Marine Marchande
Le cargo Aspet toujours immobilisé à Saint-Nazaire

Actualité

Le cargo Aspet toujours immobilisé à Saint-Nazaire

Marine Marchande

Sur le port de Saint-Nazaire, l'affaire commence à agacer sérieusement. Incapable de reprendre la mer, le cargo libérien Aspet est toujours immobilisé dans la forme 3 du bassin de Penhoët. Le 24 juillet, le navire, victime d'une voie d'eau, a réussi à rejoindre in-extremis le port. Pour éviter qu'il coule, un transfert en cale sèche a été décidé. Le Centre de Sécurité des Navires, qui l'a inspecté à son arrivée, a constaté des fissures et soupçonne d'importants problèmes de structures. En somme, pas question de le laisser repartir sans avoir, au préalable, subi d'importants travaux. Mais, depuis juillet, rien n'a bougé. Aucun agent sur place n'aurait été désigné par l'armateur turc et ce dernier ne serait pas encore entré directement en relation avec les autorités françaises. Seuls quelques contacts, via un intermédiaire, seraient intervenus. Le propriétaire de l'Aspet aurait fait savoir qu'il souhaitait le faire remorquer vers la Turquie. Compte tenu de l'état du bateau et de la réglementation en vigueur, cela n'est toutefois pas possible. En effet, un remorquage ne serait autorisé qu'au terme d'une sérieuse remise à niveau, certifiée aux frais de l'armateur par une société de classification de premier rang. Or, il n'est pas sûr que dans l'état du navire dont les structures même sont affectées, celles-ci puissent les réparations puissent être faites sans grands frais. Il faudrait aussi obtenir des garanties en ce qui concerne la qualité du remorquage, pour éviter des ruptures de remorques conduisant de nouveau à des interventions de l'Etat côtier. Ce fut le cas avec le Frans Hall dans les années 80 sur la côte des Landes, ou le Monowai devant Brest en 2002 devant Brest (il était tiré par un remorqueur togolais construit en 1918 ...) Enfin, l'autorité maritime du port de départ peut limiter le transit en le restreignant au strict nécessaire, c'est-à-dire rallier sans danger le port le plus proche apte à réparer le navire. Or, dans le cas présent, un tel voyage ne se justifie pas, Saint-Nazaire disposant de tous les moyens nécessaires pour assurer la remise en état du cargo.

L'État du pavillon aux abonnés absents

On doit aussi, dans cette affaire, remarquer l'extrême discrétion de la Géorgie, l'État du pavillon. « Il n'y a d'ailleurs pas de raison qu'il ne le soit pas puisque personne ne semble lui avoir fait de reproches pour une délivrance de titres de sécurité manifestement usurpés et devenus caducs. Il n'a été indiqué par personne jusqu'ici quelle est la société de classification qui a délivré au nom de cet État le certificat de classe et le certificat ISM. La Géorgie n'est pas un Etat fantôme et la France a des relations diplomatiques avec. Si nous laissons ce genre de pays se développer en les laissant faire n'importe quoi avec leur pavillon, le problème de la complaisance peut durer longtemps », note un spécialiste. Dans de précédents cas d'abandon de navires géorgiens en France, aucun reproche n'a été fait aux autorités de Tbilissi, alors même que le caractère complaisant des titres était établi. On citera, notamment, le cas du Simba, à Port-la-Nouvelle, en 2000.
A Saint-Nazaire, en tous cas, on craint de se retrouver avec une épave sur les bras. Le problème est d'autant plus épineux que la valeur marchande de l'Aspet est minime. Contacté, le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire ne souhaite pas commenter l'affaire, étant tenu à un devoir de réserve en raison des procédures en cours. A la demande d'une partie de l'équipage, qui réclamait des arriérés de salaires, le tribunal de commerce de Saint-Nazaire a autorisé, le 10 septembre, la saisie conservatoire de l'Aspet. Le montant de la caution est fixé à 100.000 euros. Depuis, la grosse dizaine de membres d'équipage a quitté le bateau pour rentrer au pays. La semaine dernière, il ne restait semble-t-il plus à bord que le cuisinier. Quant au GPMNSN, il a enclenché mi-novembre une procédure de « paiement pour redevances et occupation de la forme ». L'objectif est, aujourd'hui, de libérer la cale sèche habituellement utilisée pour les arrêts techniques de navires. Mais, pour cela, il faudra réparer l'Aspet et, par conséquent, quelqu'un devra payer.

Port de Nantes Saint-Nazaire