Construction Navale
Laurent Castaing remplace Jacques Hardelay à la tête de STX France

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Laurent Castaing remplace Jacques Hardelay à la tête de STX France

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Les chantiers de Saint-Nazaire changent de patron. A la surprise générale, STX Europe, actionnaire principal de STX France, a décidé de remplacer Jacques Hardelay, qui était à la tête de l'entreprise depuis 2006, moment où Alstom avait vendu sa division marine (rachetée par le Norvégien Aker Yards, lui-même repris en 2008 par le Sud-coréen STX Shipbuilding). C'est le président du Directoire du Grand Port Maritime du Havre qui devient le nouveau directeur général de STX France. Laurent Castaing, qui arrivera mercredi à Saint-Nazaire, effectue ainsi un « retour aux sources ». Polytechnicien et diplômé de l'ENSTA - option Génie Maritime (1985), il a déjà, à l'époque des Chantiers de l'Atlantique, occupé des fonctions de responsable d'atelier (de 1985 à 1990), de directeur industriel puis de directeur général adjoint (de 1998 à 2004). Laurent Castaing avait ensuite occupé le poste de directeur général adjoint du port de Nantes Saint-Nazaire (2005 à 2008), avant d'être nommé président du directoire du GPM du Havre.

Une situation contrastée

« J'ai d'abord un grand plaisir à retrouver une entreprise dont je connais bien toutes les capacités à se mobiliser et à se révolutionner pour s'adapter à ses marchés et aux circonstances du moment. Nul doute pour moi que STX France est déjà en train de prendre ce virage et saura relever ce nouveau défi avec succès », a déclaré Laurent Castaing. Celui-ci revient à Saint-Nazaire dans une période contrastée. Après avoir perdu de nombreux emplois ces dernières années faute d'activité suffisante, le chantier doit en effet faire face, en 2012, à une baisse de charge importante qui impactera significativement la sous-traitance. Jacques Hardelay et son équipe, qui n'ont pas ménagé leur peine pour décrocher de nouvelles commandes, n'ont pas pu, en raison de la crise économique et financière, éviter ce trou d'air. En revanche, les efforts entrepris ces dernières années ont permis de décrocher deux très beaux contrats, celui de l'Europa 2 d'Hapag-Lloyd (livrable en 2013) et récemment la commande d'au moins deux petits paquebots pour Viking Line (2014 et 2015), qui relancent le chantier nazairien sur le segment des navires haut de gamme. Dans le même temps, la reprise de l'ex-paquebot libyen par MSC semble bien engagée, alors que les discussions se poursuivent en vue d'une commande par l'armateur italo-suisse d'un prototype.

Jacques Hardelay  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Jacques Hardelay (© : STX France - BERNARD BIGER)

Plusieurs changements d'actionnariat depuis 2006

Arrivé à Saint-Nazaire en 2004, au moment où Patrick Boissier (actuel président de DCNS) était encore patron des chantiers, Jacques Hardelay a eu des périodes difficiles et complexes à gérer. D'abord deux changements d'actionnaires, en 2006 et 2008 - puis l'entrée de l'Etat dans le capital - avec toutes les incertitudes et les changements de politique de groupe que cela a entrainé. L'ancien directeur général de STX France a également fait face à l'annulation de la commande du sistership du paquebot Norwegian Epic, une première dans l'estuaire de la Loire, qui a considérablement perturbé le plan de charge. D'autant qu'en 2008, l'Etat a aussi renoncé à un projet majeur qui devait lui-aussi apporter une charge de travail colossal : le second porte-avions de la Marine nationale. Et c'est à cette période que la crise économique est venue obérer des possibilités de commandes de paquebots, retardant notamment de deux ans le contrat qui donnera naissance au MSC Divina, livrable en mai prochain. En parallèle, l'équipe dirigeante avait au dessus d'elle un actionnariat très particulier, avec des sud-coréens qui ont longtemps brillé par leur absence, bien que détenant plus de 66% du capital, et l'Etat qui, malgré sa participation minoritaire (33.34%), a souvent fait figure de seul « patron ». Or, même si le soutien des pouvoirs publics fut crucial ces dernières années, les logiques furent parfois plus politiques qu'industrielles. Quant à STX Europe, très discret jusqu'ici, il conviendra de voir s'il compte s'impliquer désormais plus. Son choix de changer de directeur général rappelle, en tous cas, que ce sont bien les sud-coréens qui, s'ils le souhaitent, ont la barre en main.

EMR, marché militaire et maintenance

Côté bilan, on mettra au crédit de Jacques Hardelay la mise en place d'une stratégie de diversification de l'entreprise. Dans le domaine des énergies marines renouvelables, les perspectives potentielles de développement sont aujourd'hui importantes, notamment dans le domaine des éoliennes offshores, STX France ayant récemment livré sa première fondation au groupe Alstom (pour le prototype d'Haliade). En parallèle, le chantier nazairien s'est imposé pour la construction des nouveaux bâtiments de projection et de commandement de la Marine nationale, ainsi que les BPC vendus à la Russie. Toujours dans le segment militaire, STX France se développe sur le segment de la maintenance, avec un premier contrat remporté en 2009 pour le soutien des bâtiments de ravitaillement de la Marine nationale et, il y a quelques semaines, en remportant avec DCNS un marché pour l'entretien des frégates de surveillance basées outre-mer. Et, dans le domaine civil, l'entreprise est, au sein d'un groupement avec Chantier Naval Marseille, San Giorgio del Porto et Mariotti, en négociation exclusive avec le Grand Port Maritime de Marseille pour exploiter la forme 10. Cette gigantesque cale sèche, la plus grande en Méditerranée, servirait notamment aux arrêts techniques des grands paquebots exploités en Europe, un marché aujourd'hui très important.
Jacques Hardelay n'a donc, au final, pas démérité. Certes, le chantier nazairien - qui en plus d'un environnement très difficile, a joué de malchance (annulation et retards de commandes) - a perdu de nombreux emplois ces dernières années, faute d'activité. Mais il est toujours à flot et, compte tenu du contexte général, c'est déjà une certaine performance. Sortant d'une période très difficile, le chantier a vu son carnet de commandes retrouver des couleurs et la stratégie de diversification commence à porter ses fruits. Autant de points positifs qui devront bien évidemment se confirmer dans les prochains mois, notamment via l'aboutissement des projets avec MSC et l'implication de STX France dans les résultats de l'appel d'offres sur l'éolien offshore.

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