Histoire Navale
Le BTS Construction Navale de Saint-Nazaire fait revivre les cheminées du Normandie et du France

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Le BTS Construction Navale de Saint-Nazaire fait revivre les cheminées du Normandie et du France

Histoire Navale

Elle pèse une tonne et mesure 3 mètres de haut pour 3,20 mètres de long. Depuis quelques semaines, une réplique au 1/6ème de la cheminée du célèbre Normandie, livré en 1935 par les chantiers nazairiens, a pris place dans le lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire. Cette réplique a été conçue et produite par les élèves du BTS Construction Navale, qui ont planché pendant plusieurs mois pour reproduire le symbole de ce qui est considéré comme le plus beau paquebot jamais construit. « C'est un défi technique d'étudier les formes des cheminées et d'en établir les plans. Grâce à ce travail, on aborde les parties les plus sensibles de l'apprentissage », explique Jean-Paul Broussin, l'un des enseignants de la filière. Le plus difficile a toutefois été réalisé l'année précédente, lorsque le projet a débuté avec une cheminée du France. Selon un autre professeur, Olivier Razendrason : « Son dessin est particulièrement compliqué, avec ses ailerons qui avaient été conçus pour éviter que les fumées de retombent sur les ponts. C'est pourquoi ce travail est pédagogiquement très intéressant car on va demander aux élèves de mettre en application ce qu'ils savent faire de mieux ». Laurent Salou, l'un des étudiants, ne cache pas son enthousiasme : « C'est un premier gros projet, une première vraie approche du travail métallurgique et surtout de ce qu'on nous demandera plus tard. Là, on se rend vraiment compte qu'on est capables de mener un projet à bien », souligne le jeune homme de 20 ans. Unique formation de ce genre en France, le BTS Construction Navale du Lycée Aristide Briand a vu passer ses promotions de 24 à 30 élèves. Leur diplôme en poche, les jeunes peuvent poursuivre leurs études sur une école d'ingénieur ou bien se lancer directement dans la vie active. Outres les grands donneurs d'ordre que sont Alstom Marine ou DCN, de petits chantiers et surtout un nombre important de cabinets d'études s'intéressent de près à la classe : « Les professionnels sont très contents de la formation, c'est pourquoi l'Education Nationale a accepté de nous donner une rallonge budgétaire pour disposer de 30 places. C'est vrai que cette filière coûte cher mais d'un autre côté, il n'y en a pas d'autres en France, alors que les besoins sont là ».

Quand la génération Queen Mary 2 apprend de la génération France

Un partenariat naturel s'est instauré entre les enseignants, les élèves et les industriels, qui reconnaissent dans ce BTS une excellente formation et un vivier de recrutement qualifié et bien réel. C'est le cas bien évidemment des Chantiers de l'Atlantique, dont les navires sont assemblés à moins de quatre kilomètres du lycée. Ingénieurs et autres architectes viennent régulièrement soutenir et évaluer les projets des élèves, mais aussi prodiguer leurs conseils. Une aide précieuse qu'a apportée pendant une quinzaine d'années Guy Broussard. Cet ancien salarié d'Alstom, en retraite depuis 1999, est à l'origine du projet des cheminées : « J'ai eu un jour l'idée de leur proposer de refaire les représentations les plus marquantes de la construction navale à Saint-Nazaire. Au-delà de la symbolique, il y a tout un développement extrêmement intéressant à réaliser pour aboutir au montage de ces cheminées. S'il y a la moindre erreur dans l'étude des formes, on est tout de suite pénalisé ». Ancien chef de groupe au bureau d'études coques métallique, Guy Broussard s'est fait sur le tas. En 1956, il entre pour la première fois aux chantiers et commence sa carrière avec le paquebot France : « En travaillant avec les jeunes, on a l'impression de leur transmettre un peu de notre expérience, même si je fais partie d'une génération qui a appris à travailler de façon traditionnelle. On ne connaissait pas l'informatique et on faisait confiance à la précision de notre main et de nos yeux ! » Malgré les progrès de la technologie, « 20% du travail reste du domaine du savoir-faire des anciens », précise toutefois Guy Broussard. Pour les BTS construction navale, sa présence attentive n'aura pas été inutile : « Il était très impliqué dans la formation. Ces cheminées sont finalement l'aboutissement d'un long travail de confiance et un hommage à tout le savoir qu'il a patiemment transmis aux élèves », confie Jean-Paul Broussin. L'aventure se poursuivra en 2006 avec la réplique de la cheminée du seul paquebot que ces jeunes ont connu : Le Queen Mary 2.

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