Science et Environnement
Le brise-glace Polarstern va dériver dans la glace arctique pendant un an

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Le brise-glace Polarstern va dériver dans la glace arctique pendant un an

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En 1893, l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen lançait Fram, son bateau en bois, dans les étendues glacées de l’Arctique. Son idée était simple : se faire emprisonner dans les glaces en mer de Sibérie puis se laisser porter par le courant transpolaire arctique pour atteindre le pôle Nord. Nansen dût abandonner son bateau en cours d’expédition et skier des centaines de kilomètres avant de trouver des secours. Le Fram, lui, finit par ressortir intact de la calotte glaciaire au niveau du détroit qui porte aujourd’hui son nom entre le Gröenland et l’archipel du Svalbard. En 2007, c’est la goélette Tara qui effectue le même voyage, en restant prisonnière des glaces pendant plus de 500 jours.

En 2019, ce sera au tour du brise-glace allemand Polar Stern de se mesurer à ce défi. D’une longueur de 118 mètres et capable de franchir de la glace d'1.5 mètre d’épaisseur, le Polar Stern est le navire amiral de la flotte polaire allemande. Sorti en 1981 des chantiers de Kiel, il appartient au ministère allemand de l’Education et de la Recherche et effectue de nombreuses missions en Arctique et Antarctique à un rythme soutenu (environ 320 jours par an), embarquant jusqu’à 75 scientifiques. Il devrait être remplacé en 2020 par un Polarstern II.

 

(© ALFRED WEGENER INSTITUT - MARIO HOPPMANN)

(© ALFRED WEGENER INSTITUT - MARIO HOPPMANN)

 

La future expédition arctique, baptisée Mosaic (Multidisciplinary Drifting Observatory for the Study of Arctic Climate), va être coordonnée par l’Alfred Wegener Institut de Potsdam. Elle commencera au début de l’automne 2019 aux environs du point 84°N 120°E, correspondant à la mer de Sibérie orientale. Le brise-glace va franchir la couche de glace, encore fine à cette époque, avant d’atteindre une glace plus épaisse devant laquelle il va s’arrêter. Il va alors couper sa propulsion et se laisser prendre dans la glace.

A partir de ce moment-là, les équipes de scientifiques venus du monde entier vont se succéder par mission de trois mois. L’idée est de se servir du Polarstern comme base logistique autour duquel des camps provisoires d’observation vont être installés dans un rayon de 20 à 30 kilomètres. Les scientifiques y seront accompagnés de gardes qui les protégeront des ours polaires.

 

(© ALFRED WEGENER INSTITUT - MARIO HOPPMANN)

(© ALFRED WEGENER INSTITUT - MARIO HOPPMANN)

 

Plusieurs types de mesures et d’observations sont au programme. Il s’agit notamment d’étudier les différentes conséquences du réchauffement climatique sur l’Arctique et les répercussions qui en découlent sous nos latitudes. Ainsi, des centaines de ballons d’hélium avec des senseurs vont être lâchés dans l’atmosphère pour mesurer la température des gouttes à l’intérieur des nuages arctiques. Celles-ci, qui peuvent avoir une température de -10° en raison de la pureté de l’air polaire, seraient actuellement réchauffées sous l’effet de la pollution qui atteint l’Arctique. De même, le régime circulaire des vents polaires se modifierait en raison de la réduction de la différence de température entre les hautes et moyennes latitudes. Ce qui permet des échappées de plus en plus fréquentes de masses d’air froid provoquant les épisodes glaciaux qu’on a pu observer récemment, notamment en Amérique du Nord. D’autres observations scientifiques vont également être menées sur la faune et la flore des lacs se formant au dégel de la banquise en été. Il s’agit de mieux connaître les phénomènes de blooms d’algues et le cycle du phytoplancton et du krill qui s’y développent.

Le Polarstern devrait rester emprisonné un an et parcourir environ 1500 km selon une trajectoire qu’il est encore difficile de prévoir mais qui devrait l'amener à sortir dans le détroit de Fram.

Estimation de la future dérive du Polarstern (DROITS RESERVES)

Estimation de la future dérive du Polarstern (DROITS RESERVES)

 

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