Croisières et Voyages

Actualité

Le Carnival Triumph rentre à bon port en faisant des vagues

Après cinq jours de calvaire, les 3143 passagers et 1086 membres d’équipage du paquebot Carnival Triumph sont arrivés dans la nuit de jeudi à vendredi dernier au port de Mobile, dans l’Alabama. Victime le 10 février d’un incendie dans un compartiment machine, le navire, privé de propulsion, a du être remorqué et ravitaillé durant son long transit par d’autres navires et des hélicoptères. A leur arrivée, les passagers, photos et vidéos à l’appui, ont décri des conditions de vie cauchemardesques à bord du paquebot. Ne pouvant compter que sur ses générateurs de secours, le Carnival Triumph était en partie plongé dans le noir. La climatisation était hors service, de même que la majeure partie des sanitaires. Impossible aussi, dans ces conditions, de fournir un service de restauration normal.

 

 

Le Carnival Triumph (© CCL)

 

 

Des conditions catastrophiques à bord

 

 

Toilettes débordant et moquettes imbibées d’urine dans les coursives ont, avec la chaleur, empli le bateau d’une odeur pestilentielle. Les passagers ont été contraints de faire du camping sur les ponts extérieurs, où ils ont installé leurs matelas, une forêt de tentes de fortune, confectionnées avec des draps, étant installée aux abords des piscines pour se protéger du soleil… Un véritable camp de réfugié et des vues surréalistes, à des années lumières de l’image de luxe habituellement véhiculée par l’industrie de la croisière.

La compagnie américaine Carnival Cruise Lines, qui dit avoir fait son maximum pour gérer cette crise, a présenté ses excuses pour les désagréments occasionnés à ses clients et offert des dédommagements (voyage et frais à bord remboursés, crédits pour une prochaine croisière…) De fait, les équipes de CCL furent sur le pont durant cinq jours pour assister le navire et tenter d’améliorer la situation à bord, où l’action du personnel, qui a fait de son mieux avec les faibles moyens dont il disposait, fut semble-t-il remarquable. Une équipe de techniciens et du personnel hôtelier supplémentaire avaient été transbordés sur le Carnival Triumph en début de semaine afin d’accélérer la remise en état des générateurs et aider l’équipage à encadrer les passagers. Plusieurs paquebots de la compagnie ont également apporté des vivres au Carnival Triumph, alors que 200 personnes étaient mobilisées à Mobile pour accueillir et rapatrier les passagers qui avaient embarqué à Galveston (Texas) le 7 janvier pour une mini croisière de quatre jours dans le golfe du Mexique. A leur arrivée, les croisiéristes du Triumph, dont certains se disaient malades, n’ont pas caché leur joie en voyant s’achever les pires vacances de leur vie.

 

 

Forêt de tentes sur le pont piscines du Carnival Triumph (© DROITS RESERVES)

 

Les matelas sortis sur les ponts extérieurs (© DROITS RESERVES)

 

 

Problèmes de générateurs en série

 

 

Reste qu’au-delà de la colère de ses hôtes, dont un certain nombre a tenu à saluer l’action du personnel qui a répondu comme il a pu à la situation, la mésaventure du Carnival Triumph fait des vagues et soulève des questions. Car ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit. En novembre 2010, il y a eu l’affaire du Carnival Splendor, une unité de la classe Conquest mise en service deux ans plus tôt et également contrainte d’être remorquée avec 3300 passagers et 1300 membres d’équipage après avoir été endommagée par un incendie dans les machines. Mais, au-delà ; c’est toute une série de paquebots du groupe Carnival, qui a commencé avec les trois Destiny (dont fait partie le Triumph et qui ont été livrés entre 1996 et 2000) et s’est poursuivie avec la classe des six Conquest (2002 à 2008) de CCL et les sept Fortuna/Concordia (2003 à 2012) de Costa Croisières (une des filiales du groupe américain) qui a été marquée par des problèmes de générateurs ayant, dans certains cas, entrainé des black-out, c'est-à-dire une perte d’énergie. Ces navires répondent sans aucun doute à la règlementation en vigueur mais, compte tenu des soucis rencontrés, on imagine que des questions se posent chez Carnival.  Le leader mondial de la croisière, qui a déjà été confronté l’an dernier au naufrage du Costa Concordia (pour des raisons totalement différentes), ne peut laisser s’insinuer le doute dans l’esprit de sa clientèle et demandera probablement des comptes au groupe italien Fincantieri, qui a réalisé ces paquebots et avec lequel il travaillera certainement, à la lumière des derniers évènements, pour améliorer la conception des bateaux.

 

 

Le Sénat américain s’en mêle

 

 

Il est en tous cas probable que, sous la pression de certains élus et associations de consommateurs américains, des investigations soient lancées autour de la sécurité sur les systèmes de propulsion des paquebots. Le président de la commission du Commerce, de la Science et du Transport au Sénat américain, s’est en tout cas dit consterné par cette affaire. « C’est le dernier exemple d’une longue liste d’incidents impliquant des navires de croisière. La sécurité doit être la première priorité de toute entreprise de transport », a déclaré Jay Rockefeller, qui a écrit au patron des garde-côtes américains pour lui suggérer de faire payer à CCL le coût des opérations d’assistance pour le Triumph et avant lui le Splendor. Le sénateur a appelé la commission, qui doit se pencher en mars sur le drame du Costa Concordia, à examiner la règlementation fédérale sur la sécurité à bord des navires et voir si les textes actuels protègent suffisamment les passagers et l’environnement.

 

 

Le Carnival Splendor remorqué à San Diego en novembre 2010 (© USCG)

 

 

Une réflexion à mener pour améliorer encore la sécurité

 

 

L’incident des Carnival Splendor et Carnival Triumph n’est, en effet, pas à prendre à la légère. Certes, ils n’ont pas fait de victime et ont notamment démontré que les systèmes de lutte contre les incendies, principale menace sur un bateau, sont performants puisque les sinistres ont été rapidement circonscrits et maîtrisés. Mais on peut légitimement s’interroger sur le problème de la perte d’énergie et de propulsion. Qu’adviendrait-il, par exemple, si un tel scénario intervenait non pas à proximité des côtes mais en plein océan et ce, avec des conditions météorologiques bien moins clémentes ? Il sera sans doute bon, à l’avenir, de renforcer la règlementation sur la redondance des systèmes et la capacité des navires à passagers à conserver, en cas de sinistre, un minimum d’énergie. La question n’est pas de savoir si les navires répondent techniquement aux textes en vigueur, c’est sans aucun doute le cas,  mais comment les paquebots peuvent, suivant le retour d’expérience des derniers incidents, devenir plus sûrs sur les points incriminés. Alors que certains navires paraissent mieux armés que d’autres, leurs armateurs choisissant d’aller plus loin que la règlementation, la technologie est en tous cas disponible, notamment sur les navires de services à l’offshore. Ces bateaux disposent, ainsi, d’importants dispositifs de redondance de leurs systèmes de propulsion, de génération d’énergie et de contrôle, ce qui leur permet, en cas de sinistre, de demeurer opérants.

Sauvetage et services maritimes Carnival