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Le 3ème BPC de la Marine nationale s'appellera Dixmude

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Le 3ème BPC de la Marine nationale s'appellera Dixmude

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C'est finalement le nom d'un ancien dirigeable Zeppelin et d'un ancien porte-avions qui a été retenu pour le troisième bâtiment de projection et de commandement (BPC) français. Devant être mis sur cale le mois prochain à Saint-Nazaire, celui qu'on appelle depuis le printemps BPC3 (ou « G33 » suivant son numéro de chantier) sera bâptisé « Dixmude », a-t-on appris de source militaire. Après les Ouragan, Orage, Foudre, Siroco, Mistral et Tonnerre, la Marine nationale interrompt donc la série des noms de phénomènes météorologiques pour ses grands bâtiments dédiés aux opérations amphibies. L'initiative peut d'ailleurs se comprendre, dans la mesure où, ces dernières années, ce type de navire a été très souvent engagé dans des opérations d'assistance suite à des catastrophes naturelles. Pour son nouveau BPC, la marine n'a finalement pas retenu le nom d'un personnage historique, ni d'un navigateur célèbre (comme on l'a cru un temps), mais celui d'une ville de Belgique et, surtout, d'une bataille de la première guerre mondiale, au cours de laquelle les marins français ont payé un très lourd tribut. En octobre 1914, lors de la bataille du front de l'Yser, cette place est défendue héroïquement par par les fusiliers-marins de l'amiral Ronarc'h, qui se battent aux côtés de l'armée belge et de tirailleurs sénégalais. La brigade des fusiliers-marins, constituée de très jeunes hommes (17 à peine pour certains), était constituées d'inscrits maritimes bretons et des novices des écoles de la marine de Lorient. Après une lutte acharnée contre des forces allemandes très supérieures, Dixmude tomba, mais la résistance contribua à enrayer l'avancée des armées du Kaiser, qui avaient pour objectif Calais et Dunkerque.

Le Dixmude survolant la Corse en décembre 1923 (© : DROITS RESERVES)
Le Dixmude survolant la Corse en décembre 1923 (© : DROITS RESERVES)

L'ancien Zeppelin allemand

Le futur Dixmude sera le troisième du nom. Le premier date de 1920 et a été baptisé en hommage au sacrifice des jeunes fusiliers-marins de Ronarc'h. Il s'agit d'un grand Zeppelin allemand livré à la France au titre des réparations pour dommages de guerre. Le LZ 114 quitte l'Allemagne en juillet 1920 pour rejoindre Maubeuge. Le dirigeable, impressionnant, mesure 236 mètres de long pour 24 mètres de diamètre. Ses ballons contiennent 68.500 m3 de gaz et ses 6 moteurs lui permettent d'atteindre une vitesse proche de 80 km/h. Un mois après son arrivée à Maubeuge, il gagne, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Jean du Plessis et avec un équipage de 40 hommes, la base de Cuers, près de Toulon. La marine ne disposant pas d'infrastructures assez grandes et les moyens financiers n'étant pas au rendez-vous, le Dixmude est dégonflé et stocké. Il ne revolera qu'en juillet 1923 pour commencer une longue série d'essais. On le verra au dessus de la Bretagne, de la Corse, et de l'autre côté de la Méditerranée, à Oran, Alger et Bizerte. Mais la carrière du dirigeable géant sera de courte durée et s'achèvera par un drame. Après un vol au dessus du désert du Sahara, le Dixmude se dirigea vers l'Italie pour éviter une tempête. Arrivé près de la Sicile, il explosa le 21 décembre 1923. Le drame, sans doute provoqué par la foudre, ne laissa aucun survivant. Les marins disparus eurent droit à des funérailles nationales, la légion d'honneur étant, à cette occasion, décernée pour la première fois à titre posthume.

Le Dixmude (© : MARINE NATIONALE)
Le Dixmude (© : MARINE NATIONALE)

L'ex-porte-avions d'escorte anglais

Il faudra attendre 1945 pour qu'une autre unité de la Marine nationale porte le nom de Dixmude. Il s'agit d'un porte-avions d'escorte (CVE) cédé à la France à la fin de la seconde guerre mondiale. A l'origine, le bateau est un cargo, mis sur cale aux Etats-Unis en 1939. Lancé en 1940, il est récupéré par l'US Navy pour être transformé en porte-avions d'escorte. Les travaux sont achevés en mai 1942 et le CVE, long de 150 mètres pour une largeur de 21 mètres, est remis à la marine britannique, qui l'armera sous le nom de HMS Biter. Jusqu'en 1944, le navire participe à l'escorte des convois en Atlantique, repoussant les attaques des sous-marins allemands. Durant le débarquement en Afrique du nord en novembre 1942 (opération Torch), le HMS Biter est intégré au groupe de soutien de la Central Task Force, ayant pour objectif Oran et les plages d'Arzew. Désarmé après la victoire alliée en Atlantique, le Biter est transféré à la Marine nationale en avril 1945. La France souhaite en effet se doter de porte-avions mais ses arsenaux sont détruits et ses finances remettent les projets de constructions neuves à plus tard. Rebaptisé Dixmude, le navire fait l'objet d'importants travaux avant d'être déclaré opérationnel. Embarquant des avions américains SBD Dauntless de la flottille 4F, il se rend en Indochine en 1947 et sera engagé dans les opérations contre le Vietminh jusqu'en 1950. Alors que l'Arromanches (ex-HMS Colossus), d'abord loué à la Royal Navy, est acheté en 1951, le Dixmude est reclassé « transport d'aviation » en 1952. Il réalise alors de nombreux convoyages d'appareils et participe à l'évacuation du Tonkin (1954), avant d'être désarmé en 1960. Installé à Saint-Mandrier pour servir de base au corps amphibie, il est rendu aux Etats-Unis en juin 1966. Le Dixmude finira sa vie au fond de la Méditerranée, servant de cible à la 6ème flotte américaine.

Le BPC Mistral (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le BPC Mistral (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le sistership des Mistral et Tonnerre

Le troisième Dixmude sera, contrairement à ses prédécesseurs, français dès l'origine. Commandé en avril dernier au titre du plan de relance de l'Economie, le troisième BPC sera identique aux Mistral et Tonnerre, livrés en 2006 et 2007. Conçus par DCNS et coréalisés avec les chantiers de Saint-Nazaire (STX France), ces navires sont les plus grosses unités de la marine après le porte-avions Charles de Gaulle. Long de 199 mètres pour une largeur de 32 mètres, les BPC affichent un déplacement de 21.500 tonnes en charge. Construits aux normes civiles, ces bateaux, extrêmement polyvalents, sont à la fois des porte-hélicoptères, des transports de chalands de débarquement, des bases de commandement mobiles et des hôpitaux flottants. Ils peuvent embarquer jusqu'à 16 hélicoptères lourds, 4 chalands, 70 véhicules (dont 13 chars Leclerc) et 450 hommes de troupe. En tout, la France a prévu de se doter de quatre BPC. Les deux derniers, dont le Dixmude, remplaceront les transports de chaland de débarquement Foudre et Siroco. STX France prévoit d'achever le nouveau BPC (qui devrait porter le numéro L 9015) au printemps 2011. Le Dixmude rejoindra ensuite Toulon, où DCNS procèdera à la mise au point de son système de combat. L'admission au service actif de ce navire est prévue en 2012.

Les BPC Mistral et Tonnerre (© : MARINE NATIONALE)
Les BPC Mistral et Tonnerre (© : MARINE NATIONALE)

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