Marine Marchande
Le difficile sauvetage du baliseur Îles Sanguinaires II

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Le difficile sauvetage du baliseur Îles Sanguinaires II

Marine Marchande

Le baliseur Îles Sanguinaires II de l’Armement des Phares et Balises est échoué depuis le 28 décembre devant Ajaccio. Le bateau de 36 mètres était amarré sur son coffre habituel au nord de la baie quand il essuyé des grosses conditions de vent et qu’un maillon de sa chaîne a rompu. Poussé à la côte, il s’est ensouillé au niveau du quai des Torpilleurs, a pris 40 degrés de gîte et plusieurs brèches se sont formées sur sa coque en acier, qui repose essentiellement sur du sable mais aussi des rochers. Suite à l’accident, plusieurs milliers de litres de carburant se sont échappés d’une soute percée, l’APB estimant à 4000 litres au maximum la quantité de gasoil perdue.

 

Reportage réalisé par nos confrères de Corse Matin le jour de l'échouement

 

Le pompage du combustible achevé

L’armement a mandaté la société Les Abeilles qui a dépêché immédiatement sur place une équipe de sauvetage. Un barrage antipollution a été dressé et le pompage des caisses, qui contenaient 54 m3 de combustible, a rapidement débuté, le carburant étant évacué par des camions citernes. Une opération complexe compte tenu de la position et de la gîte du navire. Cette phase, qui s’est achevée hier, doit être suivie du renflouement du navire, espéré pour la fin de semaine.

Renflouement ou évacuation sur une barge

D’ici là, il faudra colmater les brèches, via la pose de tôles et l’application de résine. Avec une crainte : que la coque soit percée à d’autres endroits, encore invisibles, notamment sur la partie ensouillée qui représente un tiers du navire. Le test d’assèchement, prévu à ce stade vendredi, sera en cela déterminant. Soit le baliseur peut être redressé et retrouver une flottabilité suffisante (après éventuellement des colmatages supplémentaires sur les parties devenues accessibles), ce qui doit permettre après inspection et feu vert de la société de classification de le remorquer ; soit il faudra trouver une autre solution. « Il faudrait alors amener un ponton-grue et le charger sur une barge », explique-t-on à l’APB.

Quel avenir pour le navire ?

Quoiqu’il en soit, l’ Îles Sanguinaires II ne pourra pas être réparé en Corse, qui ne dispose pas des infrastructures nécessaires. Il faudra le conduire vers un chantier naval du continent pour le remettre en état. Sauf, évidemment, si les dégâts se révèlent trop importants et qu’alors décision est prise de ne pas le réparer. « Toutes les options sont aujourd’hui ouvertes ».

Car l’équation n’est pas simple pour l’APB, qui a prévu de remplacer l’Îles Sanguinaires II par une nouvelle unité dans les années qui viennent. Livré en 2005 par le chantier Piriou de Concarneau, cet ancien thonier sétois (ex-Roger Christian IV) avait été racheté 2011 et converti en baliseur. Il n’est donc pas très âgé mais relativement gourmand en carburant et, surtout, s’est révélé mal adapté aux missions qui lui sont confiées autour de l’île de Beauté. Le navire est en effet un peu trop grand pour cette affectation, avec des problématiques de postes à quai disponibles dans la région et un gabarit rendant plus compliquées certaines interventions, comme les travaux de génie civil (entretien des ouvrages marins en dur, notamment les phares). D’où le projet de l’APB de le remplacer par un nouveau baliseur côtier de 24/25 mètres autour de 2024. Il est donc évident qu’avec une échéance aussi proche, si les travaux de remise en état sont trop coûteux, l’Îles Sanguinaires II ne sera pas réparé. Tout dépendra donc de l’étendue réelle des dégâts et du budget nécessaire à une remise en service du navire.

Si jamais celui-ci devait prématurément achever sa carrière au sein des Phares et Balises, le service devra se réorganiser en attendant l’arrivée de son successeur. Avec probablement, en plus de ses autres unités corses, toutes légères (la vedette Îles Lavezzi dans les Bouches de Bonifacio et la toute nouvelle Île de la Giraglia à Bastia), l’intervention temporaire de moyens plus lourds depuis le continent (on pense par exemple au baliseur Provence basé à Marseille).

La question du gardiennage des bateaux de l’APB

L’accident de l’Îles Sanguinaires II a également posé la question du gardiennage des navires de l’APB quand ils ne sont pas en activité. Au moment des faits, il n’y avait personne à bord. En effet, le bateau n’est pas gardé et ne dispose pas de poste à quai à Ajaccio. « Cet incident illustre à nouveau le problème que nous soulevons depuis longtemps », dit la CFDT de l’Armement des Phares et Balises. Actuellement, seuls quatre baliseurs sont « gardés » quand ils sont à quai, ceux de Dunkerque, Saint-Nazaire, Brest et Lorient. Le syndicat aimerait que « tous les bateaux où il y a possibilité, c’est-à-dire ceux qui sont habitables, soient gardiennés ». Le cas corse, unique, est un peu particulier, puisque gardienner un bateau au mouillage nécessiterait non pas deux personnes mais un équipage minimal de conduite pour pouvoir manœuvrer en urgence si nécessaire. Du côté de la direction de l’APB, on explique que « la réflexion sur l’effectif de garde a débuté avant cet évènement et va se poursuivre sur des critères objectifs, là où il y en a vraiment besoin, en fonction des risques et de la situation des navires ».

Le mouillage sur coffre avait fait ses preuves

Pour ce qui est de l’Îles Sanguinaires II, le navire, qui depuis 2012 est systématiquement sur coffre quand il n’est pas en opération, a probablement joué de malchance : « Dans une situation comme celle du golfe d’Ajaccio, avec des houles importantes, le navire est plus sécurisé sur coffre qu’à quai. C’est sa situation normale et la configuration d’amarrage a fait ses preuves puisque le dispositif qui a rompu avait connu ces dernières années des conditions météorologiques bien plus fortes. Nous sommes ici sur un dimensionnement de chaîne supérieur à la norme exigée et avec un équipement qui avait moins de six mois, c’est-à-dire pratiquement neuf. Nous avons donc lancé une expertise sur la maille qui a cédé pour savoir si cela est lié à une surcharge ou à un défaut du matériel ».

A la direction de l’APB, face à ce « coup dur », on salue en tous cas « les équipes sur place, qui se donnent à fond et sont exemplaires », ainsi que « la mobilisation qui a très bien fonctionné entre les services de l’Etat et les collectivités ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.