Construction Navale
Laurent Castaing: Le gardien du temple
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Interview

Laurent Castaing: Le gardien du temple

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Que pense-t-il de la prise de contrôle de son entreprise par Fincantieri ? Comment voit-il l’avenir ? Après de longs mois de silence, le directeur général des chantiers de Saint-Nazaire sort de sa réserve et s’exprime sans détour, quitte au passage à froisser quelques susceptibilités. Alors que STX France est repris par son vieux concurrent italien, l’ambiance au sein des personnels et sous-traitants reste contrastée. Même si l’arrivée de Fincantieri suscite toujours des inquiétudes, on observe également un certain soulagement, l’épuisant feuilleton du rachat des chantiers n’ayant que trop duré.

A la barre de STX France depuis janvier 2012, Laurent Castaing devrait normalement être reconduit dans ses fonctions. En cette période délicate, le maintien du directeur général, qui devra être confirmé par le repreneur, serait en effet un gage de continuité, tout en étant de nature à rassurer les salariés. L’Etat, comme Fincantieri, en ont bien conscience, le patron du groupe italien ayant dès sa venue à Saint-Nazaire en avril dernier manifesté sa confiance à l’endroit du management actuel, qui a conduit le redressement spectaculaire d’une entreprise menacée de disparition il y a cinq ans.

Dans ce contexte, Laurent Castaing, qui souhaite rester à la barre de ces chantiers où il a fait ses débuts de jeune ingénieur en 1985, fait aujourd’hui figure de « gardien du temple ». Si la solution italienne n’était probablement pas celle qui avait sa préférence au départ, le patron de STX France, en pragmatique et capitaine d'industrie qu’il est, se concentre maintenant sur les côtés positifs de l’opération. Tout en continuant de défendre les intérêts de son entreprise, il compte tirer avantage du rapprochement avec Fincantieri et reconnait d’ailleurs volontiers que les Italiens ont consenti énormément de garanties, au point que lui-même, dit-il, n’en aurait « pas accepté autant ». Même s’il reste, selon lui, un certain nombre de points à préciser, comme ses marges de manœuvre dans la future gouvernance, Laurent Castaing se veut confiant dans l'avenir des chantiers. Maintenant que la bataille est terminée, l’heure est à la construction d’une coopération « profitable à tous ».

 

MER ET MARINE : Comment appréhendez-vous l’accord finalement conclu le 27 septembre entre la France et l’Italie pour la reprise des chantiers ?

LAURENT CASTAING : C’est une très bonne nouvelle et je suis soulagé qu’après quatre ans d’incertitude, l’actionnariat se stabilise enfin. C’était un vrai problème avec nos clients, pour nos emprunts et assurances, car tout le monde se demandait quelle serait notre actionnaire dans 3 ans. L’instabilité de l’actionnariat fut vraiment une difficulté, en particulier dans le domaine des énergies marines. C’est pour nous un nouveau marché et les clients nous connaissent mal. Ils avaient donc du mal à appréhender les effets stabilisants, notamment la présence de l’Etat et la confiance de clients historiques, qui faisaient que nous serions bien là dans 3 ans pour honorer les commandes qu’ils étaient susceptibles de nous confier.

Cette instabilité actionnariale vous a-t-elle fait perdre des contrats ?

Oui, nous avons perdu dans les EMR au moins une affaire que nous avions pourtant gagnée en 2016. Mais nous avons gardé de très bonnes relations avec le client et j’espère que nous allons maintenant pouvoir revenir dans le jeu. En tous cas, plus vite le dossier de la revente sera bouclé, mieux ce sera. 

Maintenant que la France et l’Italie se sont mises d’accord, que va-t-il se passer ?

L’Etat va conclure avec STX un accord d’achat de sa participation. Avant que le protocole de vente soit effectif, nous allons consulter le Comité d’entreprise dans les semaines qui viennent sur le nouveau schéma, c’est-à-dire l’achat par l’Etat des parts de STX puis la revente immédiate à Fincantieri et DCNS, soit 50% pour le premier et au moins 10% pour le second. Comme vous le savez, l’Etat, qui détient à ce jour 33.34% du capital, va acquérir 1% supplémentaire qu’il va prêter à Fincantieri pendant 12 ans afin que les Italiens aient le contrôle opérationnel du chantier. Mais l’Etat conservera quoiqu’il arrive, nous l’avons vérifié car c’est très important, sa minorité de blocage, comme c’est le cas aujourd’hui.

Compte tenu des délais techniques, je pense que l’achat des parts de STX par l’Etat devrait intervenir en décembre ou janvier. Entretemps, le nouveau pacte d’actionnaires devra être écrit et il faudra avancer sur la proposition qui est faite aux salariés et à des entreprises régionales d’entrer au capital. 

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a annoncé que vous seriez reconduit à votre poste. On imagine que vous en êtes heureux ?

Je suis très honoré que monsieur Le Maire dise que je serai toujours directeur général mais cette décision appartient à Fincantieri. Je rappelle que la nomination du directeur général est l’une de ses prérogatives. Personnellement, je serai très probablement candidat, parce que je suis attaché aux chantiers et je pense que la France et l’Italie ont trouvé un bon terrain d’entente. Mais je souhaiterais quand même voir tous les accords qu’en tant que directeur général, j’aurai la responsabilité d’appliquer. Nous devons également préciser certains points avec Fincantieri, afin que je sache quelle sera ma marge de manœuvre, par exemple au niveau commercial.

On sait que vos principaux clients, RCCL et MSC, étaient farouchement opposés à la prise de contrôle de Saint-Nazaire par Fincantieri. Redoutez-vous des conséquences négatives ?

Il ne faut pas que les clients prennent mal la chose et nous allons tout faire pour préserver les excellentes relations et la confiance que nous avons avec eux. Il y a eu des crispations mais dans le monde des affaires, il y a aussi un certain réalisme. Aujourd’hui, c’est Fincantieri et il faut maintenant voir comment nous organisons nos relations. 

Un premier accord avait été conclu par l’ancien gouvernement au mois d’avril, avant d’être remis à plat par le président de la République peu après son élection. Le nouvel

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