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Le Canada va mobiliser 35 milliards de dollars pour renouveler sa marine

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Le Canada va mobiliser 35 milliards de dollars pour renouveler sa marine

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Le gouvernement canadien a dévoilé, le 3 juin, sa nouvelle stratégie en matière de construction navale et de développement de sa flotte. En tout, 35 milliards de dollars canadiens (plus de 27 milliards d'euros) y seront consacrés sur 30 ans. Le plan prévoit la réalisation de 28 grands navires (pour 33 milliards de dollars) et 116 petites unités pour une valeur de 2 milliards de dollars. Dans le même temps, un volet réparation et maintenance est prévu, avec une enveloppe annuelle de 500 à 600 millions de dollars. Ce vaste programme vise, en premier lieu, à relancer l'industrie canadienne de la construction navale. « Notre gouvernement a pris la décision d'appuyer l'industrie navale canadienne afin d'insuffler un dynamisme nouveau au sein des chantiers navals et de construire des navires pour la Marine et la Garde côtière, ici au Canada. La Stratégie apportera de la prévisibilité en ce qui a trait à l'approvisionnement en navires fédéraux et éliminera les cycles d'expansion et de ralentissement, ce qui sera bénéfique pour l'ensemble de l'industrie navale », a expliqué Ambrose, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux.
Concernant les 28 grands navires, deux chantiers seront sélectionnés pour les bâtiments de plus de 1000 tonnes (à priori en 2011/2012), le premier pour réaliser les unités de combat et le second pour fournir les autres types de plateformes. « Les projets de construction des petits navires seront visés par des processus d'approvisionnement concurrentiels auprès des autres chantiers navals. Par ailleurs, les travaux de réparation, de radoub et d'entretien des navires de la flotte du gouvernement continueront d'être impartis au moyen d'appels d'offres concurrentiels », précise en outre le gouvernement, qui affirme que la nouvelle stratégie « entraînera la création d'emplois bien rétribués dans les industries de pointe partout au Canada ».

Frégate du type City (© : US NAVY)
Frégate du type City (© : US NAVY)

« Le Canada d'abord »

Ce plan naval de grande ampleur, outre son aspect industriel et social, vise à concrétiser les ambitions de la nouvelle stratégie de défense nationale, baptisée « Le Canada d'abord ». Pour le ministre de la Défense, Peter MacKay : « Cette relation stratégique avec des responsables de chantiers navals canadiens nous aidera à remplir notre engagement relatif à la Stratégie de défense Le Canada d'abord et nous permettra de fournir à notre marine les navires modernes dont cette dernière a besoin pour protéger les intérêts du Canada, et ce, au pays et à l'étranger ». Cette stratégie vise à moderniser les forces armées canadiennes pour répondre aux évolutions du contexte géostratégique. « Nous devons assurer la sécurité de nos concitoyens, défendre notre souveraineté et faire en sorte que le Canada regagne, sur la scène internationale, sa crédibilité et son influence. Si nous voulons atteindre nos objectifs, il est essentiel de rebâtir les Forces canadiennes en un appareil militaire moderne, de premier ordre », indique le premier ministre, Stephen Joseph Harper. Dans cette perspective, 6 missions « essentielles » devront être assurées par l'armée canadienne.

 (© : MARINE CANADIENNE)
(© : MARINE CANADIENNE)

La première consiste à « mener des opérations quotidiennes nationales et continentales, y compris dans l'Arctique et par l'entremise du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) ». La mention faite à l'Arctique n'est évidemment pas un hasard compte tenu des conflits de souveraineté qui s'y développent, en raison des convoitises suscitées par les ressources naturelles de cette région. Dans le document présentant la nouvelle stratégie de défense, il est d'ailleurs très clairement fait référence aux « tentatives de mainmise étrangère sur les ressources naturelles du Canada ». Le gouvernement a, dans cette optique, annoncé la construction d'une base navale à Nanisivik, dans le passage du Nord-ouest, bientôt libéré par les glaces et où devrait se développer le trafic commercial. L'infrastructure, dont le chantier doit débuter d'ici 2011 (pour un achèvement en 2013) servira au soutien des navires de la marine et de la Garde-côtière chargés de la surveillance de cette zone sensible, don't la juridiction est contestée au Canada par différents pays, dont les Etats-Unis.
Parmi les cinq autres missions assignées aux forces canadiennes, on notera la capacité à mener et éventuellement diriger une opération internationale importante durant une période prolongée; ainsi que la possibilité de déployer des forces en cas de crise à l'étranger pour une période de plus courte durée. Pour remplir ces missions, le rôle de la marine et de la Garde-côtière est, évidemment, crucial.

