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Le chalutier Northguider : une opération de sauvetage au Spitzberg

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Le chalutier Northguider : une opération de sauvetage au Spitzberg

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C’est sans doute l’opération de sauvetage la plus septentrionale en cours. Depuis le 28 décembre, le Northguider, un chalutier norvégien de 52 mètres, est échoué dans le détroit du Hinloppen entre les îles du Spitsbergen et du Nordaustlandet, dans le nord de l’archipel du Svalbard, soit à une latitude de plus de 80 degrés Nord.

Dans l’après-midi du 28 décembre, le Northguider talonne puis s’échoue. Le capitaine du chalutier appelle immédiatement à l’aide. La température extérieure est de -23°, les vents très forts, la nuit permanente et les communications très mauvaises, comme souvent sous ses latitudes. Au Svalbard, c’est le gouverneur, Sysselmannen selon son appellation norvégienne, qui est responsable du sauvetage en mer. Dès l’appel radio, les deux hélicoptères Super Puma du gouverneur sont mobilisés et décollent de Longyearbyen, la capitale du Svalbard. Le détroit de Hinloppen est très loin, quasiment en limite de portée des hélicoptères. Les conditions sont abominables mais les sauveteurs réussissent à hélitreuiller les 14 membres d’équipage et à la ramener sains et saufs à Longyearbyen.

 

Hélitreuillage depuis le Superpuma du Sysselmannen (JRCC/NRK)

Hélitreuillage depuis le Superpuma du Sysselmannen (JRCC/NRK)

 

Un des hélicoptères Superpuma du Sysselmannen lors d'un entraînement en juin sur le pont de Polarfront (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Parallèlement, les services du gouverneur s’activent. Le Northguider est échoué dans une zone fragile et protégée, il contient 300 tonnes de gasoil et les conditions de vents polaires font craindre des dommages supplémentaires à la coque et une marée noire. Le gouverneur fait alors appel au patrouilleur brise-glace KV Svalbard, des garde-côtes norvégiens, qui se trouve à ce moment-là à Tromsø, à plus de 1000 milles. Le Svalbard appareille et arrive sur zone le 2 janvier.

 

Le patrouilleur garde-côtes brise-glace KV Svalbard (SJØFORSVARET)

Le patrouilleur garde-côtes brise-glace KV Svalbard (SJØFORSVARET)

Le chalutier à l'arrivée du KV Svalbard (KYSTVAKTER)

Le chalutier à l'arrivée du KV Svalbard (KYSTVAKTER)

(KYSTVAKTER)

(KYSTVAKTER)

 

Le bateau gîte, des plongées sont effectuées sous la coque, on constate l’envahissement de la salle des machines. Parallèlement le détroit d’Hinloppen commence à s’englacer. Pour les garde-côtes, il s’agit de la première intervention dans une région aussi au Nord et éloignée de tout. Il leur paraît rapidement évident qu’un remorquage ne pourra être envisagé. Mais que parallèlement, ils ne peuvent prendre le risque de laisser 300 tonnes de gasoil dans un bateau qui risque d’être écrasé par la glace.

 

Les garde-côtes débarrassent le pont du chalutier (KYSTVAKTER)

Les garde-côtes débarrassent le pont du chalutier (KYSTVAKTER)

Le KV Svalbard depuis le chalutier (KYSTVAKTER)

Le KV Svalbard depuis le chalutier (KYSTVAKTER)

 

Il faut imaginer une solution originale puisque seul le Svalbard, parce qu’il est brise-glace, peut rester dans la zone où la température descend désormais jusqu’à -40°. Les garde-côtes n’ont pas beaucoup de choix : ils décident de travailler avec les trois semi-rigides du bord sur lesquels ils chargent des petites citernes qu’ils amènent à bord. Les 300 tonnes de carburant sont extraits au fur et à mesure par la noria. En tout, il aura fallu 160 voyages de semi-rigides dans des conditions dantesques pour vider la soute à combustible du chalutier.

 

La noria des semi-rigides (KYSTVAKTER)

La noria des semi-rigides (KYSTVAKTER)

Des citernes en plastique sont utilisés pour recueillir le combustible du Northguider (KYSTVAKTER)

Des citernes en plastique sont utilisés pour recueillir le combustible du Northguider (KYSTVAKTER)

 

Puis le détroit s’englace complètement, le chalutier avec. Chez le gouverneur, on réfléchit au meilleur moment pour revenir chercher cette épave. Le printemps et le début de l’été, à la faveur de la débâcle, sont immédiatement écartés après consultation des scientifiques. La zone est un lieu de reproduction des oiseaux marins et on ne peut pas entreprendre une opération envahissante sans les déranger. Ce sera donc le mois d’août, où toute la glace aura débâclé et les conditions météo devraient, a priori, être les plus stables. Les garde-côtes préparent le bateau pour la future opération de remorquage et posent des capteurs de dérive pour surveiller les mouvements du navire. La glace se referme sur le chalutier.

Les agents du Sysselmannen sont allés sur place la semaine dernière pour se rendre compte de l’état du navire « rendu » par la glace. Il est désormais quasiment complètement allongé sur le flanc et la pression de la glace a creusé des trous dans sa coque. Le sauvetage s’annonce ardu.

 

Le Northguider tel qu'il est apparu il y a quelques jours, rendu par la glace (SYSSELMANNEN)

Le Northguider tel qu'il est apparu il y a quelques jours, rendu par la glace (SYSSELMANNEN)

 

Cet accident a suscité de nombreuses questions au Svalbard et en Norvège. Pas forcément sur la présence du navire à cet endroit, puisque le détroit d’Hinloppen est un lieu de pêche habituel. Mais plutôt sur les moyens de sauvetage à disposition sur l’archipel qui est de plus en plus fréquenté, notamment par des navires transportant des touristes. Le gouverneur dispose, en plus de ses deux hélicoptères, d’un navire dédié, le Polarsyssel sorti des chantiers Havyard en 2014. Mais il est désarmé tout l’hiver, a priori pour des raisons budgétaires. Et en dehors du Svalbard, qui patrouille dans toute la région arctique norvégienne, il n’y a pas d’autre moyen brise-glace dans l'archipel.

 

Le Polarsyssel, patrouilleur du Sysselmannen (HAVYARD)

Le Polarsyssel, patrouilleur du Sysselmannen (HAVYARD)

Arctique et Antarctique