilleurs et de contre-torpilleurs.

Une boucherie pour rien ?

A contrecoeur, Somerville fini par donner l’ordre à ses navires d’ouvrir le feu sur les français qui, jusqu’au dernier moment, croyaient cette action impensable. Pris au piège de la rade, l’artillerie principale de deux des quatre cuirassés tournée vers la terre, l’escadre de Gensoul est une cible facile, presque sans défense. Vingt quatre pièces lourdes de 380 mm tirent sans discontinuer sur Mers el Kebir, noyée par le feu des explosions et des énormes geysers des obus qui pilonnent la flotte française. A l’issue d’une courte bataille, la Bretagne coule, les Dunkerque et Provence, gravement endommagés, s’échouent. Le Mogador, l’arrière arraché par un obus de 380 mm brûle furieusement dans les passes. Grâce à une superbe manœuvre et à une chance hors du commun, le Strasbourg et cinq contre-torpilleurs évitent les mines posées par les avions anglais et s’échappent, ouvrant au passage, mais sans succès, le feu sur les bâtiments britanniques. Avec une seconde attaque, quelques jours plus tard, destinée à en finir définitivement avec le Dunkerque, le bilan s’élève à 1300 morts. D’un point de vue stratégique, Catapult est loin d’être un succès. En effet, seule la Bretagne, un cuirassé ancien, est coulée. Les autres navires, quoique fortement endommagés, seront réparés et rejoindront Toulon. Il y seront beaucoup plus exposés à un coup de force, ce que tenteront les Allemands en novembre 1942, provoquant le sabordage de la flotte. Churchill réussi toutefois l’essentiel, taper un grand coup politique et rassurer son futur allié américain, Roosevelt, en lui montrant que la Grande-Bretagne est prête à tout dans sa lutte contre l’Allemagne et l’Italie. Pour le premier ministre britannique, qui confiera que « cette décision fut la pire qu’il ait jamais eu à prendre », le raid de Mers el Kébir tient en ces paroles empruntées à Danton : « Les rois coalisés nous menacent. Jetons leur en défi une tête de roi ».