Frégate et brise-glace canadiens (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)
Frégate et brise-glace canadiens (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)

Les nouveaux moyens de la marine et de la Garde-côtière

La flotte canadienne compte actuellement une trentaine de bâtiments de combat (dont quatre sous-marins) servis par environ 15.000 hommes et femmes. A cela s'ajoutent 40 hélicoptères (CH-149 Cormoran et CH-124 Sea King et CH-148 Cyclone) et une vingtaine d'avions de patrouille maritime (CP-140 Aurora, CP-140 Arcturus et C-130 Hercules). La Garde-côtière, forte de 2400 marins, compte quant à elle quelques 114 unités, dont 15 brise-glace. Son parc aérien comprend 22 hélicoptères.
Concernant les unités de combat, le stratégie de défense prévoit l'acquisition de 15 navires pour remplacer les 3 destroyers lance-missiles du type Iroquois et les 12 frégates du type City. Les 15 nouveaux navires, prévus pour entrer en flotte à partir de 2015, auront la même coque et constitueront le programme Canadian Surface Combatant (CSC). Ils seront, en revanche, dotés de systèmes d'armes et de senseurs adaptés aux missions. Certains seront, en effet, plutôt à vocation antiaériennes alors que les autres devront offrir des capacités de lutte anti-sous-marine. Les nouveaux bâtiments pourraient être de conception canadienne ou être étudiés en coopération avec un industriel étranger et construits en transfert de technologie. Dans cette perspective, DCNS propose sa frégate multi-missions (FREMM) dont deux variantes (défense aérienne et lutte ASM) ont été commandées par la Marine nationale.

Avion de patrouille maritime Aurora (© : MINISTERE CANADIEN DE LA DEFENSE)
Avion de patrouille maritime Aurora (© : MINISTERE CANADIEN DE LA DEFENSE)

La flotte canadienne doit, également, renouveler ses deux pétroliers ravitailleurs. Un premier projet, portant sur trois bâtiments logistiques et de projection, a finalement été abandonné. Mais le programme Joint Support Ships (JSS) sera relancé, l'acquisition de cette nouvelle capacité étant considérée comme essentielle au déploiement lointain d'une force navale.
La stratégie de défense canadienne prévoit, également, de commander 10 à 12 aéronefs de patrouille maritime pour succéder aux Aurora (dérivés des P-3 C Orion américains), livrés en 1980 et 1981. De plus, 17 nouveaux avions de recherche et de sauvetage sont prévus pour remplacer les actuels Buffalo et Hercules. « Ces nouveaux équipements permettront d'améliorer la capacité d'intervention des militaires pour secourir des Canadiens en détresse sur le vaste territoire de notre pays et sur les océans qui l'entourent », précise le ministère de la Défense.

Le brise-glace Terry Fox (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)
Le brise-glace Terry Fox (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)

Concernant la Garde-côtière, le gros des moyens canadiens sera également renouvelé. Seront notamment construits 6 à 8 Arctic Offshore Patrol Ship (AOPS), destinés à permettre à Ottawa de faire valoir sa souveraineté sur les territoires maritimes de l'Arctique. Ces unités, qui doivent être commandées cette année, pourraient être dérivées du KV Svalbard, construit par STX Europe pour les garde-côtes norvégiens. Un autre programme majeur porte sur la construction d'un nouveau navire destiné à remplacer le plus puissant brise-glace lourd de la GCC, le Louis S. St-Laurent. Baptisé John G. Diefenbaker, le futur bâtiment, long d'environ 140 mètres, doit être opérationnel en 2017. Capable d'embarquer 2 hélicoptères et pouvant briser des glaces de 2.5 mètres d'épaisseur, il sera armé par un équipage de 60 marins et pourra accueillir une cinquantaine de personnes supplémentaires. Conçu pour être exploité sur des périodes prolongées (plus de neuf mois par année) et dans des conditions difficiles, il brisera la glace pour les navires commerciaux et fournira une plateforme pour la recherche scientifique en Extrême Arctique.

Vue du futur John G. Diefenbaker (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)
Vue du futur John G. Diefenbaker (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)

Il reste, bien évidemment, à savoir si les objectifs des plans rendus publics seront bien atteints et si ces ambitions seront à portée financière du Canada. Car les contraintes budgétaires vont sans nul doute peser sur la flotte canadienne. Récemment encore, le chef d'état-major de la marine faisait état d'une série de mesures étudiées pour faire face au manque de financement. Ainsi, plusieurs frégates et destroyers pourraient voir leurs capacités limitées. Il a également été envisagé de mettre en réserve la moitié des 12 chasseurs de mines du type Kingston mais cette option, très critiquée, aurait finalement été écartée.

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