Marine Marchande
Le CCMM à Toulouse : l’héritage de Saint-Lys Radio

Actualité

Le CCMM à Toulouse : l’héritage de Saint-Lys Radio

Marine Marchande

Située à 20 km de Toulouse, la station de Saint-Lys est à l’origine de l’installation du Centre de consultations médicales maritimes au sein du Samu 31, au CHU de Purpan. Retour sur 50 ans de collaboration parfois acrobatique entre marins, opérateurs et internes. Reportage de Léonore Mahieux pour Mer et Marine.

 

Quelques mesures d’accordéon… « Ici Saint-Lys Radio, service radiotéléphonique avec les navires en mer… » C’est sur l’air de l’air de Valparaiso, « Hardi les gars, vire au guindeau, Good bye farewell…», que le disque de réglage à destination des bateaux a été diffusé en boucle pendant des décennies. La station a été créée pendant l’Occupation, en zone libre près de Toulouse, pour assurer et sécuriser les liaisons radiotélégraphiques entre la métropole et les colonies. Elle devient « Saint-Lys Radio » en 1949 : la station radio maritime unique, en ondes courtes.

 

Les lettres radiomaritimes

 

Réputée pour sa capacité à  communiquer « avec les navires du monde entier sur tous les océans », elle a pour mission de faire le lien entre les bateaux et leurs armateurs mais aussi entre les équipages et leur famille. Dans son ouvrage « Histoire de Saint-Lys-Radio », Edgard Ambiaud, raconte de manière détaillée l’activité de la station qui a utilisé la radio télégraphie morse manuelle, puis la radio téléphonie et enfin le radio télex. Décédé il y a sept ans, l’auteur a travaillé à Saint-Lys Radio comme opérateur puis comme cadre pendant près de quarante ans. Son ouvrage, accessible sur internet, balaie toutes les facettes de la vie de la station : les évolutions techniques, l’investissement passionné et patient de ses opérateurs, les anecdotes savoureuses ou tragiques qui ont marqué ses 50 années d’existence. Il décrit l’importance des « lettres radiomaritimes », la correspondance familiale par excellence des marins français. Quand madame à Strasbourg et monsieur dans l’océan Indien pouvaient échanger des courriers en moins d’une semaine grâce « à un système hybride qui empruntait la voie postale pour le parcours terrestre en territoire français et la voie radiotélégraphique pour le parcours maritime », 30% des messages émis et reçu par Saint-Lys radio.

 

Le centre de Saint Lys Radio (DROITS RESERVES)

Le centre de Saint Lys Radio (DROITS RESERVES)

 

Les urgences médicales arrivaient dans la cafétéria de Purpan

 

Mais la station n’a pas qu’une fonction familiale, loin de là. « Dans les premières années, le nombre total de messages était d’environ 350 par jour. A la fin des années 1970, il atteignait souvent 1000 messages par jours. » Saint-Lys Radio apporte une aide précieuse aux navigateurs via l’envoi de bulletins météo mais aussi en cas d'urgence à bord, qu’il s’agisse de maladies ou d’accidents. « Au début, quand nous ne disposions que de la radiotélégraphie morse, le navire nous passait un message appelé « radiomédical », raconte Edgard Ambiaud. Il était précédé en morse du signal d'urgence « XXX ». Le commandant y précisait les symptômes et demandait conseil. Nous téléphonions aussitôt ce message à l'Internat de l'hôpital Purpan de Toulouse qui nous assurait ce service gratuitement. » Au CHU, pendant longtemps, l’appel arrive à la cafeteria. « C’est le cuisinier qui décrochait et qui appelait un médecin », raconte le directeur du CCMM, Michel Pujos. Souvent le médecin répond par des questions. L’opérateur traduit en morse et se communique de nouveau avec le navire. En fonction de sa rapidité, l’opérateur pouvait transmettre entre 15 et 25 mots par minute. Il récupère la réponse et rappelle Purpan. Le médecin disponible dicte alors son diagnostic et son conseil à l’opérateur qui, une nouvelle fois, traduit et transmet au commandant.

 

Saint Lys Radio traitait jusqu'à 1000 messages par jour (DROITS RESERVES)

Saint Lys Radio traitait jusqu'à 1000 messages par jour (DROITS RESERVES)

 

Premières liaisons directes entre marins et médecins

 

Ce n’est que dans les années 1970 que, petit à petit, la radiotéléphonie permet une discussion directe entre médecins et marins. Et, à l’hôpital, après quelques résistances, la ligne de téléphone directe est déplacée de la cafeteria au bureau du médecin du Samu. « Mais ça restait compliqué, explique le docteur Pujos. Il y avait encore de la graphie que l’opérateur de Saint-Lys traduisait, des bascules radio-téléphone : l’opérateur parlait au docteur, je vais vous passer le bateau, puis il restait en ligne pour régler les fréquences… » Des générations d’internes ont répondu aux appels de Saint-Lys Radio et certaines anecdotes restent dans les mémoires tant à l’hôpital qu’à la station. L’ancien opérateur relate ainsi comment un médecin diagnostique et traite une épaule luxée - à la suite d'une chute dans l'escalier de la cambuse. « Personne à bord ne sachant réduire la luxation, l'interne de Purpan nous dicta pour le capitaine : "Pliez un drap en quatre, passez-le autour du torse du blessé pour le maintenir solidement. Un homme tirera sur le bras relevé à 45° dans l'axe du corps. Un autre appuiera ses deux pouces fortement sous l'aisselle. Tirez sans à-coups et progressivement. A la mise en place vous entendrez un claquement sec." Appliqué à la lettre ce conseil aboutit en effet au petit "claquement sec". »

Sur un paquebot c’est le médecin du bord qui tombe dans le coma. Son infirmier transmet le bilan à l’interne qui après quelques analyses complémentaires conclut à un coma diabétique. La mise en place d’une perfusion et l’injection d’insuline réveillent le docteur.

 

La tradition s’installe à Purpan

 

Malgré ses lourdeurs, le système fonctionne et pose les bases de l’aide médicale en mer. A Purpan, l’expérience s’accumule et la tradition s’installe. Lorsque le Centre de consultations médicales en mer est officiellement créé en 1983, c’est naturellement qu’il s’installe dans les locaux du Samu toulousain. Pendant plusieurs années, le CCMM continue à travailler avec Saint-Lys Radio. Mais peu à peu les liaisons satellites (INMARSAT) viennent remplacer radiotélégraphie, radiotéléphonie et radiotélex. Pas de risque de brouillages, un service automatique, une confidentialité assurée… Saint-Lys Radio ne peut que s’incliner. Son activité diminue tout au long des années 1980 et 1990. Elle envoie son dernier message le 16 janvier 1998 : « CQ  CQ  CQ  DE  FFL  FFL  FFL. A toutes les stations : Après cinquante ans de service la station de Saint-Lys va stopper définitivement ses émissions vers les navires du monde entier. La technologie a évolué amenant confort, confidentialité et sécurité dans le monde des télécommunications. Saint-Lys a servi les marins de tous les pays et le monde de la mer. Ses opérateurs tiennent à exprimer à tous leur émotion à l'occasion de ce dernier message… »

 

Divers marine marchande